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Justice

Procès Preynat: pour les victimes, témoigner afin de tourner la page

Bernard Preynat, ancien prêtre, est accusé d'avoir entre 1976 et 1991 commis des centaines d'agressions sexuelles sur de jeunes scouts dont il s'occupait à Sainte-Foye lès Lyon.
Bernard Preynat, ancien prêtre, est accusé d'avoir entre 1976 et 1991 commis des centaines d'agressions sexuelles sur de jeunes scouts dont il s'occupait à Sainte-Foye lès Lyon. PHILIPPE DESMAZES / AFP

Huit ans de prison ont été requis ce vendredi 17 janvier contre l'ancien père Bernard Preynat, à Lyon. La justice rendra son verdict le 16 mars. Toute la semaine, les victimes sont venues raconter l'insoutenable face au tribunal.

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Bernard Preynat, ancien prêtre, est accusé d'avoir entre 1976 et 1991 commis des centaines d'agressions sexuelles sur de jeunes scouts dont il s'occupait à Sainte Foye-lès-Lyon. Des agissements qui avaient fait éclater au grand jour l'affaire Barbarin, condamné en première instance à 6 mois de prison avec sursis pour non-dénonciation d'abus sexuels. Dans ces deux dossiers, pour les victimes, venir raconter leur vécu face au tribunal est un exercice difficile mais aussi essentiel pour tourner la page.

Un témoignage difficile

Ils sont dix. Dix anciens scouts, devenus adultes, à être venus témoigner à la barre. Dix « seulement » alors que l'enquête recense 35 victimes de celui qui était à l'époque appelé le père Preynat. Les délais de prescription sont passés par là, et les viols et les agressions sexuelles les plus anciens n'ont aujourd'hui plus aucune valeur légale. C'était tout le sens de la phrase qu'avait laissé échapper le cardinal Barbarin en 2016 au début de l'affaire : « Grâce à Dieu, la majorité des faits sont prescrits ».

Mais pour les dix victimes dont les faits ne sont pas prescrits, venir témoigner à la barre est souvent perçu comme un exercice difficile. Il faut prendre la parole et déballer son histoire pour le moins personnelle face à une salle d'audience comble.

Seul, devant sa famille, le public et des dizaines de journalistes. Anthony Gourd, victime du père Preynat entre 1987 et 1990 raconte, pendant de longues minutes son calvaire d'enfant et les séquelles que celui-ci a laissées, au plus profond de lui-même. Comme ses crises d’épilepsie post-traumatiques depuis ses 17 ans.

« C'est pas facile de parler de ça devant tout le monde. On parle de choses intimes de notre vie. Aussi bien des faits qui se sont passés que des dégâts que cela a eus derrière. On le fait parce qu'on sait que ça nous faire du bien par la suite de passer ce cap-là, de la justice. Ça nous donne quoiqu'il arrive une énergie supplémentaire pour pouvoir se reconstruire derrière. Parce que pendant toutes ces années il y a eu un vrai silence, cette reconnaissance-là nous aide forcément ».

Témoigner devant Preynat

En plus de l'atmosphère particulière de la salle d'audience, les victimes sont aussi confrontées à leur agresseur. Bernard Preynat est assis du côté des accusés, à quelques mètres -à peine- de la barre à laquelle viennent témoigner ses victimes. Certaines le revoient pour la première fois depuis les faits, il y a plusieurs décennies.

D'autres comme Pierre-Emmanuel Germain-Thill l'avaient déjà revu, dans le bureau d'un enquêteur de police par exemple. Mais pouvoir s'exprimer face au tribunal et à côté de Bernard Preynat est un soulagement supplémentaire pour lui.

« J'ai été confronté à lui dès le lendemain de ma plainte. Le 25 janvier 2016 je portais plainte, le 26 janvier j'étais confronté à lui. Lors de cette première confrontation, y'avait encore un peu de sidération, beaucoup de colère, beaucoup de rage. J'avais presque envie de le tuer mais je n'ai pas pu tout exprimer, car tout n'était pas encore remonté donc là, ça a vraiment le côté salvateur de pouvoir libérer définitivement toute cette parole ».

Le regret des victimes prescrites

Si pour les victimes non prescrites du père Preynat prendre la parole face au tribunal demande un réel travail, l'exercice leur apporte aussi beaucoup sur le plan personnel. Mais les victimes prescrites, elles, ne sont pas citées à venir témoigner face au tribunal. Elles doivent se contenter des excuses que Bernard Preynat, qui a reconnu l'ensemble de ses agressions, dit leur avoir adressées de façon individuelle.

Mais si les faits commis sur toutes les victimes sont relativement semblables, chaque individu à son histoire particulière et tous expliquent ne pas avoir vécu ces agressions sexuelles de la même manière. Même s'il sait qu'il ne pourra pas s'exprimer, Alexandre Hezez, fondateur de l'association La parole libérée, a fait le déplacement pour venir assister au procès de Bernard Preynat. Il confie néanmoins qu'il aurait apprécié pouvoir s'exprimer devant la cour.

« Les faits sont prescrits. Malheureusement c'est trop tard pour moi pour participer à ce procès, mais j'aurais aimé pouvoir témoigner à leurs côtés. Bien sûr, on retrouve à chaque fois, dans chaque histoire une part commune, mais ce n'est pas pour ça qu'on est tous une même personne, et chacun aurait des choses à dire. La problématique des violences sexuelles c'est que ça relève de l'intime, et donc il y a un aspect personnel très important. »

« Voir Preynat comme un homme »

Ils sont pourtant une dizaine d'anciens scouts, agressés par le père Preynat, à faire le déplacement au tribunal presque quotidiennement alors que les faits les concernant sont prescrits. Ils disent en avoir besoin, comme pour s'assurer que la justice est bien en train de passer sur l'affaire qui les a rongés une partie de leur existence. Parmi eux, Laurent Duverger explique venir aux audiences pour voir Bernard Preynat confronté à la justice des hommes.

« À l'époque je voyais en lui le prêtre, l'adulte, un type intouchable à qui on ne pouvait pas résister. Et aujourd'hui, je vois un homme qui est là avec ses démons et qui se bagarre avec eux. Personnellement, ça me fait du bien de voir qu'il s'agit juste d'un homme. Aujourd'hui c'est plus qu'un homme, c'est juste ça ! »

Quelle que soit leur histoire personnelle et les raisons pour lesquelles ces victimes viennent assister aux audiences, nombreuses sont celles qui veulent croire qu'avec ce procès et après tous leurs efforts, une page sombre de leur vie se tournera enfin. Pierre-Emmanuel Germain-Thill lui, formule un souhait à l'adresse de Bernard Preynat : il espère profondément qu'il aura « la décence » de ne pas faire appel, quel que soit le jugement qui sera rendu. Pour enfin passer à autre chose.

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