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France

Municipales et «gilets jaunes»: la «suite logique» passe par l’action locale

Des membres du mouvement des «gilets jaunes», mercredi 9 janvier sur un rond-point près de Nemours (Seine-et-Marne).
Des membres du mouvement des «gilets jaunes», mercredi 9 janvier sur un rond-point près de Nemours (Seine-et-Marne). REUTERS/Benoit Tessier

Après plus d’un an de mobilisation, les « gilets jaunes » cherchent à pérenniser leur action. Alors que certains continuent les manifestations, d’autres réfléchissent à enraciner leur mouvement au niveau local. Et cela peut passer par une implication politique aux municipales des 15 et 22 mars 2020.

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La volonté de renier tout système politique et syndical du mouvement des « gilets jaunes » aurait-elle changé ? Tandis que les manifestations aux côtés des syndicats s’enchainent, les « gilets jaunes » cherchent à perenniser et trouver une suite à leur mouvement qui rassemble de moins en moins dans la rue. Quitte à prendre part aux élections municipales des 15 et 22 mars ? « C’est la suite logique », estime Sandrine Aribaud, « gilets jaunes » à Revel, près de Toulouse, en Haute-Garonne.

« Il est temps de revenir à la naissance du mouvement, le local » déclare celle qui estime ne pas avoir été écouté par la classe politique en manifestant. Après plusieurs débats, parfois « houleux », avec les membres locaux du mouvement, un collectif a été créé. Depuis plusieurs jours, il tente de présenter ses propres candidats aux élections municipales de mars prochain. Une liste citoyenne « quasiment terminée » réunissant des personnalités de divers horizons politiques mais ayant tous en commun leur implication dans le mouvement avec un but, faire vivre le mouvement à travers la municipalité.

« On a souffert de ce désengagement politique »

Un tournant pour cette mobilisation dont l’un des fers de lance a été de renier les instances politiques. Mais après plus d’un an de mobilisation, « il faut accepter de travailler avec les politiques et s’engager », estime Claude Chenaud, une « gilet jaune », aujourd'hui retraitée. « Il faut que les gens reprennent conscience de leur pouvoir en tant que citoyen. On a souffert de ce désengagement politique pour avancer. Les municipales peuvent être une marche », estime Benoit, « gilets jaunes » de Saint-Mandé, en région parisienne.

Des listes de plus en plus nombreuses mais qui ne sont pas non plus monnaie courante. Pour certains, l’action dans le mouvement leur a permis de rejoindre des listes déjà existantes. Comme Ingrid Levavasseur, la figure des « gilets jaunes » sera candidate sur une liste de gauche à Louviers, dans l’Eure. Pour d’autres, il faut préconiser le regroupement local ou associatif, favoriser l’entraide, le dialogue, mais sans passer par la case politique, toujours autant décriée.

Les ronds-points, ciment de la mobilisation

Des gilets jaunes occupant le "rond-point des gaulois", le 15 décembre 2019 à Saint-Beauzire.
Des gilets jaunes occupant le "rond-point des gaulois", le 15 décembre 2019 à Saint-Beauzire. Thierry Zoccolan / AFP

Le phénomène des « gilets jaunes » a laissé une empreinte sur la France depuis novembre 2018 et aura tout de même un impact aux municipales même si l'engagement politique n'est pas majeur. « C’est un mouvement qui peut jouer de différentes manières. Sur le cadrage de la campagne, les thèmes qui seront mis en avant, les préoccupations des candidats, etc », estime Emmanuelle Reungoat, politologue à l’université de Montpellier et membre d’un collectif qui étudie le phénomène des « gilets jaunes ».

Après la tentative manquée des élections européennes, la mobilisation pourrait avoir plus de poids en profitant du caractère de proximité des municipales. « Il y a eu tentative pour développer une structuration nationale du mouvement avec l’assemblée des assemblées, il n’empêche que pour l’instant, c’est un mouvement qui a réussi à se structurer surtout à l’échelle locale. Je pense donc qu’il aura un impact bien plus fort car c’est là que les réseaux se sont constitués et resteront », explique la politologue. De plus, après des mois de mobilisation, « les groupes sont plus politiques dans le sens où ils ont acquis du savoir-faire militant », ajoute-t-elle.

Pas de consensus

Dans les rangs des « gilets jaunes », la question divise. A l’instar des européennes, où « la base » du mouvement n’avait pas suivi. « Les municipales ne vont pas faire consensus au sein des gilets jaunes, ça pourrait même diviser », estime Emmanuelle Reungoat. « C’est un mouvement très hétérogène. Ils sont issus de plusieurs milieux et cultures politiques donc il y a un rapport aux politiques, au vote mais aussi à l’orientation politique différents », rappelle la politologue.

« Dans ma commune, quelques « gilets jaunes » ont voulu se lancer mais on leur a rappelé qu’on était un mouvement sans leader, donc que ça ne le faisait pas », tance Sandrine, « gilets jaunes » seine-et-marnaise. De son côté, Marianne, qui se mobilise du côté de Choisel, une commune de 750 habitants près de Rambouillet, n’y croit tout simplement pas. « Les maires ont de moins en moins de pouvoir car le pouvoir est trop centralisé, même le meilleur maire du monde, il ne peut rien faire, ce n’est pas au niveau local que ça se joue », estime-t-elle.

Le niveau de vie, facteur important du mécontentement politique

Pour autant, le Conseil d'analyse économique (CAE), centre de réflexion rattaché à Matignon, s’est intéressé aux causes profondes qui ont déclenché le malaise des « gilets jaunes » et montre que l’environnement de vie local a joué un rôle prépondérant dans la mobilisation, et notamment dans l’occupation des ronds-points.

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Dans la note « Territoires, bien-être et politiques publiques », publiée le 14 janvier, les chercheurs ont relevé une corrélation entre le mécontentement des habitants et la dégradation du niveau de vie locale. Par exemple, 29% des communes ayant perdu une « supérette », ou le dernier commerce de leur commune, ont connu « un événement « gilets jaunes »​​​​​​​ ». D’autre part, « la fermeture d’un lycée, d’un cinéma ou d’une librairie-papeterie est souvent associée à une plus forte probabilité d’un événement « gilets jaunes » dans la commune », analyse les chercheurs. Même constat dans les communes qui ont vu leur fiscalité croître.

« Il faut objectiver toutes ces choses qui sont très liés au bien-être et, par ricochet, au comportement politique des gens », estime Claudia Senik, économiste et co-auteure de la note. « En termes de politique, puisqu’on a affaire à des phénomènes locaux, il faut agir en partant de là », conseille-t-elle.

En effet, la probabilité de connaître une mobilisation des « gilets jaunes » « dépasse la moyenne nationale pour les 30% de communes » à plus de 25 minutes des équipements, relate le rapport. Il précise également, qu’à l’inverse, les communes où le temps de trajet a diminué entre 2013 et 2018 et où le tissu associatif a grandi sont moins susceptibles, par rapport à la moyenne nationale, d’avoir connu un de ces événements. « Idéalement, il faudrait aménager le territoire de manière à ce que les gens ne soient pas trop éloignés en temps de leur lieu de travail et de l’accès aux équipements », préconise donc l’experte.

Suite à ce constat, les chercheurs ont développés plusieurs recommandations en vue d'améliorer les politiques publiques territoriales. Ils suggèrent de « rénover l'approche de l'État central vis-à-vis des politiques de soutien aux territoires » ou de davantage prendre en compte le bien-être des habitants. Une suppression des politiques d'exonérations fiscales (dont le budget a avoisiné les 300 millions d'euros en 2018) au profit de projets locaux est également mise en avant. Et dernièrement, les experts préconisent d'optimiser « en fonction des besoins locaux » les « maisons France services » annoncées par Emmanuel Macron pour répondre à la crise des « gilets jaunes », tout en évitant le « tout numérique » pour « préserver le lien social ». Plusieurs pistes donc, qui devrait venir agrémenter le débat, lors des prochaines échéances électorales.

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