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Reportage

Municipales: à Perpignan, le RN veut ratisser large à droite pour gagner

Le candidat d'extrême droite Louis Aliot lors d'un meeting à Perpignan, le 31 janvier 3030
Le candidat d'extrême droite Louis Aliot lors d'un meeting à Perpignan, le 31 janvier 3030 AFP/Raymond Roig

Le Rassemblement national aura-t-il un trophée à brandir au soir du deuxième tour des municipales ? Au siège du parti de Marine le Pen, les regards sont tous rivés vers une ville : Perpignan, dans les Pyrénées-Orientales. Si l’ancien vice-président du parti, Louis Aliot, venait à l’emporter, ce serait un vrai séisme. 

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À l’entrée du Palais des congrès de Perpignan où Louis Aliot organise son premier meeting, les visiteurs sont accueillis par le DPS, le service de sécurité du RN. Pourtant, le favori des sondages pour le premier tour de l’élection municipale se présente sans étiquette. Louis Aliot a décidé de chasser à droite pour emporter une ville aux mains du LR Jean-Marc Pujol.

« Et pourquoi pas Aliot ? »

Dans les travées, des sympathisants du Rassemblement national, comme Henri, harki, mais pas seulement. Viviane, électrice de droite depuis quarante ans en a « marre de magouilles », elle vient « pour voir autre chose », accompagnée de son amie Michèle qui vote aussi à droite, « depuis toujours », mais qui se voit bien « tenter l’hypothèse Aliot ».

Tenter des électeurs de droite, Louis Aliot s’y emploie depuis deux ans. Moins présent à Paris, le député - ex-compagnon de Marine le Pen - consacre l’essentiel de son temps à faire campagne. Sa méthode ? Sortir de la logique du RN, parler à tout le monde, en somme : se désenclaver. Louis Aliot évoque notamment les liens tissés avec le milieu économique perpignanais. Une technique inspirée du modèle biterrois. En 2014, Robert Ménard avait, avec le soutien du RN, remporté la mairie de Béziers en revendiquant de parler à tout le monde. Même à ceux à qui l’extrême-droite ne s’adressait traditionnellement pas.

Pour son premier grand discours de campagne, Louis Aliot attaque le maire de droite sortant face à un parterre inquiet de la dégradation de la qualité de vie à Perpignan. Propreté, incivilités, insécurité : Louis Aliot pilonne le bilan de Jean-Marc Pujol et lance un appel au rassemblement : « Je serai un maire pragmatique, pas le chef d’un clan : j’appelle tous les habitants au rassemblement le plus large possible. »

Perpignan est une ville de plus de 100 000 habitants, dans le sud de la France.
Perpignan est une ville de plus de 100 000 habitants, dans le sud de la France. RFI

Se débarrasser de l’étiquette RN pour élargir

Pour réussir ce rassemblement, Louis Aliot a décidé de partir sans étiquette et de composer une liste d’ouverture, « vers la droite et vers la gauche » insiste l’aspirant édile. Mais le regard est bien rivé à droite. C’est d’ailleurs à l’ancien ministre sarkozyste Thierry Mariani qu’il a proposé de prendre la parole ce soir-là. Thierry Mariani, chantre de l’union des droites, passé au RN à l’occasion des élections européennes. « J’espère que les électeurs LR de Perpignan ne se tromperont pas. Louis a besoin d’eux », lance-t-il à la tribune.

Une stratégie qui semble porter ses fruits. À cinq semaines du premier tour des municipales, Louis Aliot est en tête dans les sondages. Si tous les candidats en position de le faire se maintiennent au second tour, il pourrait même l’emporter. Ce sera plus incertain en cas de front républicain, comme cela avait été le cas en 2014, au profit de la droite. « C’est vrai qu’il n’a pas prononcé le nom de son parti ou de Marine le Pen pendant son discours, il est pragmatique, alors oui, je me dis que je pourrais bien voter pour lui », confie Jean à la sortie du meeting.

Inquiétudes chez Les Républicains

Louis Aliot a-t-il réussi à gommer ses origines politiques ? Ils sont en tout cas nombreux, dans l’assistance, à considérer qu’il n’est pas le candidat du RN. « Moi je n’ai pas vu de crânes rasés, il est un candidat comme un autre », explique Christine, la cinquantaine. « Il a parlé de l’insécurité, et c’est ce qu’il nous faut », renchérit Jean-Pierre, né à Perpignan en 1947 et qui dit ne plus reconnaître sa ville. « Au diable les étiquettes. »

Face à ce qui ressemble à une dynamique en faveur de Louis Aliot, dans les états-majors parisiens, on s’inquiète. Cette semaine, le président des Républicains, Christian Jacob, a été prêter main forte au maire sortant. Il se murmure que Nicolas Sarkozy pourrait faire le déplacement quelques jours avant l’élection. Même histoire chez les écologistes. Alors que Louis Aliot est à la tribune, aux cotés de Thierry Mariani, l’homme fort de l’écologie politique, Yannick Jadot s’affiche lui auprès de la candidate EELV Agnès Langevine. Créditée d’autour de 15% dans les sondages, elle rêve de venir troubler l’ascension de Louis Aliot. « L’alternative à l’extrême-droite, c’est l’écologie », tente Yannick Jadot, qui renvoit le député RN à ses alliés à l’international : le Brésilien Bolsonaro, le Syrien el-Assad ou encore le Russe Poutine.

Ces attaques empêcheront-elles Louis Aliot d'accéder à la mairie ? Réponse mi-mars. D’ici là, la campagne continue à Perpignan et dans tout le département. Pour ne pas être accusés d’optimisme excessif, c’est en privé que les cadres du Rassemblement national évoquent leurs ambitions dans les Pyrénées-Orientales. À les croire, une dizaine de villes, peut-être plus, pourraient tomber dans l’escarcelle du RN. Derrière, le parti a évidemment en ligne de mire les départementales, cantonales et régionales.

Des sympathisants d'extrême droite au meeting de Louis Aliot, le 31 janvier 2020.
Des sympathisants d'extrême droite au meeting de Louis Aliot, le 31 janvier 2020. AFP/Raymond Roig

Au-delà de Perpignan, le département

Parmi ses villes citées à Paris : Pia, une ville limitrophe de Perpignan, 9 000 habitants, où un ancien membre du RN, le pompier professionnel Jérôme Palmade est candidat. Déjà en lice en 2014, celui-ci avait reçu la visite de Marine le Pen. Six ans plus tard, changement de stratégie. Jérôme Palmade n’a plus sa carte d’adhérent au RN et n’a pas sollicité le soutien du parti. Il a même monté une liste d’ouverture avec des candidats plutôt venus de la gauche. « Ce qui m’importe, c’est ce que l’on va faire pour Pia, pas la couleur politique », assure le trentenaire. Pia fait pourtant partie de la liste des mairies que le RN aimerait pouvoir revendiquer le 22 mars au soir. Etiquette ou pas.

 

Les autres candidats à Perpignan :

Olivier Amiel (divers-droite)

Romain Grau (LREM)

Clotilde Ripoull (sans étiquette)

Alexandre Bolo (sans étiquette)

Caroline Forgues (sans étiquette)

Pascale Advenard (LO)

À écouter : le Rassemblement national mise le tout pour le tout pour l'emporter à Perpignan

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