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François Fillon de présidentiable à paria de la droite

François Fillon au siège du parti Les Républicains, le 24 avril 2017. Son procès pour détournement de fonds publics s'ouvre ce lundi 24 février.
François Fillon au siège du parti Les Républicains, le 24 avril 2017. Son procès pour détournement de fonds publics s'ouvre ce lundi 24 février. Martin BUREAU / AFP

François Fillon à la barre. C’est ce lundi 24 février que débute le procès du candidat de droite à la présidentielle 2017. L’ancien Premier ministre et son épouse sont jugés, trois ans après les révélations décisives du Canard Enchaîné, pour détournement de fonds publics. Un procès qui s’annonce hors-norme. À la hauteur de la vertigineuse chute de celui à qui l’Élysée semblait promis six mois avant le second tour. Retour sur le parcours d’un homme devenu le fossoyeur de la droite française.

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Tout schuss vers la victoire. Décembre 2016. Quelques jours après son succès surprise à la primaire de la droite, François Fillon chausse ses skis et part à la montagne. L’Élysée est alors à portée de main pour l’ancien Premier ministre de Nicolas Sarkozy. La droite s’est trouvée un champion pour reprendre le pouvoir après le quinquennat de François Hollande. Sûr de lui, le candidat s’offre des vacances.

Tout déraille le 24 janvier quand Le Canard Enchaîné révèle que Pénélope Fillon a été employée comme assistante parlementaire de son mari et à la Revue des Deux Mondes. Travaillait-elle vraiment ? S’interroge le journal satirique. Dès le lendemain, François Fillon évoque « une campagne de calomnie ». La justice ouvre une enquête. L’affaire Fillon est née, elle sera alimentée par des révélations régulières dans la presse. La déflagration dans l’opinion est immédiate.

« Rends l’argent »

C’est le début d’un chemin de croix pour l’homme qui avait fait de l’intégrité sa marque de fabrique pour battre entre autres un Nicolas Sarkozy multi mis en examen et qu’il n’avait pas hésité à attaquer en demandant : « Qui imagine le général de Gaulle mis en examen ? » Sommé de s’expliquer, le candidat s’invite au 20h de TF1 dès le lendemain de la publication de l’article du Canard Enchaîné. Alors qu’il est là pour défendre son épouse, François Fillon commet une première erreur en révélant qu’il a aussi employé deux de ses enfants. La deuxième erreur arrive quelques minutes plus tard, quand il déclare : « La seule chose qui m’empêcherait d’être candidat, c’est si mon honneur était atteint, si j’étais mis en examen ». D’autant que les images, quelques jours plus tard, lors d’un meeting, de l’épouse de François Fillon l’accablent plus qu’elles ne l’aident. D’ordinaire dans l’ombre, Pénélope Fillon est poussée sous les projecteurs, hagarde et au bord des larmes.

En chute libre dans les sondages, François Fillon ne lâche rien. Accueilli par des concerts de casseroles à chacun de ses meetings, hué aux cris de « Rends l’argent », le candidat vite donné battu dès le premier tour s’en prend à la presse et à la justice, dénonçant un « coup d’État institutionnel ».

Plan B

Attendu le 1er mars au Salon de l’Agriculture, François Fillon annule à la dernière minute sa visite et convoque une conférence de presse improvisée à quelques centaines de mètres de là, au siège du parti, rue de Vaugirard. Il y annonce qu’il est convoqué en vue d’une mise en examen, mais qu’il ne se retirera pas, « car au-delà de ma personne, c’est la démocratie qui est défiée ». Commence alors une longue série de défections. Bruno Le Maire, Gérald Darmanin… Plusieurs poids lourds quittent la campagne. Côté opinion, c’est l’affaire des costumes, révélée par Robert Bourgi, qui porte le coup de grâce.

Faut-il changer de candidat à quelques semaines du premier tour ? La question d’une solution de rechange agite les esprits. Alain Juppé, malheureux finaliste de la primaire ? François Baroin ? Nicolas Sarkozy ? Le candidat répond par un meeting au Trocadéro qui fait le plein. Au 20h de France 2, il cloue le bec de ceux qui souhaitent son retrait : « Personne ne peut m’empêcher d’être candidat ».

►À (ré) écouter : François Fillon, candidat jusqu'au bout

François Fillon est finalement éliminé dès le premier tour, avec 20,01% des voix. Un score honorable, mais une claque pour la droite qui n’a jamais été absente du second tour de la présidentielle sous la Ve République.

« Il nous a tués »

Trois ans plus tard, la perspective de la comparution de François Fillon devant le tribunal est loin de laisser de marbre à droite. Car le parti ne s’est toujours pas relevé de sa défaite à la présidentielle et de la victoire d’Emmanuel Macron. En on, on parle d’un « non-événement »; mais en off, on grince des dents. D’autant que François Fillon n’a pas choisi le silence pour préparer son procès. Son invitation il y a quelques semaines sur France 2, en prime time, est un « scandale », jugent même certains cadres LR, qui s’étonnent qu’un homme « qui a tué la droite » ose encore « ouvrir la bouche ». D’autant que le timing est mauvais. Le procès s’ouvre à moins d’un mois des élections municipales.

Symbole de la volonté de tourner la page Fillon : les nouvelles orientations idéologiques choisies par Les Républicains. Exit la rigueur ou la suppression des 500 000 fonctionnaires du programme Fillon. La droite revient au social. En faisant entrer dans la direction du parti des jeunes comme Aurélien Pradié, qui planche sur le handicap et les violences faites aux femmes, le nouveau patron, Christian Jacob, envoie un signal aux rares amis politiques qui restent à l’ancien candidat : « Fillon, c’est fini ».

(Avec AFP)

À écouter aussi : Le retour des Fillon (le7h15 de RFI)

À (re) lire : Les six semaines qui ont empoisonné la campagne de François Fillon

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