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Coronavirus: la colère et l'inquiétude montent chez les policiers français

Un policier français procède à un contrôle aux abords de la gare de l'Est, à Paris, le 17 mars 2020.
Un policier français procède à un contrôle aux abords de la gare de l'Est, à Paris, le 17 mars 2020. REUTERS/Benoit Tessier

Alors qu’un premier gendarme français est décédé du coronavirus le 26 mars dernier, le ministère de l’Intérieur a décidé de mettre à disposition du ministère de la Santé les stocks de masques FFP2 dont disposent les services de police. Une décision très mal perçue dans les rangs des policiers. Reportage.

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« Les policiers sont sacrifiés par la faute d’un gouvernement qui n’a pas su ou voulu prendre les initiatives nécessaires pour lutter contre cette épidémie ! Nos collègues travaillent dans des conditions lamentables et la désorganisation continue au détriment des agents, s’indigne Anthony Caillé, enquêteur brigadier-chef à la PJ et secrétaire national à la CGT intérieure. Il y a encore quelques semaines, on nous promettait des masques et on nous disait qu’il n’y avait pas de pénurie. Aujourd’hui, on nous demande de donner nos stocks ! Le gouvernement use de manoeuvres dilatoires. Mais cela ne prend plus aujourd'hui. »

Si, il y a encore quelques semaines, le brigadier-chef assurait que la police avait ordre de ne pas mettre de masque pour ne pas faire peur aux gens, l’agent de police constate aujourd’hui, qu’en réalité, c’était surtout par manque de matériel suffisant : « On nous a mentis, dit-il. En réalité, l‘heure est à l’économie. Résultat, les collègues bricolent comme ils le peuvent et tombent malades », ajoute-t-il.

A Perpignan, la police aux frontières crie au scandale. Les agents disent être tous les jours en première ligne. Alors que de nombreuses personnes tentent encore de franchir la frontière franco-espagnole notamment pour acheter des cigarettes bon marché, les policiers expliquent être pressurisés et ne pas disposer de matériels suffisants. C’est ce qu’explique Robert, sous-brigadier à la police aux frontières des Pyrénées-Orientales : « C’est honteux ! Notre hiérarchie nous interdit de mettre les masques. On doit juste les porter autour du cou et les mettre uniquement si les gens nous toussent au visages ! Or on sait bien que lorsque l’on nous postillonne dessus c’est déjà trop tard. De qui se moque- t-on ? »

Le sous-brigadier ajoute être tous les jours au contact de personnes à contrôler. « Nos supérieurs nous demande indirectement d’économiser les masques », et précise que les trois fonctionnaires en poste en ce moment, et avec qui il travaille n’ont droit qu’à deux paires de masques : « Ils sont dans des boîtes fermées à l’intérieur de chaque véhicule de service, dit le sous-brigadier. Mais comme on n’a pas le droit de les mettre tout le temps, le stock ne baisse pas…or, normalement, la règle, c’est de les changer toutes les 6 heures ! »

« Je viens travailler la boule au ventre »

À la direction territoriale de la sécurité publique (DTSP), Joséphine se déplace dans différents les commissariats du 94 : « Nous on se déplace tout le temps !, explique la policière. Que ce soit de jour comme de nuit. Malheureusement, on travaille sans masque. Nous ne sommes pas équipés et je vois bien que les collègues des commissariats de quartiers n’ont pas de masque. Le seul que j’ai vu équipé est celui de Champigny-sur-Marne. » Joséphine dit avoir peur pour sa famille car elle est la seule, dans son couple, à continuer de travailler : « Mon mari a suspendu son activité professionnelle et il est confiné avec les enfants à la maison. La seule qui peut ramener le virus chez nous, c’est moi » dit-elle.

Autre point soulevé par la policière : une certaine arrogance envers l’uniforme et une tension permanente à l’égard des policiers. « C’est hallucinant. Que ce soit vis-à-vis des policiers, des gendarmes, et même des sapeurs-pompiers ! C’est dingue. On se fait insulter ou même cracher dessus. On a encore une collègue à Beauvais qui a reçu un pavé sur la tête et qui est hospitalisée dans un état grave. Nos conditions de travail sont peu ou pas évoquées par nos dirigeants. Et avec ça plus de matériel de protection ! », s’indigne Joséphine qui, comme beaucoup de ses collègues, a le sentiment d’être prise en un étau, entre « la violence » de la leur hiérarchie et celle des populations qu’ils sont censés protéger.

Dans le contexte actuel du territoire national et au regard des nouvelles mesures prise par le gouvernement, l’intersyndicale de la police vient d’envoyer un avertissement solennel au Premier ministre Édouard Philippe, en annonçant que si les moyens font défaut dans les services, les policiers ne feront que les missions urgentes et ne procéderont plus aux contrôles de confinement. Ils ajoutent et demandent urgemment des masques, des gants, des tests et la reconnaissance du Covid-19 comme maladie professionnelle que les agents qui seraient touchés par le Covid-19 soit reconnus en maladie professionnelle.

► Lire aussi : Coronavirus: 100 000 policiers et gendarmes mobilisés pour le confinement en France

■ La police judiciaire appelée en renfort

« Mon travail c’est d’arrêter les braqueurs, pas de contrôler les gens »

Depuis mardi 24 mars, les divers services des agents de police se réorganisent. Désormais, les enquêteurs de la police judiciaire sont appelés en renfort au côté des policiers en uniformes : « Dans la situation actuelle cela ne nous pose pas de problème d’aller prêter main forte aux collègues des commissariats. On fait preuve de solidarité, dit Anthony Caillé, enquêteur brigadier-chef à la PJ et secrétaire national à la CGT intérieure. Mais nous à la PJ, on ne fait pas le même métier que les policiers en uniformes ! Or, le ministère de l’Intérieur nous demande à nous, la police judiciaire de venir en renfort pour faire des surveillances afin d’éviter les vols ! Ce que nos dirigeants, décidément, ne comprennent pas c’est qu’à la PJ nous travaillons en civil. Notre travail, c’est de faire des interpellations, le plus souvent dans le cadre d’un flagrant délit. Cela signifie que le délit est déjà consommé. Or, si on veut éviter les vols c’est bien d’une police en tenue dont nous avons besoin, avec davantage de policiers en uniformes et donc visibles.Malheureusement et encore une fois, au lieu d’embaucher du personnel dans ces services, nos gouvernants préfèrent, selon la formule consacrée, « habiller Paul pour déshabiller Jacques ».

Le tout répressif n’est pas la meilleure solution

Pour l’enquêteur, demander à la police de verbaliser dès le départ et être dans la répression systématique n’est pas efficace. « Il faut cesser le tout répressif si on veut être entendu. Il nous faut une police préventive, au contact du public. » Il poursuit : « Pourquoi ne nous a-t-on pas demander en amont de distribuer des plaquettes de préventions par exemple, d’expliquer, de parler aux gens ? On nous demande de verbaliser d’entrée de jeu. Cela crée de fait un rapport tendu avec les populations. On n’a pas besoin d’ajouter de la violence à la violence. Bien sûr qu’il faut verbaliser. Mais cela devrait être le dernier recourt. »

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