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France: dans les Ehpad, «un combat de chaque instant» contre le coronavirus

Des résidents sont assis dans un couloir le 4 mars 2020, dans un EHPAD de Brest, dans l'ouest de la France.
Des résidents sont assis dans un couloir le 4 mars 2020, dans un EHPAD de Brest, dans l'ouest de la France. Loic VENANCE / AFP

884 morts du Covid-19 et 14 638 cas confirmés ont été recensés dans les établissements d'hébergement pour personnes âgées dépendantes (Ehpad) depuis le début de l'épidémie en France, selon des chiffres encore partiels parus ce 2 avril.

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Depuis maintenant plusieurs semaines, les établissements d'hébergement pour personnes âgées dépendantes (Ehpad) fonctionnent à huis-clos. Personne ne rentre, ni ne sort, mis à part le personnel soignant. Impossible pour les résidents de voir leur famille ou de sortir se promener, ils sont confinés dans leur chambre. « Dans les Ehpad, c'est le confinement dans le confinement », commente Jean-Pierre Riso, le président de la Fnadepa (Fédération nationale des associations de directeurs d'établissements et services pour personnes âgées).

La lutte contre le Covid-19, qui a mené au confinement de toute la France depuis le 17 mars, « est un combat de chaque instant dans les Ehpad. On vit la crise au quotidien », rajoute le président. Toutes les « personnes âgées de 70 ans et plus » ont un risque accru de développer une forme sévère du Covid-19, selon le Haut conseil de la Santé publique. Depuis le début du mois de mars, les cas de coronavirus et le nombre de décès, malgré les mesures mises en place, ne cessent d'augmenter.

Selon des chiffres encore « très partiels » divulgués le 2 avril 2020 par le directeur général de la Santé, Jérome Salomon, 884 morts du Covid-19 et 14 638 cas confirmés ont été recensés dans les Ehpad depuis le début de l'épidémie en France.

« C’est comme être dans un hôpital fantôme »

Jeudi 2 avril, l’épidémie est présente dans plusieurs centaines d’établissements sur les plus de 7 500 que compte la France. « L’enjeu, c’est de faire en sorte que le virus ne rentre pas dans les établissements non touchés », explique le président de la Fnadepa. Pour cela, les soignants redoublent de prudence. « On reste confiné dans notre service de 7h à 20h. Que ce soit pour manger ou faire une pause, on ne sort pas. Et quand on arrive le matin, la prise de température est obligatoire, tout comme le revêtement du masque et la désinfection des mains », raconte Marina, aide-soignante en Vendée. Dans certains Ehpad, le personnel soignant est même aller jusqu’à se confiner 24h/24 avec les résidents.

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Comme en atteste le bilan de l’épidémie dans les établissements qui accueillent des personnes âgées, tous ne sont pas épargnés. Dans un Ehpad des Hauts-de-Seine, à l’est de Paris, « deux personnes sont décédées, trois sont Covid+ et on attend le résultat de 10 tests », raconte Marie, une infirmière. Dans cet établissement, le personnel n’a pas attendu le 28 mars et les annonces du ministre de la Santé, Olivier Véran, pour confiner dans les chambres les résidents. Cette mesure a été mis en place il y a plusieurs semaines afin d’empêcher le virus de se répandre. « Ca nous fait mal au coeur, témoigne-t-elle, l’Ehpad d’habitude est un lieu de vie, aujourd’hui, quand je regarde les couloirs sans bruit et sans personne, c’est comme être dans un hôpital fantôme ».

Tout comme dans les hôpitaux, c'est le personnel soignant qui est en première ligne dans cette « guerre » déclarée par le président de la République, Emmanuel Macron. « Dans mon établissement, c’est une hécatombe, rajoute Marie, sur 11 infirmières, sept sont atteintes du Covid-19 et ont été arrêtées ». La soignante continue donc son travail dans une équipe en sous effectif. Des renforts ont été appelés pour pallier le manque de bras dans l’établissement mais c’est insuffisant, selon l’infirmière. « On doit normalement avoir cinq aide-soignants et un hôtelier par étage, ce matin il n’y avait que 3 aide-soignants et pas d’hôtelier ».

Dans son service, certaines images ont marqué Marie, comme le décès d'un résident de son Ehpad, mis dans une housse morturaire « nu » et « sans que la famille puisse les voir ». « Tous nos repères autour de la mort sont transformés par ce virus », atteste Jean-Pierre Riso. Ces éléments de procédures fabriquent des « moments douloureux ». « Il faut sortir le corps de façon caché, il est impossible de faire le deuil, c'est d'une grande souffrance pour tout le monde ».

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L’angoisse de ne pas « tenir le choc » face à l’épidémie de coronavirus se répand dans les Ehpad. « Les gens ont peur, il y a de la crainte dans les équipes et une charge de travail très importante. Les collègues sont très inquiets pour les prochains jours », évoque Christian, aide-soignant dans un Ehpad de Lyon. Cloîtré chez lui depuis une semaine à cause de l’apparition de symptômes liés au coronavirus, il a été confirmé positif le 31 mars. Dans l’Ehpad où il exerce depuis 21 ans, plusieurs patients sont contaminés et le matériel manque. « Il faut des soldats pour éteindre le feu mais on ne nous a pas protégé assez rapidement », s’emporte-t-il.

« On manque aussi de housses mortuaires »

Dans les couloirs désertés des Ehpad, la question du matériel de protection revient sans cesse. Si les masques sont de moins en moins un problème depuis plusieurs jours, le personnel soignant fait part de nombreux manque de sur-blouses et de lunettes de protection. « Nous avons enfin des livraisons hebdomadaires de masques chirurgicaux (...) mais les premières personnes infectées datent du début du mois de mars. Et un mois, c’est long », note Jean-Pierre Riso.

Avant ces livraisons, « on n’était pas équipé convenablement », estime Marion, aide-soignante dans un Ehpad du Maine-et-Loire. Mais grâce à un appel au don lancé par la ville sur les réseaux sociaux, des masques chirurgicaux et du gel hydroalcoolique ont afflué. Elle espère maintenant que les livraisons de l’État seront régulières. « Les dons vont s'arrêter et la première livraison de 500 masques va vite s’épuiser car il nous en faut presque une centaine par jour », s’inquiète-t-elle.

L’inquiétude ne concerne pas uniquement le matériel de protection. « On manque aussi de housses mortuaires », regrette le président de la Fnadepa. Le nombre de décès dus au coronavirus s’ajoutant aux décès «non-covid», les Ehpad ne sont pas préparés à avoir « 10, 15 ou 20 décès » dans un seul établissement en si peu de temps. « C’est une vraie souffrance pour tout le monde », conclut-il.

Les soignants, le dernier lien avec les familles

Les familles et résidents pâtissent également du confinement. Matéo, étudiant infirmier ne peut plus rendre visite à son grand-père de 75 ans atteint d’alzheimer. « Ca me fait de la peine de savoir qu’il vit ça. Il est inquiet car il sait qu’on vit une crise sanitaire et les personnes âgées savent qu’elles sont les premières touchées. Quand on a un proche en Ehpad, c’est très difficile », témoigne-t-il.

Appels vidéos, livraisons de colis… Les équipes soignantes se mobilisent pour conserver un minimum de lien entre les patients et leurs familles. L’animateur des établissements, qui ne peut plus s’occuper des activités collectives, a vu son métier complètement changé. Au temps du coronavirus, il est maintenant chargé d’organiser les relations à distance des résidents. Dans certains établissements, des pages Facebook ont été ouvertes pour partager la vie de l’Ehpad aux proches des patients.

« C’est très compliqué le confinement en Ehpad »

Toutefois, le confinement doit être « temporaire » et « laisser la possibilité, même limitée, de circuler », selon un avis du Comité consultatif national d’éthique (CCNE) publié le 1er avril. Il propose par exemple aux établissements accueillants des personnes âgées de mettre en place « des secteurs séparés » pour les personnes contaminées et les autres.

Une mesure déjà mise en place dans certains Ehpad qui s’efforcent d’isoler le plus rapidement possible les patients infectés. Cette alternative permettrait de limiter la solitude des patients, qui peut s’avérer « fragilisante » pour une personne âgée. « C’est très compliqué le confinement en Ehpad. Certains résidents dépriment et se mettent à pleurer. Il y a une réelle crainte sur les cas de dépression qui pourrait débuter avec le confinement », raconte Marie.

Concernant les visites, le CCNE propose qu'elles puissent être autorisées « dans des conditions strictes de sécurité sanitaires » si et seulement si des tests de dépistage étaient proposés à grande échelle. C'est à dire uniquement pour les résidents et leurs proches testés négativement. Pour Jean-Pierre Riso, la question des tests est essentielle. « Il faut qu'on puisse tester de manière régulière, j'allais même dire systématique » pour être sûr qu'aucune personne dans les Ehpad ne soit un porteur sain, estime-t-il. Un plaidoyer qui fait écho à celui l'OMS (Organisation mondiale de la Santé) : « tester, tester, tester ». De son côté, le ministre de la Santé, Olivier Véran, a annoncé le samedi 28 mars « tester en priorité pour le virus le personnel qui travaille au sein des Ehpad ».

Il faudra « faire le bilan de la situation »

Face à une situation inédite, les établissements tentent de trouver la meilleure solution pour protéger les personnes âgées du Covid-19 au point de dépasser leurs limites. « Vous m'auriez demandé il y a trois mois, je n'aurais jamais dit qu'un Ehpad était un lieu où l'on pouvait faire de l'isolement mais il faut protéger nos ainés », confie le président de la Fnadepa.

Il estime qu'il faudra « faire le bilan de la situation ». Les personnels d'Ehpad tirent la sonnette d'alarme depuis longtemps sur le système de santé pour les personnes âgées qui « doit être considérer différement » en France. « Le ministre de la Santé a dit qu'il saurait se souvenir de l’effort consenti par les professionnels à domicile et pour personnes âgées. En tout cas, nous, nous nous en souviendrons », conclut Jean-Pierre Riso. L'éxécutif aussi l'assure, « le jour d'après ne sera pas un retour au jour d'avant », déclarait Emmanuel Macron le 16 mars dans une allocution présidentielle, promettant de « tirer toutes les conséquences » de cette crise.

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