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France

Ecoutes de la NSA: Obama réaffirme vouloir en finir avec ces pratiques

Jacques Chirac, Nicolas Sarkozy et François Hollande ont été espionnés par la NSA.
Jacques Chirac, Nicolas Sarkozy et François Hollande ont été espionnés par la NSA. REUTERS/Regis Duvignau/Charles Platiau/Stephane Mahe

L'agence américaine de renseignement NSA a espionné pendant au moins six ans, de 2006 à mai 2012, les téléphones de trois présidents français : Jacques Chirac, Nicolas Sarkozy et François Hollande. Libération et Mediapart publient des notes classées Top Secret de l'agence américaine, recueillies par WikiLeaks. L'Elysée dénonce des « faits inacceptables ». Retour sur une journée où les relations franco-américaines ont été malmenées.

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  • Des révélations bien embarrassantes

Elles ont été relayées par Mediapart et Libération. Selon les documents mis en ligne par WikiLeaks, ces interceptions de communications des trois derniers présidents français auraient duré au moins six années, entre 2006 et 2012. Parmi les autres personnes ciblées, on retrouve également l’ancien ambassadeur de France à Washington Pierre Vimot, l'ancien secrétaire général de l'Elysée Claude Guéant ou encore Bernard Valero, porte-parole du ministère des Affaires étrangères. D’autres noms circulent, mais pas seulement, même des standards téléphoniques de différents ministères étaient visés.

Ces révélations faites par WikiLeaks se basent sur cinq rapports d’analyse émanant de la NSA. Ils sont tous classés « Top Secret » et destinés dans leur majeure partie à des responsables de la NSA et de la communauté du renseignement américain.
Après les révélations sur les écoutes concernant Angela Merkel ou encore Dilma Rousseff, la présidente brésilienne, ces documents pourraient tendre les relations qui semblait pourtant bonnes entre Washington et Paris.

Ces révélations sont un coup de canif dans les relations franco-américaines, pourtant célébrées avec faste en février 2014 lors de la visite d’Etat de François Hollande aux Etats-Unis. Le président américain Barack Obama s’était d’ailleurs engagé à ne pas espionner ses alliés, la confiance avait été restaurée.

  • François Hollande réunit un Conseil de défense

« La France ne tolèrera aucun agissement mettant en cause sa sécurité », affirme l'Elysée qui dénonce des « faits inacceptables ». Les engagement de Washington doivent être « strictement respectés » précise le communiqué, diffusé ce mercredi matin alors qu'un Conseil de défense s'est réuni autour du chef de l'Etat.

Cette réunion d'urgence a été convoquée hier soir, très peu de temps après ces révélations, afin d’en tirer les conclusions utiles et avant de demander à Washington des explications. La convocation de ce conseil de défense est une première une première réaction officielle de l’Elysée. Elle est le signe que l'affaire est prise très au sérieux. Le Premier ministre Manuel Valls est arrivé le premier. « Les Etats-Unis doivent tout faire pour réparer » les dégâts, a-t-il déclaré plus tard dans la journée. Etaient aussi présents les ministres de la Défense, des Affaires étrangères ou encore les responsables du Renseignement français.

Deuxième réaction concrète : la convocation de l'ambassadrice des Etats-Unis Jane Hartley à Paris au ministère des Affaires étrangères. Enfin, troisième étape, le coordonnateur national du renseignement français, Didier Le Bret, se rendra « dans les jours qui viennent » aux Etats-Unis, a annoncé à la sortie du Conseil des ministres le porte-parole du gouvernement, Stéphane Le Foll, « pour faire le point sur l'ensemble des dispositions actées par la France et les Etats-Unis ».

  • Barack Obama réitère sa promesse

Lors d'un entretien téléphonique avec François Hollande cet après-midi, Barack Obama a réaffirmé son engagement à en terminer avec des pratiques qui étaient inacceptables entre alliés, rapporte un communiqué de l'Elysée. Barack Obama ne pouvait pas faire moins, analyse notre correspondante à Washington, Anne-Marie Capomaccio. La même promesse a été rendue publique après les révélations sur l’espionnage du portable de la chancelière Merkel (voir encadré). On se souvient que la Maison Blanche avait demandé un rapport sur les pratiques de ses services de renseignements.

Dans les faits, cela ne change rien, les documents WikiLeaks rendus publics, font état de faits qui se sont produits entre 2006 et 2012. Si les mœurs de la NSA ont changé, après l’admonestation de la Maison Blanche, l’affaire est terminée, mais les révélations n’en restent pas moins embarrassantes pour les Etats-Unis.

L’ambassade de France à Washington ne fait aucun commentaire. Les ministres de l’Economie, Emmanuel Macron, et de l’Agriculture, Stéphane Le Foll, arrivent aux Etats-Unis. Nul doute que les dossiers bilatéraux qui devaient être traités seront éclipsés par cette affaire d’écoute des présidents français.

  • Une classe politique scandalisée

Le renseignement, y compris entre alliés, a toujours existé et continuera d'exister

A gauche, comme à droite, les réactions sont unanimes même au fond, si ces révélations ne contiennent aucun secret d’Etat.

Stéphane Le Foll a dénoncé ce mercredi matin des « méthodes inacceptables entre alliés ». Le député socialiste Jean-Jacques Urvoas, spécialisé dans le renseignement, twittait hier soir que « nous redécouvrons que les Etats-Unis n’ont pas d’alliés, que des cibles ou des vassaux ». A noter que Jean-Jacques Urvoas est le principal porteur du projet de loi renseignement qui doit être soumis au vote ce mercredi à l'Assemblée nationale et dont les opposants disent qu’elle s’inspire des méthodes de la NSA.

A droite, Gérard Longuet, ancien ministre de la Défense, du parti Les Républicains, fait part de son « inquiétude » : « La vraie question, c'est l'image qu'ont les États-Unis de leurs partenaires. Le fait qu'ils prennent le risque de casser l'image des États-Unis pour des avantages sommes toute assez modestes est une faute politique. C'est inquiétant sur la capacité d'une très grande puissance comme les États-Unis à gérer des relations équilibrées avec des partenaires. En fond, cela va affaiblir leurs alliances à eux et non pas les pays écoutés. »

Le sénateur François Baroin, ancien ministre de l'Economie de Nicolas Sarkozy, a réclamé « une réponse forte du président » Hollande. « Cette affaire est scandaleuse, il faut demander des explications très claires ». Le sénateur UDI Yves Pozzo di Borgo aurait de son côté souhaité une réaction plus ferme : « Si la France se respectait, elle ferait détruire la partie de l'ambassade des États-Unis où ont lieu les écoutes. »

La présidente du Front national, Marine Le Pen, et la figure de proue de la gauche radicale, Jean-Luc Mélenchon, ont réclamé l'arrêt des négociations entre l'Union européenne et les Etats-Unis sur le traité transatlantique de libre échange (TTIP). « Les Etats-Unis sont une puissance hégémonique prête à tout pour accroître son emprise sur nos pays », a clamé Mme Le Pen. « L'arrêt des négociations sur le grand marché transatlantique s'impose de toute urgence », a renchéri Jean-Luc Mélenchon, cofondateur du Parti de Gauche.


« L'espionnage entre amis, ça ne se fait pas »

Avec notre correspondant à Berlin,  Pascal Thibaut

La réaction d'Angela Merkel après la divulgation d'information sur la mise sur écoute de son portable à l'automne 2013 par la NSA est restée dans les annales. « L'espionnage entre amis ça ne se fait pas », avait déclaré la chancelière. Cette affaire n'en finit pas de susciter des débats outre-Rhin. Et des dommages collatéraux pour l'image du traditionnel allié américain de Berlin.

Mais comme souvent dans ces affaires, personne n'a les mains tout à fait propres. L'Allemagne après les attentats de 2001 a conclu une coopération étroite avec les services secrets des USA. Les bases militaires américaines sur place font de la RFA une plaque tournante de l'espionnage. Et les révélations sur le coup de main fournis par les services allemands ont fait ces dernières semaines rebondir la polémique.

Si officiellement Berlin a condamné ces pratiques, le gouvernement Merkel a plutôt joué profil bas. L'enquête sur les écoutes du portable de la chancelière a été classée au début du mois. Reste une commission d'enquête parlementaire qui poursuit son travail et s'intéresse aux responsabilités des experts du renseignement comme des décideurs politiques des dernières années à droite comme à gauche.

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