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Entretien

L'Ukraine n'est pas «un Etat dans l'ombre du grand frère» russe

Oleh Shamshur, ambassadeur d'Ukraine à Paris.
Oleh Shamshur, ambassadeur d'Ukraine à Paris. Alina Wolf

Un an après la révolution « Euromaidan », le nouvel ambassadeur d'Ukraine à Paris, Oleh Shamshur, ancien représentant à Washington, nous explique ses priorités et sa vision des relations de son pays avec la Russie, tout en saluant la décision des autorités françaises de suspendre la livraison des navires Mistral à Moscou. Entretien.

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RFI : Un an s'est écoulé après le refus de l'ex-président Viktor Ianoukovitch de signer l'accord d'association avec l'Union européenne. Depuis, l'Ukraine a connu une période très tourmentée : révolution, guerre, élections présidentielle et parlementaires. Comment caractérisez-vous cette nouvelle Ukraine postrévolutionnaire ?
Oleg Shamshur : La nouvelle Ukraine a définitivement choisi la voie européenne et le modèle démocratique du développement. Elle veut rendre son économie compétitive, entamer des réformes sociales et améliorer le mode de vie des citoyens. Pendant longtemps, nous avons hésité et c'était le problème de nos leaders mais aussi de notre société. Et enfin, cet Etat a fait le choix définitif de son modèle. C'est dans ce cadre-là que nous voulons avancer. Pour la première fois dans son histoire contemporaine, l'Ukraine a été obligée de défendre son intégrité territoriale et son indépendance. Malheureusement, le sang a coulé sur Maidan et nos soldats qui combattent pour ces valeurs européennes sont prêts à sacrifier leur vie pour l'avenir de leur pays et de leurs enfants.

Vous dites que le peuple ukrainien a fait le choix du vecteur européen. Comment voyez-vous les relations entre l'Ukraine et son voisin, la Russie ?
Il s'agit d’un choix géopolitique, mais notre choix concerne beaucoup plus notre politique intérieure et, avant tout, celui du modèle de la société ukrainienne. La question des relations avec la Russie est très complexe et épineuse. Ma mère est Russe, je ne suis pas russophobe et je respecte le peuple russe. Je dirai peut-être des choses qui déplairont à certains, mais pour construire de nouvelles relations avec la Russie, il est nécessaire que les autorités russes aussi bien que la société russe changent leur approche vis-à-vis de notre pays. Le soutien qu'environ 80% de citoyens russes accordent aux actes de leur président concernant notre pays est un problème majeur. Ces changements ne seront possibles que quand la société russe comprendra que nous sommes différents. Nous sommes prêts à coopérer avec la Russie et à être de bons voisins. Par ailleurs, il faut admettre que les actes des autorités russes mettent en danger les relations qu'on aurait pu avoir entre nos deux Etats. Malheureusement, nous sommes dans une autre réalité. Dans les prochaines décennies, nous vivrons dans une menace permanente provenant de Russie. J'aimerais me tromper, mais cela ne sera le cas que si les Russes revoient leur approche. La Russie est un Etat souverain et indépendant dans le choix de sa politique intérieure et extérieure. Mais elle doit également respecter le choix fait pas les Ukrainiens.

A votre avis, comment la vision de l'Europe sur l'Etat ukrainien, y compris celle de la France, a-t-elle changé depuis la révolution ?
Il y a de plus en plus d'hommes politiques français qui ne perçoivent plus l'Ukraine comme un Etat dans l'ombre du « grand frère », du grand voisin, mais comme un pays indépendant, dynamique et une force importante dans la politique européenne. Je suis très réaliste par rapport à la mission que je dois accomplir ici et il faut parcourir encore un long chemin pour que l'Ukraine soit perçue comme un partenaire fiable qui offre des perspectives. Peut-être que ce long processus n'aboutira pas mais mon but, c'est déjà de le commencer.

Quelles sont vos priorités dans d'autres domaines, notamment économique et culturel ?
Actuellement, la tâche principale de l'Ukraine est de défendre son indépendance et son intégrité territoriale. Il est important pour nous que la France nous soutienne dans cette démarche. Je parle des efforts diplomatiques aussi bien que de la coopération militaire de tout genre. Je comprends absolument que l'Ukraine doit entamer des réformes. Dans ce sens-là, l'expérience de la France peut nous être très utile. Il s'agit de l'aide dans la stabilisation de l'économie, de la situation financière et de la modernisation de notre société. De notre côté, nous devons informer les Français de ce qui se passe réellement en Ukraine et mener une diplomatie culturelle. La révolution « Euromaidan » a énormément favorisé la créativité qu'on aimerait faire découvrir aux Français. Il faut également intéresser le milieu des affaires. L'accord d'association est déjà partiellement appliqué et certaines de nos PME ont déjà profité de la zone de libre-échange qui, pour le moment, n'est valable que pour l'Ukraine. Mon but est de travailler dans toutes ces directions indiquées.

La question des navires de type Mistral continue de faire débat. A cause de la crise ukrainienne, la France a décidé de suspendre la livraison de ses porte-hélicoptères. L'Ukraine redoute-t-elle que Paris livre à Moscou ces navires comme le stipule le contrat signé en 2011 ?
Il faut espérer le meilleur mais se préparer au pire. Je salue la décision du président français de suspendre la livraison des navires à la Russie. Nous continuerons à informer la société française et les autorités de notre position officielle. La livraison des navires ne fera qu'accroître le potentiel d'agression de la Russie, y compris dans le contexte de la guerre actuelle que la Russie a déclenchée contre mon pays. La position de beaucoup de pays européens vis-à-vis de la crise ukrainienne est basée sur des illusions. Ils pensent qu'il est encore possible de rétablir le statu quo qui existait avant l'annexion de la Crimée et la guerre dans l'est de l'Ukraine. Il faut dire la vérité, ce n'est pas possible. Le système de la sécurité en Europe est détruit et il faut construire un nouveau système qui prenne en compte la nouvelle réalité.

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