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Maurice

A Maurice, une transition en douceur

Sir Anerood Jugnauth au Château du Réduit, la résidence du président de l'île Maurice, Kailash Purryag, qui le nomme Premier ministre. 14 décembre 2014.
Sir Anerood Jugnauth au Château du Réduit, la résidence du président de l'île Maurice, Kailash Purryag, qui le nomme Premier ministre. 14 décembre 2014. RFI/Abdoollah Earally

Les élections législatives du 10 décembre témoignent d’une tradition bien ancrée dans la démocratie mauricienne. Comme toujours, le verdict des urnes a été pleinement respecté et la passation de pouvoir s’est déroulée sans le moindre grain de sable. Qu’est-ce qui explique cette passation de pouvoir dans le calme ?

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De notre correspondant à Port-Louis,

Dans l’après-midi du samedi 13 décembre, soit deux jours après une amère défaite électorale, le Premier ministre sortant, Navin Ramgoolam, a présenté sa démission au président de la République, Kailash Purryag. Accueilli au Château du Réduit, la résidence du président, il a ensuite répondu volontiers aux questions de la presse. Et malgré sa mine déconfite, les journalistes qui l’attendaient ne sont pas restés sur leur faim.

Le lendemain matin, Sir Anerood Jugnauth, dont la coalition a remporté haut la main les élections - 47 sièges contre 13 - s’est à son tour rendu chez le président où il a été nommé Premier ministre. Après une séance photo, il a répondu, lui aussi, à la presse.

Le temps de la transition, le Premier ministre sortant et son successeur jouent donc pleinement le jeu démocratique et veillent à l’apaisement du climat social. C’est la règle dans l’île, même si elle n’est écrite nulle part dans la Constitution. « C’est un code d’éthique qui a toujours prévalu et cela fait partie de nos traditions démocratiques immuables »,se félicite Arvin Boolell, candidat battu qui était ministre des Affaires étrangères dans le gouvernement de Ramgoolam.

« Même dans les moments les plus difficiles, ce protocole a été scrupuleusement respecté ici », insiste Cassam Uteem, président de la République de 1992 à 2002. Vijay Makhan, ancien secrétaire général-adjoint de l’Union africaine désormais engagé dans la vie politique mauricienne, partage la même réflexion en ajoutant que « si un Premier ministre battu fait fi de cette règle, il se retrouvera seul ».

Un climat pourtant un peu tendu

Pourtant, Maurice a vécu cette dixième campagne des élections législatives dans un climat quelque peu tendu. Elle a quasiment divisé le pays en deux, avec d’un côté les partisans de l’alliance de l’Unité et de la modernité de Navin Ramgoolam et de l’autre ceux de l’alliance Lepep (Le Peuple) de Sir Anerood Jugnauth. Malgré l’abus de l’appareil d’Etat et les dérives constatées, aucune voix contestataire ne s’est fait entendre une fois le verdict des urnes tombé. La page est vite tournée.

Les observateurs sont d’avis que ce respect des valeurs démocratiques repose sur deux fondations. « Le modèle mauricien est issu de la tradition britannique dite Westminster. Vous allez voir que dans les pays qui ont adopté ce modèle, comme en Inde, il n’y a pas de conflit au moment de la passation de pouvoir, alors que dans d’autres modèles, c’est un peu plus douloureux »,observe Shafick Osman, docteur en géopolitique à l’université des Mascareignes à Maurice.

« Il ne faut pas oublier, précise Cassam Uteem, que nous disposons d’une commission électorale respectée. Depuis toujours, Maurice a eu à la tête de cette institution des hommes compétents. Ce qui fait qu’à chaque élection, le verdict des urnes ne souffre d’aucune contestation et cela facilite le reste. »

Une maturité démocratique incontestable

Si l’on observe un affaiblissement des institutions à l’île Maurice, on ne plaisante pas cependant avec le processus démocratique et surtout pas avec la passation de pouvoir. Bien que la Constitution ne fixe aucun délai, il est de coutume que le Premier ministre sortant démissionne dans les jours qui suivent la défaite. « Cela peut traîner de quelques jours seulement. Dans ce cas, c’est fait en pleine consultation avec le président de la République qui lui fait le lien avec le nouveau locataire », explique Vijay Makhan.

Sur ce plan, la maturité démocratique de Maurice est incontestable. Des facteurs sociaux et historiques ont contribué à la réussite de ce modèle. La population mauricienne - 1,3 million d’âmes - est composée d’un peuple de différentes origines qui a appris à cohabiter et à respecter l’autre. « Encore une fois, les Britanniques y sont pour quelque chose. Sous leur administration, ils ont favorisé la cohabitation avec les Français. Le Code Napoléon était toujours appliqué pendant le règne britannique. Ils ont aussi respecté les différentes religions présentes dans l’île », souligne Shafick Osman.

Mais au-delà de tout, cette succession de pouvoir dans le calme prouve que c’est le peuple qui est souverain, estime l’ex-ministre des Affaires étrangères, Arvin Boolell : « Lorsque le peuple décide de maintenir ou de changer de gouvernement, sa décision est respectée par les politiques. »

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