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Du côté de chez Juan

La Russie plongée dans une grave crise monétaire

Des boutiques du centre de Moscou affichant les prix en roubles, en euros et en dollars.
Des boutiques du centre de Moscou affichant les prix en roubles, en euros et en dollars. REUTERS/Maxim Zmeyev

Dans Appels sur l'actualité, des auditeurs s'interrogent sur la crise monétaire qui sévit en Russie. L'effondrement du rouble, entretenu par la faiblesse des cours du pétrole, au-delà de son impact sur le système bancaire russe, risque de peser sur la stabilité politique de la Russie. Et la popularité du président Vladimir Poutine risque d'être minée. La devise russe peine à se stabiliser au lendemain de plus bas records atteints contre le dollar et l'euro, en dépit d'une hausse spectaculaire de 6,5 points à 17% du taux directeur de la Banque centrale. Le chef de l'Etat a imputé la crise de change à la spéculation et à la politique occidentale. Mais il lui sera difficile d'éluder ses conséquences pour l'économie russe qui, depuis la mi-décembre, s’est fortement dégradée. L’année 2014 est l’année de la faible croissance (0,6%) et de la forte inflation (11%). Les causes de ce marasme se trouvent aussi dans la chute des prix du pétrole dont l’économie russe est très dépendante.

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Quel rôle ont joué les sanctions occidentales dans la chute du rouble ?

L'économie russe n'a pas eu besoin de sanctions occidentales pour se révéler malade. Depuis mai 2013, les faiblesses structurelles dont souffre la Russie font fuir les investisseurs. Cette fuite massive des capitaux étrangers aurait atteint sur 2014, selon l'évaluation de la Banque centrale russe, 128 milliards de dollars. Les sanctions occidentales introduites contre Moscou à partir de l'annexion de la Crimée en mars dernier, et renforcées depuis, n'ont fait qu'accentuer ce désintérêt des investisseurs pour la Russie. Parallèlement, les sanctions compliquent fortement la vie des entreprises russes, qui ne peuvent plus se financer sur les marchés internationaux. Les marchés extérieurs à la Russie leur sont, de fait, fermés. Ces sanctions coûteraient 40 milliards de dollars par an à la Russie, selon le ministre des Finances russe. Le coup de grâce est venu du marché pétrolier. L'or noir, avec le gaz, représentent en effet la majorité des recettes de l'Etat russe.

La faiblesse de la monnaie nationale indique par ailleurs aux Russes que leur économie va mal. Au fur et à mesure que l'inflation ne cessait de monter et que le rouble baissait, les ménages se sont mis à se débarrasser de leurs roubles en achetant les euros ou les dollars. Ce vent de panique a été renforcé par l'échec des interventions successives de la Banque centrale russe. Les marchés et les ménages ont fini par croire que le krach était inévitable. Et c'est en effet ce qui s'est passé.

Que propose Vladimir Poutine pour faire face à la chute du rouble ?

A la tête du pays depuis quinze ans, comme président ou comme Premier ministre, Poutine est confronté à une crise sans précédent. Il reconnaît que le budget devra être révisé, mais rassure ses concitoyens : le paiement des pensions et des salaires sera garanti grâce aux réserves financières du pays. Pour combattre la crise actuelle, les mesures employées lors de la crise précédente, celle de 2008, pourraient être réemployées. Le contrôle des prix des aliments et de l'essence est notamment évoqué. Mais rien de concret, pour l'instant.

Face aux marchés et aux agences de notation, la Russie défend sa solvabilité. Placé en défaut de paiement en 1998, le pays serait mieux armé aujourd'hui grâce, notamment, à d'importantes réserves de devises accumulées pendant une décennie de prix élevés du pétrole. Pour l'instant, le gouvernement s'apprête à soutenir le secteur bancaire, très affaibli par le choc monétaire. Un plan de recapitalisation des banques aurait été adopté et la liste des établissements concernés doit être rendue publique d'ici 15 janvier. Le président promet aux Russes une sortie de crise dans deux ans, sauf si la situation se corrige avant, ajoute-t-il.

Et si la baisse du pétrole devait continuer ?

Quoi qu'il en soit, la Russie va entrer en récession. C'est officiellement prévu par le ministère de l'Economie russe. Le budget de l'Etat, calqué, lui, sur un prix du baril à 100 dollars, deviendra déficitaire. Certains secteurs jusqu'à présent prioritaires, comme la défense ou la sécurité, risquent de subir des coupes.

Quel est l’impact de la chute du rouble sur les Russes ? Comment réagit la population russe face à l’effondrement du rouble ?

L'annexion de la Crimée a rendu Poutine plus populaire que jamais. 80% des Russes lui font confiance. Cette popularité passera-t-elle l'épreuve de la crise ? Là est la question. Car avec cette baisse de leur monnaie et une inflation qui dépasse les 11%, ce sont les Russes qui trinquent une nouvelle fois. Leur pouvoir d'achat diminue, mais toutes les couches de population ne sont pas touchées de la même manière. Pour leurs vacances de fin d’année, les représentants de la classe moyenne partent faire du ski à Sotchi plutôt qu'en Pologne ou en Autriche. Dans les familles pauvres, on stocke des provisions. Pire, certains ménages ont réalisé les emprunts en dollars. Ceux-là auront du mal à rembourser leur crédit devenu trois fois plus cher que prévu. Si la hausse des prix continue, elle risque de provoquer une forte chute de la consommation.

Quelles pourraient être les conséquences de la crise économique russe sur le marché mondial ? Quel pourrait être l’impact de la crise économique en Russie sur l’Union européenne ?

La défiance des investisseurs, qui touche en ce moment la Russie, pourrait effectivement franchir les frontières russes pour s'étendre aux autres émergents. Car les BRICS, à l'exception de la Chine, sont mis dans le même panier par les marchés financiers. Les pays qui ont des fragilités structurelles pourraient être concernés en premier lieu, notamment le Brésil, la Turquie ou le Mexique.

La crise pourrait aussi toucher les voisins asiatiques de la Russie, comme le Kazakhstan. Mais en Europe, l'impact serait moindre. La Russie ne représente que 3% des exportations allemandes, par exemple. Bien sûr, l'effondrement de la demande interne ne manquera pas d'affecter les entreprises étrangères installées en Russie, en particulier les constructeurs automobiles français et allemands.

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