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Ukraine

Ukraine: quand l'ex-président Saakachvili pilote Odessa

Le port d'Odessa a la réputation d'être extrêmement corrompu et d'être le lieu de trafics illégaux.
Le port d'Odessa a la réputation d'être extrêmement corrompu et d'être le lieu de trafics illégaux. RFI/Régis Genté

L’ex-président géorgien s’est vu confier fin mai le poste de gouverneur de la région d’Odessa. Une nomination qui ne cesse d’étonner mais que Mikheïl Saakachvili a décidé d’accepter compte tenu de l’importance de l’enjeu : ne pas laisser les dirigeants ukrainiens croupir dans le marasme post-soviétique dans une région aussi sensible que celle du célèbre port de la mer Noire. Reportage.

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De notre envoyé spécial à Odessa,

Il embrasse les babouchki (grand-mères) sur les marchés, prend des selfies avec les jeunes Odessites sur les célèbres escaliers du « Potemkine », se rend en marchroutka (minibus) à Tatarbounar, au fin fond de la Bessarabie, pour promettre de refaire les routes. Depuis le 30 mai et sa nomination surprise au poste de gouverneur de la région d’Odessa, l’ex-président de la Géorgie (2004-2013) Mikheïl Saakachvili, 47 ans, est sur tous les fronts dans le grand port ukrainien. Une ville éminemment stratégique pour l’avenir de l’Ukraine et qui a connu en 2014 de vives tensions entre pro-russes et pro-ukrainiens, conduisant à la mort d’une quarantaine de personnes. Depuis, de mystérieux attentats, non-meurtriers, se produisent régulièrement et entretiennent la tension dans cette ville historiquement cosmopolite.

D’aucuns ironisent sur son populisme. Lui explique « qu’on n’a pas le temps. Il faut que nous montrions ici à l’Ukraine que le pays peut se réformer, éradiquer la corruption et remettre les oligarques à leur place. Ma force, c’est le soutien populaire. Il faut montrer très vite des résultats, que les réformes apportent des choses positives à la population ». Et son entourage, en partie géorgien, de souligner la puissance des forces auxquelles « Micha » s’attaque à Odessa, qui collecte autour des trois-quarts des droits de douanes de l’Ukraine. Un dangereux cocktail d’oligarques, de fonctionnaires corrompus, à commencer par ceux de la douane, de criminalité organisée, de groupuscules pro-russes tentés par l’agitation séparatiste.

Urgence

Un sentiment d’urgence qui était déjà le sien lorsqu’il a pris les rênes de son pays, la Géorgie, après la « Révolution des roses » de novembre 2003. Cette fois, l’urgence est motivée par les freins qu’il observe partout dans l’appareil politico-administratif ukrainien. Des étrangers, dont une douzaine de Géorgiens, ont été appelés par le président Porochenko pour aider l’Ukraine à abandonner ses vieux démons et enfin entamer des réformes. Les Géorgiens espéraient bien contrôler les secteurs où ils ont si bien réussi dans leur pays : parquet général, lutte contre la corruption, simplification de la bureaucratie, etc. Mais voilà, ça bloque de partout. D’où l’idée de faire de l’oblast (région) d’Odessa un projet pilote, en espérant un effet d’entraînement sur le reste du pays.

Là où les politiciens ukrainiens restent souvent dans les généralités, Saakachvili balance des noms et des faits. Le 26 juin, il se fendait d’une colère homérique face aux représentants du Service d’Etat de l’aviation. L’ancien président géorgien, tout à son élément dans le combat, arborant tee-shirt jaune et veste noire, était venu avec ses billets d’avion des dernières semaines et égrenait les prix élevés qu’il a dû payer avant de se tourner vers le chef dudit service, Denis Antoniouk, pour l’accuser d’avoir « vendu son poste officiel aux intérêts oligarchiques », ceux d’Ihor Kolomoïski, le propriétaire de la compagnie d’aviation MAU. Autant d’argent pris dans la poche du peuple, hurle Saakachvili. Soutenu par le chef de l’Etat, il obtiendra la suspension d’Antoniouk dès le lendemain.

Tourisme

Le pari de « Micha » est de convaincre d’autres compagnies aériennes d’ouvrir des lignes sur Odessa et grâce à des prix décents d’amener davantage de touristes dans la région et d’ainsi améliorer le quotidien de ses trois millions d’habitants. « Pour réussir ici, je dois passer la moitié de mon temps à Kiev pour faire bouger les choses », explique le gouverneur à RFI. Ce mercredi, c’était le chef de l’Etat ukrainien qui se déplaçait à Odessa pour que son nouveau gouverneur lui présente ses plans pour faire du fameux port un modèle en matière de réforme.

Le 6 juillet, il accueillait l’ambassadeur américain en Ukraine, Geoffrey Pyatt. Kiev doit mener « deux guerres », explique ce dernier à la presse locale, une contre la Russie, une interne contre la corruption. « Odessa est le front dans cette seconde guerre », ajoute-t-il, avant d’annoncer l’envoi de formateurs de la police de la route venus de sa Californie natale, d’une équipe pour assister Saakachvili dans la lutte contre la corruption, des programmes visant à impliquer la société civile dans les réformes qui s’annoncent. « Il est temps de passer des proclamations à l’action », conclut l’ambassadeur. Mikheïl Saakachvili en profite pour louer la rapidité de réaction américaine et s’étonner de la lenteur européenne alors que ce qui se joue à Odessa « est plus important pour elle que pour l’Amérique ».

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