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Photographie

Ananias Léki Dago, photographe urbain

Ananias Leki Dago, Abidjan 2015.
Ananias Leki Dago, Abidjan 2015. Anani Kobenan

Ananias Léki Dago explore à sa manière la poésie des villes africaines. Cet Ivoirien de 45 ans qui voit des croix à Bamako, de la tôle ondulée à Nairobi et des débits de boisson à Johannesburg assume sa subjectivité. Il se consacre désormais à Abidjan, sa ville où il est de retour depuis 2013. Actuellement en résidence à Nawa, il prépare la parution avant la fin 2015 d'un livre sur les six communes de cette région ouest de la Côte d'Ivoire.

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Sur sa page Facebook, il a publié une photo de ses amis Santu Mofokeng et Andrew Tshabangu, en plein éclat de rire à Johannesburg. Ces deux photographes sud-africains noirs de renom travaillent comme lui en noir et blanc, sans faire de concessions sur leurs sujets et la manière dont ils les traitent. Pas question pour eux de plaire à un public quelconque, fut-il occidental, et de projeter un autre regard que le leur, à la fois résolument urbain, introspectif et africain.

Ananias Léki Dago partage avec eux une fascination pour la ville, comme plusieurs générations de photographes africains, de l’Angolais Jean Depara au Sénégalais Bouna Médoune Sèye. Ancien photographe officiel du Marché des arts et spectacles d’Abidjan (Masa, 1997-2001), formé à l'Institut national supérieur de l'action et de l'animation culturelle d'Abidjan, il a commencé à explorer les métropoles du continent en 2006 après avoir quitté sa propre ville, Abidjan.

De Bamako à Soweto

Basé à Paris pour cause de crise ivoirienne, il multiplie les séjours à Bamako, au Mali, où il voit surgir des croix partout : celles que forment les manches des « voitures à bras », ces pousse-pousse utilisés pour transporter des marchandises. « Les croix formées par les timons quand ces engins sont retournés par terre, au repos, ont fini par être une obsession pour moi, dans ce contexte à forte tendance musulmane, explique-t-il. Une façon pour lui de réfléchir aux facteurs de division qui ont miné son pays ? Pas vraiment : sa quête est d'abord et avant tout esthétique. « Mon langage photographique est subjectif, poursuit-il. A l’opposé du photojournalisme, il traite surtout de mes propres émotions ».

De 2006 à 2009, il fait  parallèlement de fréquents voyages à Johannesburg, où il s’attaque à un nouveau sujet, les shebeens, ces débits de boisson clandestins dans les anciens townships noirs de Soweto et Alexandra, qui ne désemplissaient pas sous l’apartheid. « Pour être en phase avec mon sujet, il a fallu que je boive sérieusement », confie-t-il. Très fortes, ces images présentent une affiliation évidente avec la grande tradition photographique de l’Afrique du Sud noire, dans un univers particulièrement photogénique. Ananias Léki Dago a visité ces endroits comme les vestiges des lieux où « les Sud-Africains noirs se retrouvaient pour boire, mais aussi pour envisager la redéfinition de leur identité culturelle ».

De ces clichés transpire tout le désespoir qu’une Afrique du Sud urbaine, pauvre et sans perspectives, s’emploie à noyer dans l’alcool. Mais le photographe précise : « Je ne voulais pas montrer des alcooliques mais aller dans les shebeens pour me voir moi-même… » C’est donc sa propre mélancolie qui pointe, dans cette série parue sous forme de livre, « Shebeen Blues » (Editions Gang, Ivry, 2010).

Abidjan sous la pluie

A partir de 2009, date de sa première exposition solo à l’Institut Goethe de Johannesburg, il se lance dans les plus grands « ghettos » d’Afrique, les bidonvilles de Kibira, à Nairobi. Ce n’est plus l’omniprésence des croix ou de l’alcool qui le frappe, mais celle de la tôle ondulée. « Mabati, c’est le nom swahili qu’on donne à ce métal au Kenya, comme si on le donnait à un enfant ». De ses variations sur ce matériau largement utilisé dans l’habitat précaire, il rapporte des réflexions sur une tôle mouvante, tout sauf fixe, qui « permet de décloisonner les espaces, même dans les constructions modernes ».

Son prochain grand sujet, en cours, porte sur Abidjan sous la pluie. Il est rentré en 2013 dans son pays pour aller « dans le lexique de l’eau. Voir comment les gens se comportent sous la pluie, ce qu’elle impose comme attitude – y compris vestimentaire ». Lui-même, affublé d’un petit chapeau-parapluie pour protéger son appareil photo, ne passe pas inaperçu auprès des rares comme lui à s’aventurer sous la pluie.

« Quand il pleut, je suis seul dans la ville. Je la vois autrement, elle me renvoie une beauté que les gens ne semblent pas voir. Abidjan sous la pluie renvoie à l’idée du déluge. C’est sans doute lié au fait que je suis rentré juste après la guerre ». L’eau aurait-elle pour lui des vertus de purification, après les années de conflit en Côte d’Ivoire ? « Elle a aussi une valeur d’avertissement, répond-il. Ne commettons plus jamais cette horreur ». Lorsqu’il présente son travail là où il l’a fait, dans les quartiers où ses photos ont été prises, il éprouve un sentiment de « réconciliation ». « Les gens réalisent alors le sens de mon travail, et je suis parfois surpris de les entendre parler de choses que je ne voyais pas dans mes photos ! »

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