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Crise migratoire

Nigériens d’Algérie: expulsions ou départs volontaires?

Des Nigériens près du marché de Boufarik (Algérie) en mai 2014. Les autorités ont mis en place une politique de retours «volontaires» de ces migrants subsahariens.
Des Nigériens près du marché de Boufarik (Algérie) en mai 2014. Les autorités ont mis en place une politique de retours «volontaires» de ces migrants subsahariens. AFP PHOTO/FAROUK BATICHE

L’Algérie a recommencé à expulser des ressortissants nigériens entrés illégalement sur son territoire, a-t-on appris dans Appels sur l’actualité. Ainsi, dans les prochains jours, quelque 1 000 personnes doivent être ramenées au nord du Niger. Mais pour parvenir à cet objectif, les autorités ont arrêté des migrants sans distinction. Et ceux qui n’ont pas pu prouver qu’ils n’étaient pas Nigériens ont été forcés de monter dans les bus en direction de Tamanrasset, dernière grande ville du Sud. Il s’agit pourtant de « rapatriements volontaires », selon l’accord de décembre 2014 entre Alger et Niamey, qui a permis déjà de rapatrier 3 600 personnes. Cette fois, quatre convois sont prévus au départ des grandes villes. Le premier a quitté Alger le 29 septembre.

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Pourquoi le Niger a-t-il signé cet accord avec l’Algérie ?
Selon les Algériens, cet accord a été signé à la demande de Niamey. La plupart des personnes visées font partie de filières organisées de mendicité. Des groupes se répartissent dans les principales artères des grandes villes du nord du pays pour mendier dans la journée. Et le soir, les personnes se regroupent par dizaines ou centaines dans des camps. Les autorités nigériennes estiment que leurs ressortissants sont en situation illégale et qu’ils doivent rentrer chez eux. Selon elles, leur migration est avant tout économique, sans motif sécuritaire comme par exemple la présence du groupe Etat islamique en Afrique de l'Ouest (ex-Boko Haram). La plupart viennent de régions agricoles, selon Niamey, et ces personnes doivent retourner « cultiver leurs champs ». Et puis surtout, il y a beaucoup d’enfants, et les diplomates sont unanimes sur cette question : ces enfants doivent absolument être scolarisés et rapatriés. D’autant que selon les associations, la plupart sont en Algérie sans leurs parents et ils sont utilisés par ces filières.

Les autorités nigériennes disent avoir obtenu la garantie que toutes ces opérations se feraient dans le respect des règles humanitaires. Est-ce le cas ?
Les moyens sont fournis par l’Algérie et Niamey affirme que ces rapatriements continueront tant qu’Alger accepte de le faire... Sans pour autant préciser d’objectif chiffré, par manque de statistiques, selon les autorités. Mais le Niger et l’Algérie ont des conventions de coopération qui incluent la lutte contre l'immigration clandestine. De sources sécuritaires algériennes, la principale raison qui pousse les autorités à rapatrier les Nigériens qui mendient, c’est la circulation de l’argent de ces réseaux vers les réseaux de drogue. La responsable du Croissant-Rouge algérien a déclaré ces jours-ci que l’immigration clandestine mettait en danger l’Algérie, même si elle n’a pas cité précisément le cas des ressortissants du Niger.

Ces ressortissants nigériens étant « arrêtés », peut-on dès lors parler de « départs volontaires » !
La différence entre ces deux formules est apparue dès la signature de l’accord. Il y a un an, le Niger a évoqué des expulsions. Alger a tout de suite répondu qu’elle n’expulsait personne. Dans les faits, au début de l’année, comme lors de cette nouvelle vague d’expulsions, il y a eu des arrestations. Elles ont eu lieu de nuit, pour plus de dignité, dit-on. La plupart de ces personnes vivent en groupe, dans des endroits identifiés, et les forces de sécurité les trouvent plutôt facilement.

La police algérienne a-t-elle arrêté des migrants d’autres nationalités ?
La police algérienne arrête des migrants sans distinction de nationalité. Il y a aussi des arrestations en pleine rue, au hasard. La semaine dernière, des hommes ont été arrêtés à la gare routière d’Alger au motif qu’ils étaient « noirs de peau » et qu’ils ne pouvaient pas justifier de leur nationalité. Ils ont été emmenés dans un camp à la périphérie d’Alger, et forcés de monter dans les bus avec les ressortissants nigériens. Direction Tamanrasset…

Tamanrasset, la dernière grande ville du sud de l’Algérie...
C’est à Tamanrasset, et seulement là que des contrôles d’identité précis sont effectués. De janvier à juillet, des familles qui avaient été expulsées sont revenues en Algérie et, dans ces cas-là, on ne peut pas parler de départs volontaires. Mais la responsable du Croissant-Rouge algérien le répète à chaque intervention : il s’agit de rapatriements humanitaires.

Le Niger a-t-il mis en place un dispositif d’accueil pour ses ressortissants ?
L’Algérie prend en charge le rapatriement jusqu’à In Guezzam, à la frontière. Là, des convois sont organisés par le Niger pour ramener les personnes jusqu’à Agadez. C’est tout ce qui est prévu. Les autorités nigériennes estiment que pour réduire ce flux particulier de migration illégale, il faudra affaiblir ces filières de mendicité. Dans ce cadre, des opérations de destruction de ghettos ont été réalisées dans les grandes villes du nord du Niger. Des propriétaires de locaux où ces filières sont organisées ont été arrêtés, des contrôles routiers ont été installés sur la route de Zinder à Agadez. Mais depuis, les passeurs ont changé de route. De son côté, l’Algérie explique qu’il faut soutenir le développement du Niger pour éviter que de telles filières puissent prospérer. En août, Alger a envoyé par exemple 30 tonnes d’aide humanitaire sous forme de produits alimentaires et pharmaceutiques.

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