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France

Mimoun, l’enfer au quotidien d’un gardien de cité à Saint-Denis au nord de Paris

Si Paris compte un policier pour 100 habitants, en Seine-Saint-Denis, c’est un pour 500.
Si Paris compte un policier pour 100 habitants, en Seine-Saint-Denis, c’est un pour 500. Getty Images/Photononstop/stéphane Ouzounoff

Il y a six mois, la police française menait un raid meurtrier dans un appartement à Saint-Denis contre le cerveau des attentats de Paris, Abdelhamid Abaaoud. Ce jour-là, les gardiens de cités de cette ville du nord de la capitale s’attendaient à un « nettoyage ». Mais rien n’a changé. Dealers, squatteurs et délinquance continuent d’envenimer leur quotidien et les cités.

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« J’espère que ce raid va enfin permettre un bon coup de " nettoyage " dans nos cités ! Cela fait des années qu’on le demande car Saint-Denis est une ville où il y a du trafic de drogue et d’armes et ces gars peuvent être complices des terroristes. Maintenant, il est temps que la sécurité arrive ! », enrage Mimoun, 37 ans, gardien de cité dans cette ville du nord de Paris.

Nous sommes le 18 novembre 2015, jour de l’assaut dans un squat du centre-ville où se planquait l’instigateur des attentats de Paris. Mais six mois après, c’est la consternation sur son visage. « Rien n’a changé. C’est comme si rien ne s’était passé », lâche-t-il tout en balayant le hall et la cage d’escalier de sa cité où dealers et squatteurs ont laissé bouteilles et emballages de kebabs, mégots de cigarettes de haschich et seringues, crachats et urine, etc. Il poursuit : « J’ai réussi à me faire respecter par les jeunes d’ici en leur donnant un balai et un sac-poubelle. Ils font ce qu’ils veulent mais laissent l’endroit propre. Mais ceux qui squattent la nuit et sont étrangers à la cité, c’est l’enfer car on ne peut rien contre eux ! »

Gardien depuis 2004 pour Plaine Commune Habitat (PCH, premier bailleur de HLM en Seine-Saint-Denis), Mimoun, comme ses collègues est unanime : « Si on ne veut pas d’ennuis, il ne faut surtout pas se mêler de leur business ni faire la police. Sinon, ils vous en font voir de toutes les couleurs ». Agressions, loges saccagées, vandalisme… c’est leur lot quotidien. Alors, par peur de représailles, les gardiens se taisent.

Un policier pour 500 habitants

D’autant que les jeunes qui s'adonnent au trafic n'habitent pas la cité, « ce qui complique le dialogue », explique Stéphane Peu, président de PCH et adjoint au maire en charge de l'urbanisme. « Certains ont acheté leur emplacement de deal à prix d’or et n'entendent pas le lâcher ». Pour les gardiens, porter plainte est peine perdue et « la police ne fait rien ! », déplorent-ils, comme les locataires qui n’osent pas porter plainte de peur « de se faire casser la gueule ».

Le manque d’effectifs de police est alarmant. Si Paris compte un policier pour 100 habitants, en Seine-Saint-Denis, c’est un pour 500 ! « Nous avons 270 policiers et il nous en faudrait 200 de plus, ne serait-ce que pour atteindre le niveau du XVIIIe arrondissement parisien », pointe l’adjoint au maire. Et de préciser que « si la police arrête les mineurs, ils sont relâchés dans la journée. Et si elle attrape des plus âgés, ils sont remplacés aussitôt. Beaucoup de jeunes arrêtent leurs études à 16 ans et le chômage touche 40% des moins de 27 ans qui peuplent un tiers des cités. La drogue, qui leur rapporte entre 100 et 400 euros par jour, est pour eux un business incontournable. »

Des caddies pour bloquer les escaliers

Si la cité où Mimoun travaille aujourd’hui est plutôt tranquille, celle où il était il y a encore deux ans, à Pablo Neruda, est classée en Zone de sécurité prioritaire. Il se souvient : « Parfois, ils saccageaient les lieux lors de règlements de comptes et quand PCH envoyait des ouvriers pour les réparations, ils ne pouvaient même pas bosser ». En témoigne Brahim, l’un de ces techniciens : « Parfois on peut rester une journée entière dans un seul hall d’immeuble pour une porte défoncée, un ascenseur en panne, des fenêtres cassées… Et c’est pas bon de rester trop car l’après-midi, des jeunes viennent faire leurs affaires et bloquent les escaliers avec des caddies et des palettes industrielles pour pas qu’on les dérange. Comme ça peut vite dégénérer, il vaut mieux faire demi-tour. » Alors bien souvent, Mimoun a regretté de ne pouvoir assurer à ses locataires un lieu propre et tranquille. « Après deux ans à Neruda, mes nerfs ont craqué et j’ai demandé à être transféré sur un autre site. C’était l’enfer ! », avoue-t-il. Ce sont deux gardiennes qui l’ont remplacé. Récemment, l’une d’elle a été violemment agressée par des dealers.

Egalement délégué CGT à PCH, il a réclamé le mois dernier la résidentialisation des cités, le renforcement de la surveillance, et des plots pour les parkings. « Il faut plus de portes avec digicode pour barrer l’accès aux cages d’escaliers prisées des dealers, barrer l’accès aux parkings en plein air qui servent de point de deal, et installer de la vidéosurveillance qui sera dissuasive. » Autant de propositions dont Stéphane Peu a rappelé le caractère urgent lors de « l’apéro de résistance » de locataires de la cité Paul Eluard en avril dernier, mobilisés pour chasser les dealers. « Il est temps que la sécurité arrive », martèle encore et encore Mimoun, comme tous les autres gardiens de cités.

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