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Photographie

«So long, China», un regard intime sur 30 ans d’histoire de la Chine

Tournage du film «Liao Kai», de Tang Xiao Dan, qui se déroule dans les années 1920. Shanghai, 1982.
Tournage du film «Liao Kai», de Tang Xiao Dan, qui se déroule dans les années 1920. Shanghai, 1982. Patrick Zachmann/Magnum Photos

En 1982, Patrick Zachmann découvre la Chine à travers le cinéma shanghaïen impressionniste des années 1930. Il va y retourner pendant trente ans, toujours à des moments marquants : les manifestations de la place Tiananmen, le tremblement de terre du Sichuan, l’exposition universelle de Shanghai. A travers 100 photos à la Maison européenne de la photographie (MEP) à Paris et un livre, le photographe membre de l’agence Magnum transmet sa passion, avec le désir de s’approcher au plus près de l’intimité historique et culturelle chinoise.

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Dès l’entrée de l’exposition, le ton est donné : une première partie en noir et blanc  plonge le visiteur dans l’histoire, la petite et la grande, de la Chine de 1982, 1989, 1998… Des dates qui marquent la transition de la Chine de Mao à la Chine d'aujourd'hui. Les mutations d’un peuple sont là, exposées sur les murs de la MEP. On les croise dans les regards, on les appréhende en passant les portes d’immeubles délabrés, en « entrant dans leur intérieur psychologique, politique, culturel », précise Patrick Zachmann. On sent une transformation latente mais on est encore dans une autre époque.

« Une des premières grandes photos que vous voyez en entrant montre bien l’esprit des années 1980. Les Chinois que je croise alors, regardent de près le " long nez " que je suis, comme ils appelaient les Occidentaux de l’époque. Avec curiosité, ils sont très proches de l’objectif, ils cherchent à me toucher pour comprendre qui je suis », explique le photographe. Justement, Patrick Zachmann cherche lui aussi à comprendre l’identité de cette communauté si lointaine. L’immersion est totale et il dévoile avec pudeur ce qu’il a vu, vécu dans cette Chine communiste : des corps tatoués, des sourires proscrits, des regards fatigués, une pudeur extrême… et de bons petits soldats.

Le choc Tiananmen

En 1989, cette Chine communiste va « exploser ». Les manifestations sur la place Tiananmen, Patrick Zachmann y arrive presque par hasard. Il était venu pour faire un portrait de la jeunesse mais il débarque le jour du début de la grève de la faim. Il ne va plus quitter la place emblématique et va vivre avec ces jeunes, juste avant la répression ; des jeunes révoltés dont les visages expriment un souffle de liberté extraordinaire. A côté des photos, Patrick Zachmann expose ses notes de l’époque prises sur le vif dans un carnet : « Mardi 16 mai : La nuit, des haut-parleurs diffusent les discours enflammés des étudiants, en partie couverts par les mots d’ordre du gouvernement, laconiques et insupportables […] Les rumeurs les plus folles circulent et on ne peut jamais être sûr d’une information sans l’avoir vérifiée soi-même. Il règne ici une excitation incroyable qui me rappelle à la fois la Révolution des œillets au Portugal en 1975 et Mai-68 ». Aujourd’hui, Patrick Zachmann déteste cette place qu’il avait tant aimée, débecte ce vide sans symbole qu’elle est devenue.

La Chine en couleurs

Tout à coup, c’est la rupture. Pour savoir ce qu’est devenue la Chine d’après, il faut traverser le couloir, passer devant l’escalier de sortie, presque quitter les lieux. Et là, c'est un autre monde. La Chine est tout à coup en couleurs, moderne, exubérante et pourtant un peu glauque. Patrick Zachmann emmène le visiteur dans la vie nocturne, dans ces villes qui se transforment en rasant le passé, dans cette Chine qui a perdu ses repères après une expérience de schizophrénie collective : être gouverné par un régime communiste soumis à la logique de marché. Des portraits de famille, des couples transgénérationnels dans leur intérieur familial, des témoignages du choc culturel que ce peuple a vécu en à peine trente ans. Comme un cri du cœur, une révolte intérieure, Patrick Zachmann est une fois de plus parti sur le chemin de la quête de l’identité perdue.

Et maintenant ?

Patrick Zachmann ne veut plus photographier la Chine. Plein d’admiration pour un peuple si résilient mais en colère contre la dictature d’aujourd’hui, « car on a l’air de l’oublier, mais c’est une dictature », s’énerve le photographe, il préfère passer son tour. « J’ai dit ce que j’avais à dire, montré ce que j’avais à montrer. »

Place Tiananmen. Pékin, mai 1989.
Place Tiananmen. Pékin, mai 1989. Patrick Zachmann/Magnum Photos

So long, China, 1982-2015, un livre aux Editions Xavier Barral et l’exposition à la Maison européenne de la photographie jusqu’au 5 juin.

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