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Economie

Ethiopie: industrialisation rapide, mais limitée

Mebrahtu Meles, ministre éthiopien de l’Industrie 2016.
Mebrahtu Meles, ministre éthiopien de l’Industrie 2016. RFI/Sabine Cessou

L’industrialisation de l’Ethiopie n’en est qu’à ses débuts, mais elle représente déjà un cas d’école. Avec 10,8% de croissance en moyenne depuis 2008, ce pays pauvre, peu urbanisé et situé dans la région troublée de la Corne de l’Afrique, n’en est pas moins devenu un espoir africain de transformation économique.

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Les débuts prometteurs de l’industrialisation de l’Ethiopie contribuent à changer, peu à peu, l’image de ce pays de 90 millions d’habitants disposant d’une main d’œuvre abondante. Ils prouvent qu’avec beaucoup de volonté, un minimum de vision et des investissements publics soutenus dans les infrastructures, l’essor est possible.

L’Ethiopie part de très bas, certes. Son revenu annuel par habitant ne dépasse pas 702 dollars, ce qui la classait en 2015 au 19e rang des 25 pays les plus pauvres du monde selon le Fonds monétaire international (FMI) – dix places de mieux qu’en 2013. Il n’empêche : l’Ethiopie caracole en tête des classements mondiaux de la croissance, avec un robuste taux de 10,2 % en 2015, deux fois plus que la moyenne africaine. Cette performance vient de la forte croissance de l’industrie (autour de 20 % ces trois dernières années), même si les manufactures, la construction, l’électricité et les mines ne contribuent qu’à 15,2 % du PIB et n’emploient pas plus de 7 % des actifs.

De leur côté, les autorités d’Addis-Abeba entendent poursuivre leur élan grâce à la construction de parcs agroindustriels et à des exonérations fiscales incitatives pour les investisseurs étrangers. Elles ambitionnent de passer dans la catégorie des Pays à revenus intermédiaires (PRI) d’ici 2025. Leur pari : soutenir l’essor de manufactures légères, fortement demandeuses en main d’œuvre, pour transformer sur place les matières premières agricoles – céréales, café, graines, canne à sucre, coton, légumes, viande et cuir. Le tout en modernisant peu à peu l’agriculture (39 % du PIB, 70 % des exportations, 80 % de l’emploi), pour la rendre plus compétitive et rentable.

« Nous avons une double responsabilité à l’égard de nos populations, explique Mebrahtu Meles, ministre éthiopien de l’Industrie, mais aussi vis-à-vis des autres pays africains, pour leur montrer que le développement est possible, même dans un pays dépourvu de ressources minérales comme le nôtre. »

Des salaires de 60 euros par mois

L’importance de la filière cuir a incité Huajian, fabricant de chaussures chinois, à s’installer en 2011 dans une banlieue d’Addis-Abeba, où il emploie 3 500 personnes. Des ouvriers payés entre 50 et 60 euros par mois. Dix fois moins élevés qu’en Chine, ces salaires font tout l’attrait de l’Ethiopie. « Il en faudrait cent comme Huajian, cependant, pour faire la différence », note le magazine britannique The Economist , estimant la route encore longue avant l’émergence.

En cause : le manque de qualifications à des niveaux intermédiaires de management, la bureaucratie, la mainmise des sécurocrates sur l’appareil d’Etat et le fait que certains secteurs stratégiques – télécoms et finances – soient réservés aux opérateurs nationaux.

Qui sont les investisseurs déjà installés ? De mémoire, le ministre de l’Industrie cite les brasseurs Castel et Heineken, Aytak Addis, société turque opérant dans le textile et quelque 130 compagnies horticoles, néerlandaises pour la plupart, qui ont fait de l’Ethiopie le second exportateur africain de fleurs coupées après le Kenya. Mebrahtu Meles dément au passage tout accaparement des terres, un phénomène pourtant dénoncé par des ONG et des partis d’opposition. « La terre appartient à l’Etat, qui la loue dans le cadre de concessions à durée déterminée », affirme le ministre.

« Pas d’aide, mais des investissements »

Le parti au pouvoir, qui tient le pays d’une main ferme, s’inspire de l’exemple donné par la Chine, son premier partenaire commercial. Etat fort, développement planifié, programme sur dix ans donnant la priorité à l’industrie et l’essor des villes… La comparaison s’arrête là : la main d’œuvre éthiopienne dépend encore à 80 % de l’agriculture, contre 70 % en Chine à la fin des années 1970 et 40 % aujourd’hui.

En Ethiopie, où le chômage s’élève à 17 % des actifs, l’élevage et les cultures vivrières restent fortement exposés aux aléas climatiques. La sécheresse de 2015 a encore une fois rappelé les mauvais souvenirs de la famine de 1984, avec sa cohorte d’images négatives restées dans les esprits occidentaux.

« De plus en plus, les perceptions que les Africains peuvent avoir de leurs partenaires vont compter aussi, se défend Meles Mebrahtu. Bien des pays africains se montrent sceptiques par rapport à l’Europe, qui absorbe nos matières premières sans investir sur place pour les transformer. »

Cette critique à peine voilée intervient alors que la Commission européenne envisage de lier son aide au meilleur contrôle par certains pays africains de leurs flux migratoires – même clandestins. Sept pays sont concernés : Lybie, Tunisie, Sénégal, Mali, Niger, Nigeria et Ethiopie.

« Nous aussi, nous sommes confrontés aux défis globaux des migrations et du terrorisme, proteste Mebrahtu Meles. Nous ne cherchons pas de l’aide, mais des investissements ! Donner des emplois aux jeunes relève dans nos pays de l’urgence. Ces générations émigrent parce qu’elles n’ont pas de perspectives… »

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