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Afrique / Belgique

Belgique: les 10 qui font vibrer le «Bruxelles afro»

L'affiche du Festival Afropolitan.
L'affiche du Festival Afropolitan. Festival Afropolitan

Ils sont restaurateurs, activistes, artistes ou les trois à la fois, et ajoutent une touche « africaine » à l’une des villes les plus cosmopolites d’Europe : Bruxelles, ancienne métropole coloniale de la République démocratique du Congo (RDC), du Burundi et du Rwanda. Reportage dans le Bruxelles « afro ».

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Jean Bofane, écrivain originaire de RDC et basé depuis des années à Bruxelles, auteur de Mathématiques congolaises (Babel, 2008) et Congo Inc., le testament de Bismarck (Actes Sud, 2014), s’apprête à sortir un nouveau roman dont l’intrigue se déroule au Maroc. Un pays qu’il a abordé à travers la communauté marocaine de sa ville, avant de s’y rendre.

Sa simple présence aux terrasses de la rue Longue Vie, à Matonge, réplique miniature dans la commune d’Ixelles du quartier noctambule qui porte le même nom à Kinshasa, met de l’animation. Il ne se passe pas cinq minutes sans que quelqu’un vienne le saluer et échanger avec lui, souvent sur la situation politique en RDC. Quid de Bruxelles dans ses écrits ? « Un jour, je ferai une histoire belge, répond-il avec un sourire en coin. Il n’y aura que des Blancs… ».

« Alchimie ethnique et linguistique unique en Europe »

A ceux qui lui avaient déclaré qu’il « n’y aurait jamais de place Lumumba à Bruxelles », elle répond aujourd’hui : « Trop tard ! On ne savait pas que c’était impossible, alors on l’a fait ! ». Mireille-Tsheusi Robert, 36 ans, née en RDC et ayant grandi en Belgique, a fondé l’association Belgian Afro-Descendants Muntu Comittee (BAMKO) après des études de sciences de l’éducation et de médiation interculturelle. Son but : faire de l’activisme et obtenir une place au nom de Patrice Emery Lumumba (1925-1961), héros de l’indépendance congolaise.

Le 21 janvier dernier, elle a inauguré dans la galerie marchande Ravenstein une statue de Lumumba sculptée par l’artiste Rhode Makoumbou. « On n’impose rien à personne, on propose un débat pour apaiser les tensions », déclare-t-elle. L’initiative a réuni 450 personnes lors du concert « Rumba Lumumba » donné à cette occasion. Le 22 janvier, le bourgmestre de Bruxelles a annoncé qu’il y aurait bien une plaque commémorative pour Lumumba place du Bastion, dans le quartier de Matonge.

Haïle Abebe, ancien ingénieur dans l’industrie automatique et aéronautique et restaurateur éthiopien de 42 ans, arrivé en Belgique à l’âge de 6 ans, s’active à la décoration et l’aménagement de La Kafet, dans la rue de l’Etuve, à deux minutes du célèbre Manneken Pis. Là, au siège de l’IHECS, l’Ecole de journalisme et de communication de Bruxelles, il monte son quatrième endroit depuis 2006. Murs verts, tables noires, tapis persans et « arbre à palabre » en forme de faux cerisier japonais… Il a aussi pensé à un podium pour organiser des débats ou des pièces de théâtre.

Il tient par ailleurs le Toukoul, restaurant éthiopien et « maison culturelle » rue de Laeken, le Cercle des voyageurs, une belle « brasserie du monde » du centre-ville où l’on peut lire des livres de voyage sous un long mur de valises disposées en quinconce, et, depuis septembre, le Café Béguin qui a inventé les tapas afro-fusion « dis-donc » et où sont organisés des concerts.

La philosophie de ce « Bruxellois à 100% » qui a monté une association employant une cinquantaine de personnes plutôt qu’un business ? « Faire ce que j’aime dans la vie, susciter l’ouverture et l’échange, la cuisine étant la meilleure manière de rencontrer l’autre. Au lieu d’avoir des espaces monoculturels, il faut faire travailler commercialement des lieux ouverts sur des évènements ».

Ayoko Mensah, franco-togolaise, ancienne rédactrice en chef d’Africultures et Afriscope à Paris, chargée de la communication du programme ACP Cultures + de 2012 à 2014, est depuis 2016 conseillère et programmatrice à Bozar, le Palais des Beaux-Arts de Bruxelles. « La communauté africaine ici est très politisée, elle doit lutter et sa scène artistique et intellectuelle est très intéressante, dit-elle. L’alchimie ethnique et linguistique de Bruxelles est unique en Europe. La ville n’est pas ségréguée comme Londres ou Paris. On trouve à Ixelles la terre entière qui vit en bonne entente, avec beaucoup d’humanité ».

Elle s’affaire entre autres à la programmation du festival annuel « Afropolitan », du 23 au 25 février prochains, avec Kathleen Louw, directrice du département Afrique de Bozar. A l’affiche : Magic System, Badi, Rokhaya Diallo, une première du film Kaniama Z-TV du musicien congolais Baloji, des débats, des films, de la musique et une Black Artlantic Party avec le DJ Peter Adjaye aka Aj Kwame. De l’afrodensité en barre.

Royen Mulenga, originaire de Lubumbashi en RDC, ancien travailleur du secteur social et de l’insertion sur le marché du travail, a lancé en 2016 le Creative District, une plateforme dont le café, situé dans la galerie marchande Ravenstein, face à Bozar, n’est que la face la plus visible. « Cette plateforme ouverte à tous, avec un œil attentif sur les initiatives africaines, est beaucoup plus large et veut promouvoir les industries créatives et culturelles, en accompagnant les entreprises, sans exclusivité », raconte-t-il.

Résultat : il soutient plus de 70 entreprises avec l’aide de la Chambre de commerce. Avec Klay Mawungi, programmateur de musique congolaise, le café s’est doté d’une thématique artistique autour de la rumba, qui donne lieu à un concert par mois. Les jeudis à partir de 17h30, le Creative District brasse une clientèle mélangée et arty autour d’un concert chaque fois différent.

« Que tous les imaginaires s’y retrouvent ! »

Christelle Pandanzyla, Belge d’origine congolaise âgé  de 36 ans, a fondé en 2004 l’association Roots Events pour promouvoir la culture afro-carribéenne. Elle a étudié la psychologie, la publicité et le marketing et s’est spécialisée dans le marketing « ethnique », où elle officie comme consultante. Entre autres, elle organise des « afro’péros » et des rencontres pour les entrepreneurs de la diaspora depuis 2011 et le Brussels African Market (BAM), un marché de créateurs et d’artisanat africains qui collabore avec Bozar.

Elle a cofondé en 2016 Empow’Her Network, un réseau professionnel pour les cadres et femmes d’affaires noires. Cette battante fait aussi des « incursions » en Afrique pour des reportages. Car les jeudis de 19h30 à 21h30, elle anime « Africana, espace culturel du monde noir » sur Radio Campus, une émission lancée il y a 27 ans par des étudiants africains de l’Université libre de Belgique (ULB).

Ken Ndiaye, musicien, danseur et comédien sénégalais, formé à l’école de Maurice Béjart, a ouvert en 1997 avec un ami belge un restaurant qu’il souhaitait voir devenir un « bon endroit de convivialité urbaine ». Vingt ans plus tard, L’Horloge du Sud est une institution, située à l’angle de la chaussée de Wavre et de la rue du Trône. Un carrefour stratégique entre les quartiers dits « africain » et « européen » de Bruxelles.

Une clientèle à 30 % africaine et 70 % européenne se voit proposer une carte panafricaine à prix modiques, avec yassa et mafé du Sénégal, moambe (sauce à base de pulpe de noix de palme) et liboke (poisson cuit à l’étouffée dans une feuille de bananier) des deux Congo, ainsi que du crocodile grillé sud-africain et une spécialité maison, l’Ebony Taste, un mijoté d’agneau cuit dans du cacao. Les vendredis soir, on écoute de la musique live. Et quand le restaurant ferme, les samedis midi et les dimanches, des associations peuvent y tenir leurs réunions.

Lyse Ishimwe, originaire du Rwanda, 31 ans, fille d’un ancien propriétaire de salle de cinéma à Kigali, la capitale, a grandi en Namibie. Arrivée à Bruxelles pour étudier la gestion hôtelière et événementielle à 23 ans, elle a lancé un programme dénommé « Recognition » (« Reconnaissance ») en septembre 2016, pour « créer une communauté autour de bons films d’Afrique et des diasporas, y compris américaine ».

Elle a commencé à la bibliothèque Muntpunt qui dispose d’une petite salle de cinéma de 50 places. Ensuite, les séances qui ont le mieux marché à Munpunt et dans la très belle salle du Cinema Galerie, située dans la Galerie de la Reine, ont porté sur le documentaire Ouvrir la voix d’Amandine Gay,Moonlight du réalisateur américain Barry Jenkins et Mama Africa, sur la chanteuse sud-africaine Miriam Makeba.

Elle montrera le nouveau film Black Panther, le 14 février, à Bozar et Daughters of the Dust (1991) de July Dash, première réalisatrice afro-américaine d’un long-métrage, dans le cadre du festival Afropolitan du 23 au 25 février. Cette jeune femme trouve que « tout est beaucoup plus possible à Bruxelles qu’à Londres ou Berlin dans le domaine culturel, quand on vient d’une minorité et qu’on est prêt à travailler ensemble ».

Serine Mekoun, 27 ans, d’origines togolaise, béninoise et belge, est cochargée de projet pour le « volet Nord » des programmes d’Africalia – acteur institutionnel financé à 100 % par la coopération belge pour monter des projets culturels en Afrique. L’idée ? « Faire changer les mentalités et la société à partir des arts et de la culture » non seulement en Afrique, mais aussi dans l’ancienne métropole coloniale.

En cheville avec de grandes institutions comme le théâtre KVS, le centre d’art Wiels ou le Festival international francophone du film de Namur, ce programme lancé en décembre va notamment financer des projets d’afrodescendants portés par leur lien avec l’Afrique, pour « signaler de nouveaux acteurs, toute une jeunesse issue de la création contemporaine africaine et des diasporas en Belgique ». L’ambition ? « Une offre culturelle caractéristique de Bruxelles, qui permette à tous les imaginaires de s’y retrouver ».

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