Accéder au contenu principal
RD Congo

RDC: à l’école de la lutte contre les violences sexuelles

Pendant une sensibilisation sur les violences sexuelles à Mokame, une ville dans le nord-ouest de la RDC, des filles, garçons, parents et enseignants prennent des notes.
Pendant une sensibilisation sur les violences sexuelles à Mokame, une ville dans le nord-ouest de la RDC, des filles, garçons, parents et enseignants prennent des notes. RFI/Habibou Bangre

En Equateur, dans l’ouest de la RDC, des milliers d’enfants, parents et enseignants ont été sensibilisés à des violences dont ils ignoraient parfois le nom. Si le message semble bien passé, certaines pratiques ont la vie dure…

Publicité

ariage précoce, exploitation sexuelle, viol conjugal… A Bomongo, un territoire verdoyant enclavé de la province occidentale congolaise de l’Equateur, les habitants savent en quoi consistent ces violences sexuelles. En revanche, ils ne mettent pas forcément un nom dessus et n’en mesurent pas toujours la gravité.

Du 25 novembre au 10 décembre derniers, le Haut Commissariat des Nations unies pour les réfugiés (HCR) et des associations partenaires ont tenté d’éclaircir les zones d’ombre via une campagne nationale sur le thème de « La sécurité à l’école : union des enseignants, parents et des élèves pour éliminer les violences sexuelles et de genre ».

Dans le territoire de Bomongo, la sensibilisation s’est déroulée à Buburu, Mokame ou encore Mokolo. « Toute personne qui a une certaine position, une certaine parcelle de pouvoir, peut commettre de tels actes », prévenait inlassablement Roger Lelo, assistant social à Action et intervention pour le développement et l'encadrement social (Aides).

La lutte contre le viol, une priorité

Les viols représentent la majorité des violences sexuelles. Les cas rapportés en septembre et octobre restent faibles – quelques dizaines pour tout l’Equateur, très en dessous de la réalité selon les humanitaires – et la procédure aboutit rarement, notamment en raison des défis logistiques et financiers à relever avant d’arriver devant
le juge.

Depuis Buburu, par exemple, la juridiction la plus proche se trouve à Mbandaka, la capitale provinciale. Il faut parcourir 200 km sur le fleuve Oubangui, payer l’essence pour la pirogue, ainsi que le logement et la nourriture de l’accusé, la victime et des policiers qui les escortent… Complexe dans cette zone déshéritée.

Des arrangements scandaleux

La situation favorise les petits arrangements. « Il y a un désordre sexuel et les filles tombent facilement enceintes. Les parents ont trouvé une formule : ils se mettent ensemble, les parents de la fille demandent 20 dollars et une bouteille de whisky (local), et on vous donne la fille ! Même des filles de 13 ans sont mariées et déscolarisées », regrette Roger Lelo.

Liliane, 17 ans, a été mariée il y a un an à Buburu suite à une grossesse. Ses oncles, qui l’ont élevée, ont rencontré la famille de son petit ami, âgé de 25 ans. « Ils ont exigé de l’argent mais je ne sais pas ce qu’ils ont eu. Je n’avais pas envie de me marier… », confie l’adolescente, qui survit en travaillant dans un champ avec son époux.

La famille de Ruth, 15 ans, enceinte de cinq mois, voulait porter plainte contre le géniteur, tout juste majeur. « Il refusait de prendre en charge la grossesse et l’âge de Ruth est vraiment petit », justifie sa sœur Françoise. Aujourd’hui, il a quitté Mokolo pour Mbandaka et « même les parents du garçon ne s’occupent pas de la grossesse », peste-t-elle.

L’exploitation sexuelle très fréquente en ville

Autre fléau : l’exploitation sexuelle. Pour accrocher l’assistance, Roger Lelo s’est mis dans la peau d’une maman. « "Ta beauté ne nous ramène rien ! Tes amies, elles, ramènent quelque chose à la maison…" Est-ce que cela se fait dans notre société ? », a-t-il interrogé. « Oui ! », ont lancé des jeunes. L’un d’eux a souligné que cette pression existait « surtout en ville ».

Abdoul Aziz Diallo, chef de base pour l’African Initiatives for Relief and Development (AIRD), rapporte que la chambre de certaines filles donne à dessein sur la rue… « Cette pièce signifie qu’on lui donne une certaine liberté. Elle peut ramener un 5 000 francs, 15 000 francs congolais… Les parents prennent, et ça l’encourage ».

Elvis Welende, d’International Emergency and Development Aid (Ieda), n’a pas connaissance de telles chambres. « Par contre, des filles sortent et la maman trouve normal qu’elle ramène 20, 30 ou 50 dollars. Elle ne demande pas d’où vient l’argent, elle est juste contente du résultat, et doit bien se douter que sa fille vend du sexe… ».

Lors d’une séance de questions-réponses, qui concluait chaque campagne, Janvier Assumani, du HCR, a demandé si « le viol peut avoir lieu dans le mariage ? ». Eric, 22 ans, prend la parole : « Quand un monsieur marié veut avoir des rapports intimes avec sa femme, mais qu’elle ne veut pas, ça constitue un viol ».

Tity, une enseignante de Mokame venue avec son bébé, n’en n’est pas à sa première sensibilisation sur les violences sexuelles. « Mais aujourd’hui j’ai appris que lorsque vous avez un mari et qu’il a envie de rapports sexuels et qu’il vous force, c’est une violence sexuelle ».

Jean-Faustin, son confrère, affirme avoir bien compris le message. « Avant, quand ma femme me disait "non", je disais : "Comment tu peux être fatiguée ? Tu es ma femme !" Maintenant que je suis conscient, je ne peux plus refaire ça. Mais si je suis fatigué, il faut qu’elle aussi me laisse libre ! ».

NewsletterRecevez toute l'actualité internationale directement dans votre boite mail

Page non trouvée

Le contenu auquel vous tentez d'accéder n'existe pas ou n'est plus disponible.