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Arabie saoudite

Les manuels scolaires saoudiens vont promouvoir un islam moins rigoriste

Le roi Abdallah d'Arabie Saoudite apparaît, depuis son arrivée au pouvoir en 2005, comme un réformateur modéré.
Le roi Abdallah d'Arabie Saoudite apparaît, depuis son arrivée au pouvoir en 2005, comme un réformateur modéré. AFp/Marwan Naamani

Répondant à une demande répétée des Etats-Unis, le ministre saoudien de l’Education nationale a annoncé que les contenus des livres scolaires du royaume allaient être revus pour « promouvoir plus de tolérance ». Un moyen pour Washington d’attaquer les racines de l’antiaméricanisme, voire du terrorisme. Mais qui permet surtout à l’Arabie Saoudite de poursuivre, très doucement, une série de réformes plus libérales, à laquelle elle se trouve de plus en plus contrainte.

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Les élèves « doivent violemment réprimer, voire éliminer physiquement l’autre », s’il est un infidèle, polythéiste (incluant les chiites), converti à une autre religion que l’islam, juif, homosexuel ou encore a commis un adultère… Le jihad est « un échange profitable » et quelque chose qui « sauve d’un châtiment douloureux ». Voilà quelques exemples de ce qui peut être lu dans les manuels scolaires saoudiens. Des propos qui révèlent une interprétation très rigoureuse, voire extrémiste, de l’islam.

Un islam extrêmiste, dans toutes les matières

Cela devrait changer, progressivement, à en croire les déclarations mardi 24 janvier 2011 du ministre saoudien de l’Education nationale : les manuels saoudiens vont développer « une nouvelle vision de nature à promouvoir la tolérance et l'ouverture vers les autres (...) ainsi que la participation des femmes, sur la base de l'égalité dans les capacités », a indiqué le prince Fayçal ben Abdallah, soulignant néanmois que ce changement serait long et difficile, il prendrait trois ans.  

Cette année encore, ces manuels font « une référence systématique et transdisciplinaire à l’islam », selon Mathieu Guidère, professeur et spécialiste de linguistique arabe et de géopolitique du monde arabo-musulman. En somme, en littérature comme en histoire ou en sciences, les manuels relient tous les enseignements aux principes de la religion musulmane. « L’Arabie Saoudite développe le degré avancé d’un discours biaisé, salafiste et donc passéiste », ajoute ainsi Mathieu Guidère.

Or, cette vision du monde proposée par l’Education nationale saoudienne n’est pas sans conséquence, selon les Etats-Unis. Au lendemain du 11 septembre 2001, ils ont commencé à faire pression pour que le royaume wahhabite modère ses programmes. Le raisonnement américain était assez simple : 15 des 19 terroristes avaient un passeport saoudien et nombre d’entre eux avaient grandi et étudié dans le pays. Leurs idées extrémistes auraient donc été en partie favorisées par douze années de cours à forte connotation salafiste.  

Le lien direct entre enseignement rigoriste et terrorisme est ceci dit discutable. Les manuels tenaient le même discours depuis des décennies, et existaient déjà dans les années 1970. Donc bien avant la vague de terrorisme déclenchée en 2001. Mais cette vision belliqueuse du monde ne contribue assurément pas à ancrer les mentalités saoudiennes dans l’idée d’une ouverture aux autres, notamment envers les Etats-Unis.

Réformer aussi la formation des enseignants 

Mais pour plusieurs analystes, au-delà du contenu des manuels scolaires, c’est la formation des enseignants qui doit être réformée : « ces manuels sont instrumentalisés, notamment depuis 2001, par certains enseignants fondamentalistes et rigoristes », estime ainsi Mathieu Guidère. Un effort de formation continue des enseignants semble ainsi nécessaire, pour limiter la propagation de messages extrémistes.  

La décision annoncée par le ministre saoudien de l’Education nationale mardi s’inscrit dans une volonté de libéralisation du régime, certes relative, mais manifeste depuis l'arrivée au pouvoir du roi Abdallah. En 2005, il a annoncé que 2,5 milliards de dollars seraient consacrés à la réforme de l’Education nationale. Et a remplacé la direction de l’administration en charge des programmes, par des fonctionnaires plus modérés. Mais si le souverain a clairement l’image d’un réformateur, il semble quoi qu'il en soit de plus en plus contraint d’engager son pays sur la voie de la modération : « si les Saoudiens agissent ainsi, c’est parce qu'ils sont sous la pression du printemps arabe, et ne veulent pas apparaître plus islamiste que les islamistes qui arrivent au pouvoir dans les pays du printemps arabe », estime encore Mathieu Guidère.  

Reste qu’il faudra convaincre une société fondamentalement conservatrice de la nécessité d'évoluer. A l’image du droit du vote des femmes, accordé mais limité, le pays semble avoir choisi une politique de réforme saupoudrée et très progressive. Peut-être le moyen de faire son évolution, mais pas encore sa révolution.

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