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IRAN / PRESIDENTIELLE

Le sort de la République islamique est-il lié au nucléaire?

La centrale nucléaire de Bouchehr en Iran.
La centrale nucléaire de Bouchehr en Iran. REUTERS/Raheb Homavandi

Il semble que les dirigeants de la République islamique avec à leur tête le Guide suprême ont bon gré mal gré lié la survie du régime à l’acquisition de l’arme atomique, bien qu’ils aient toujours prétendu que le but de leur engagement sur cette voie n’était que l’utilisation pacifique de l’énergie nucléaire.

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Vendredi 14 juin, les Iraniens sont appelés aux urnes pour désigner le successeur de Mahmoud Ahmadinejad, président controversé de la République islamique d'Iran, qui termine son deuxième mandat. La campagne présidentielle qui vient de s'achever n'avait rien de commun avec celle de 2009 qui était un vrai théâtre d'affrontement politique entre les réformateurs et les conservateurs, donnant lieu à un mouvement contestataire baptisé « le mouvement vert ». La campagne de 2013 a été plutôt consensuelle, sans trop d'agitation. Trois débats télévisés dans une ambiance bon enfant ont été organisés par la télévision d'Etat, faisant plutôt penser aux jeux télévisés de questions/réponses. Pourtant, le dernier débat qui a eu lieu vendredi dernier était révélateur d'une certaine mésentente au sein des conservateurs à propos du dossier nucléaire iranien.

La technologie nucléaire pour quel usage ?

Lors de ce débat, Ali-Akbar Velayati, ancien chef de la diplomatie iranienne (1981-1997) et actuel conseiller du Guide suprême Seyed Ali Khamenei pour les affaires internationales, a sévèrement critiqué la façon dont les responsables iraniens du dossier nucléaire ont mené les négociations avec l'Agence internationale de l'énergie atomique (AIEA) et les grandes puissances qui soupçonnent l'Iran de chercher, par son programme nucléaire opaque et surtout par ses activités d'enrichissement de l'uranium, à se doter de l'arme nucléaire. Velayati a ouvertement mis en cause l'habileté de l'équipe des négociateurs iraniens avec à leur tête Saïd Jalili, un autre postulant conservateur, estimant que l'Iran peut mettre fin à ce bras de fer et résoudre ce problème sans renoncer à la technologie nucléaire. Pourtant, il a écarté tout changement de cap s'il était vainqueur du scrutin du 14 juin en précisant qu'il suivrait scrupuleusement les directives du Guide suprême pour défendre le droit de son pays à l'utilisation pacifique de l'énergie atomique.

Cette manière de souffler le chaud et le froid est le signe d'une prise de conscience parmi les dirigeants de la République islamique de l'impasse dans laquelle se trouve l'Iran avec son programme nucléaire. Sous le coup de multiples sanctions de l'ONU et d'un embargo pétrolier et financier infligé par les Etats-Unis et l'Union européenne, le pays souffre d'une grave crise économique. N'oublions pas que Velayati représente la fraction traditionnelle du camp conservateur comme Jam'iat-e Mo'talefeh-ye Eslami (JMI : le parti de coalition islamique) qui s’est toujours appuyée sur ses activités économiques florissantes favorisées par sa position au sein du pouvoir politique et qui voit s'amoindrir jour après jour sa part du gâteau en raison des sanctions économiques. Il convient de dire que tout de suite après le débat de vendredi dernier, les conservateurs du clan du Guide suprême ont rappelé Velayati à l'ordre l'avertissant de ne pas franchir la ligne rouge sur la question nucléaire.

L'opacité du programme nucléaire semble inéluctable

Dossier spécial

La question qui se pose maintenant est de savoir si la République islamique peut encore continuer sur cette voie qui lui semble fatale. Il est fort probable que le vainqueur du scrutin du vendredi 14 juin soit complètement dévoué au Guide suprême. Dans ce cas, peut-on vraiment s'attendre à un changement de cap sur le dossier nucléaire, espérer un infléchissement de la politique contraignante du régime islamique à intérieur du pays et un début de reprise économique après cette élection ?

La sélection arbitraire des candidats par le Conseil des gardiens de la Constitution était, comme on ne cesse de le répéter, un assemblage électoral. Le Guide de la révolution voulait avant tout que la combinaison des postulants soit telle que celui qui sortirait vainqueur des urnes ne s'affranchisse pas de son autorité. Une fois son but atteint, quel que soit le résultat du scrutin, le Guide et son clan resteront, semble-t-il, aux commandes aussi bien de la politique intérieure du pays que de tout ce qui touche à la politique étrangère et, plus généralement, à la place de l'Iran dans le monde. Mais tant que son intransigeance sur la question nucléaire reste, comme on l'a déjà vu, immuable, le bras de fer avec les Occidentaux continuera et le statu quo à l'intérieur du pays aussi.

Au cours de cette aventure nucléaire qui dure depuis de nombreuses années, il semble que les maîtres de Téhéran avec à leur tête le Guide Khamenei, ont bon gré mal gré lié le sort de la République islamique à l'acquisition de l'arme nucléaire, bien qu'ils aient toujours insisté sur le fait que leur engagement sur cette voie est d'acquérir du nucléaire civil.

Les six candidats en lice ont réitéré leur détermination lors de leur campagne, mais ils ont quand même assuré que l'Iran ne veut pas la bombe atomique. Pourtant, les instances internationales et les Occidentaux en général, comme leur expérience dans le passé les y oblige, restent sceptiques et vigilants. Par conséquent, tant que tout ne sera pas clair dans ce dossier et que l'intransigeance du régime islamique et de son Guide suprême ne faiblira pas, les sanctions économiques continueront à frapper l'Iran et, de ce fait, le statu quo à l'intérieur du pays demeurera et probablement entraînera des fractures au sein du camp des conservateurs ainsi que, sûrement, le mécontentement croissant des populations qui s'appauvrissent jour après jour à une vitesse incroyable.

 

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