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IRAN / PRESIDENTIELLE

Iran: une présidentielle sur fond de crise économique

Deux enfants, dans un atelier de mécanique, à Téhéran
Deux enfants, dans un atelier de mécanique, à Téhéran Javad M. Parsa / FIDH

Alors que les Iraniens s'apprêtent à voter vendredi pour leur nouveau président, la Fédération internationale des ligues des droits de l'homme (FIDH) et son organisation affiliée en Iran publient un rapport accablant sur la situation des droits économiques et sociaux dans le pays. Dans ce document, intitulé « Iran : montée de la pauvreté, déclin des droits du travail », les deux ONG dénoncent la paupérisation croissante de la population. Pour les auteurs du rapport, cette situation est surtout liée à la « nature autoritaire du régime », qui génère des discriminations de toutes sortes, et freine le développement du pays.

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Plus de 50% des 75 millions d'Iraniens vivent aujourd'hui sous le seuil de pauvreté, et le pouvoir d'achat de la population a chuté de 72% entre 2005 et 2013. Un effondrement de l'économie qui se caractérise en grande partie par une hausse exponentielle de l'inflation et une montée du chômage. Le constat de la FIDH et de la Ligue iranienne de défense des droits de l'Homme (LDDHI) est sans appel, la situation des droits économiques et sociaux en Iran atteint aujourd'hui un stade critique.

Cette situation est une conséquence directe selon David Knaute, responsable du bureau Asie de la FIDH, de « la nature autoritaire du régime, qui contribue à un contrôle accru de toutes les couches de la société ». Les tentatives de ces dernières années de créer des syndicats indépendants ont été durement réprimées, et de nombreux dirigeants syndicaux ont été emprisonnés.

« Les syndicats mis en place par le gouvernement contribuent naturellement à cette politique de contrôle, et ne jouent pas leur rôle dans les négociations collectives », explique David Knaute, pour qui cette répression et ce système de contrôle, « sont autant de facteurs aggravants en matière de détérioration du climat économique et social ».

Des femmes cultivent le thé à Rasht, dans la province de Gilan
Des femmes cultivent le thé à Rasht, dans la province de Gilan Javad M. Parsa / FIDH

Discriminations

Le système politique et religieux engendre en effet des discriminations importantes, à commencer par celles concernant les femmes, qui, si elles peuvent accéder à un emploi, « ne sont pas intégrées au tissu économique », poursuit David Knaute. Elles sont en outre de plus en plus directement visées par des lois visant à réduire leur temps de travail pour notamment « prévenir la perte du taux de fécondité ».

D'autres catégories, religieuses ou ethniques, (groupes chiites dissidents, Azéris, Baha’i, etc) sont également victimes de discriminations légales, avec par exemple l'impossibilité d'accéder à la fonction publique. Autant de mesures qui ont « un impact fort sur le dynamisme de l'économie », estiment les organisations.

En outre, l'urbanisation massive qu'a connue le pays depuis une trentaine d'années a nécessité l'embauche d'une importante main d'oeuvre immigrée essentiellement d'origine afghane. Présents par millions en Iran, leur situation est également des plus précaires. Sans statut légal, ils ne peuvent bénéficier de salaire minimum, travaillent dans des conditions inférieures aux standards internationaux, et, même si ce sont des entreprises privées qui les exploitent, l'absence de l'intervention de l'Etat pour améliorer leur situation constitue un facteur aggravant.

La répression politique peut par ailleurs prendre des formes économiques aux conséquences dramatiques pour les personnes concernées. Journalistes, défenseurs des droits humains et voix dissidentes peuvent être ainsi ostracisés au sein de leur administration ou entreprise en raison de leurs opinions politiques (licenciements, interdiction d'exercer leur profession, pressions sur les familles, etc.)

Rôle des sanctions ?

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« Naturellement, le régime se retranche derrière les sanctions économiques et fustige la communauté internationale, explique David Knaute. Et même si nous ne disposons pas de données fiables, nous ne pouvons pas nier que les sanctions économiques aient un impact – même indirect - sur la situation économique ». Ce qui soulève bien sûr en creux « le dilemme concernant le maintien de ces sanctions ». Mais pour la FIDH, ce n'est, bien sûr, pas le seul facteur qui explique la dégradation du tissu économique et social du pays.

« L'Iran est un pays riche, l'Etat bénéficie de ressources suffisantes pour lutter contre la pauvreté assurer un système de sécurité sociale, et lutter contre le chômage », estime ainsi le responsable du bureau Asie. Ce sont avant tout « les politiques mises en oeuvre par le régime qui font que la situation économique est moins bonne que ce qu'elle devrait être. »

Répercussions politiques ?

La crise économique oblige les Iranien(-ne)s à multiplier les petits boulots

En outre, la population iranienne n'est pas dupe. « Si en 2009, lors des contestations postélectorales, les questions portaient beaucoup sur les droits civils et politiques, en parallèle, il y avait de nombreuses revendications d'ordre socio-économique, notamment pour ce qui concerne le prix des produits de base », rappelle David Knaute. Une question sociale pas totalement ignorée par certains candidats à la présidentielle, qui ont critiqué le bilan économique d'Ahmadinejad, malgré un scrutin très verrouillé.

« Si le ralentissement économique se poursuit, estiment d'ailleurs la FIDH et la LDDHI, les revendications sociales et les demandes de respect des droits du travail pourraient s’amplifier et, éventuellement, conduire à une forte contestation du régime actuel, même si, concluent les deux organisations, de nombreux éléments portent à croire que les élections de 2013 ne sauront pas apporter le changement tant nécessaire. »

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