Accéder au contenu principal
Europe / Syrie

Syrie: les cafouillages européens renforcés par l’isolement français

La position de la France pourrait avoir contribué à rendre difficile d'adoption d'une position européenne commune sur la Syrie.
La position de la France pourrait avoir contribué à rendre difficile d'adoption d'une position européenne commune sur la Syrie. REUTERS/Kenzo Tribouillard

La France réclame une intervention militaire. La Grande-Bretagne aussi, avant que le Parlement n'impose une position inverse. L'Allemagne refuse d'agir sans mandat de l'ONU. Aujourd'hui, personne ne sait vraiment quelle est la position de l'Europe sur le dossier syrien. Ces cafouillages sont le fruit de faiblesses institutionnelles, mais aussi de prises de positions intempestives de certains membres.

Publicité

En plein G20, les différents acteurs montés en première ligne sur le dossier syrien appellent de leurs vœux une position européenne audible. Pour l’instant, les Etats membres ont exprimé des postures en totale opposition les unes avec les autres, laissant penser que les vingt-huit ne pouvaient s’entendre sur la question. « Il n’y a pas de solution militaire en Syrie », a cru bon de résumer le président du Conseil européen, Herman Van Rompuy, reprenant l’opinion majoritaire.

L’ancien Premier ministre français Alain Juppé, a de son côté dénoncé une « faillite absolument catastrophique » de l’Union européenne. Sur l’antenne de RTL, il a insisté sur le fait que l’on « ne demande pas aux pays européens de s’engager dans une opération militaire, la plupart d’entre eux n’en [ayant] pas les moyens, mais au moins [d’exprimer] une solidarité politique ! »

L’Europe « otage » de la France

Les ministres des Affaires étrangères et de la Défense des Etats membres doivent enchaîner, au cours de ces deux prochains jours, des réunions au G20, en Russie, puis à Vilnius, en Lituanie, pour une rencontre européenne informelle. L’occasion, peut-être, d’avoir au moins une position diplomatique commune à minima pour les vingt-huit.

Quel que soit le résultat, il risque d’arriver un peu tard, après plus de quinze jours d’errances politiques et diplomatiques. « Les instances européennes sont prises en otage par deux pays membres », remarque l’eurodéputé Arnaud Danjean au sujet de la France et de la Grande-Bretagne qui se sont très vite exprimées en faveur d’une intervention en Syrie. Ils « ont fait cavaliers seuls en envisageant des opérations militaires alors que beaucoup d’Etat n’avaient pas encore établit leur position ».

Le parlementaire, président de la commission Sécurité et défense de l’assemblée européenne, remarque que l’Union bloque rapidement dès lors que l’on aborde les aspects militaires. Malgré cela, « l’Europe sait être réactive », estime-t-il en rappelant l’invasion russe de la Georgie en 2008 : « il faut un leadership ». L’UE avait alors déployé en quelques jours un effort de médiation et une mission d’observation. Or si Londres et Paris ont tenté de mettre en œuvre ce leadership sur la Syrie, l’absence de coordination avec les autres pays membres a achevé de gripper les outils européens.

Les institutions cantonnées à un rôle humanitaire

Il ne faut pas demander à l’Union européenne de faire ce qu’elle n’est pas capable de faire institutionnellement.

François Géré

Le Service européen d’action extérieure (SEAE) et sa patronne, Catherine Ashton, se retrouvent marginalisés sur le dossier syrien. En dehors de déclarations publiques, ils ne peuvent guère prendre d’initiatives. La montée au créneau de plusieurs chefs d’Etat a placé la barre trop haut : il faudra désormais attendre une réunion du Conseil européen pour espérer une position diplomatique commune.

En attendant, l’Union européenne peut tout de même se féliciter d’un travail humanitaire de fond, depuis le début de la crise syrienne. Des sanctions, sous forme d’embargos sur les armes et l’énergie, d’interdictions de transit de près de deux cent personnalités, ainsi que de blocages d’avoir financiers, avaient été mis en œuvre dès les premiers mois de répression.

Surtout, une aide économique conséquente a été déployée pour pallier les besoins humanitaires. La Commission européenne ainsi que différents outils de l’Union ont débloqué 1,336 milliards d’euros en tout. La moitié de cette aide a été utilisée directement en Syrie, l’autre étant répartie entre les pays limitrophes accueillant des réfugiés : Jordanie, Liban, Turquie et Irak.

NewsletterRecevez toute l'actualité internationale directement dans votre boite mail

Page non trouvée

Le contenu auquel vous tentez d'accéder n'existe pas ou n'est plus disponible.