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IRAK

La position des tribus sunnites, véritable enjeu du conflit en Irak

Des sunnites irakiens manifestent contre le gouvernement à Ramadi, à l'ouest de Bagdad, le 28 décembre 2012.
Des sunnites irakiens manifestent contre le gouvernement à Ramadi, à l'ouest de Bagdad, le 28 décembre 2012. REUTERS/Ali al-Mashhadani

Les ministres des Affaires étrangères de la Ligue arabe se réuniront mercredi et jeudi 19 juin à Jeddah, en Arabie Saoudite. Un rendez-vous consacré à la « situation critique » en Irak après une semaine d'avancée fulgurante des hommes de l'Etat islamique en Irak et au Levant. Les réactions se multiplient à Téhéran, à Doha, à Ryad. Francois Géré, directeur de l’institut français d’analyse stratégique, répond aux questions de RFI.

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RFI : Est-ce que cette guerre civile est avant tout confessionnelle comme certains le suggèrent ?

Francois Géré : Il n’est pas du tout certain qu’elle soit confessionnelle. Il y a manifestement une tendance, pour une fois, de plus radicaliser les tensions entre les deux principaux groupes religieux, sunnites et chiites. Mais en fait, les efforts de ces combattants jihadistes ne doivent pas être confondus avec le sunnisme en général. On a affaire à un mouvement particulièrement violent, particulièrement intolérant et intransigeant, et qui est en train d’essayer de s’imposer tout simplement par la force non seulement en luttant contre le gouvernement irakien, mais en luttant contre absolument tous ceux qui ne se rangent pas dans son camp.

Bien entendu, un des enjeux maximum de ce conflit, c’est la position que vont adopter les tribus sunnites qui avaient contribué dans les années 2005-2006 à l’écrasement final d’al-Qaïda en Mésopotamie et qui, aujourd’hui, se demandent véritablement dans quel camp ils peuvent se ranger, sachant qu’ils n’ont aucune sympathie pour ces combattants jihadistes mais qu’ils ont été également passablement exaspérés par le manque de respect du gouvernement Maliki pour ce qu’il leur a été reconnu comme droits.

Nouri al-Maliki ne paie-t-il pas aujourd’hui un clivage qu’il a lui-même organisé depuis des années, en particulier avec les événements à Ramadi ?

Absolument. Il est clair que al-Maliki a fait énormément de promesses qu’il n’a pas tenues. Et dans ces conditions, les tribus sunnites ont eu le sentiment qu’elles avaient aidé à la réunification du pays, à la fin de la guerre civile dans le pays, et que au lieu de recevoir la part juste qui devait leur revenir, à la fois la part pétrolière mais aussi la reconnaissance politique dans les zones où ils sont majoritaires, il n’y a pas eu, de la part de l’administration de Maliki, respect de ses engagements. D’où le sentiment qu’on ne pouvait plus faire confiance à ce régime, ni aux élections qu’il organisait. Et bien entendu, ça a facilité l’aggravation de la situation dans un certain nombre de villes et pas seulement les villes du nord du pays.

La presse saoudienne se trouve particulièrement critique à l’encontre de ce Premier ministre en dénonçant justement sa politique confessionnelle...

Les relations entre l’Arabie Saoudite et le gouvernement irakien sont épouvantables. Il y a trois mois de cela, al-Maliki dans une interview retentissante a déclaré que l’Arabie Saoudite faisait la guerre à l’Irak. Et il est bien évident que, aujourd’hui, ce qui est en question c’est évidemment la personne de Maliki. Seulement il est président et c’est l’Etat irakien tout entier qui risque de s’effondrer pour être remplacé par des gens qui sont évidemment plus beaucoup plus dangereux que le régime en place jusqu’à présent. Et si jamais il parvient à s’en sortir, il devra radicalement changer sa position.

Ce Premier ministre d’ailleurs qui, dans les institutions aujourd’hui, n’est plus officiellement en place. On a une véritable vacance du pouvoir compte tenu du calendrier électoral ?

Absolument. Alors tout cela naturellement vient se court-circuiter. On est quand même dans un imbroglio qu’on n’avait pas vu depuis des années dans cette région. On constate également que les Américains vont être obligés d’intervenir non pas au sol mais vont être obligés d’intervenir par des moyens aériens, puis in fine commencent à arriver des forces non régulières iraniennes et la situation militaire devient tellement incohérente que finalement, ce sont les adversaires qui vont devoir s’entraider pour faire face à une menace dont on n’avait manifestement pas prévu l’extrême gravité.

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