Accéder au contenu principal
Territoires palestiniens

Dix ans après, la mort de Yasser Arafat reste un mystère

Un partisan du Fatah montre un poster à l'image de Yasser Arafat à l'université Al-Azhar de Gaza, le 11 novembre 2014, à l'occasion du 10e anniversaire de la mort du leader palestinien.
Un partisan du Fatah montre un poster à l'image de Yasser Arafat à l'université Al-Azhar de Gaza, le 11 novembre 2014, à l'occasion du 10e anniversaire de la mort du leader palestinien. REUTERS/Suhaib Salem

Début octobre 2004, Yasser Arafat est pris de malaises et de vomissements. Le leader palestinien est alors encerclé par les forces israéliennes dans son palais de la Mouqataa à Ramallah, en Cisjordanie. Son ennemi de toujours, l'Israélien Ariel Sharon, est Premier ministre. Il a juré sa perte depuis des années. Le 11 novembre, un mois plus tard, Yasser Arafat s'éteint à l'hôpital Percy de Clamart, dans la région parisienne. Dix ans plus tard, le mystère de sa mort reste entier.

Publicité

Terroriste pour les uns, véritable homme d'Etat pour les autres... Avec son éternel keffieh sur la tête, retombant sur une de ses épaules et plié soigneusement de façon à symboliser la carte de la Palestine, Yasser Arafat reste pour son peuple un homme providentiel.

Pour Leïla Shahid, ambassadrice de la Palestine auprès de l'Union européenne, de la Belgique et du Luxembourg, Yasser Arafat manque beaucoup aux Palestiniens. « C'est lui qui s'est battu farouchement contre le président égyptien Nasser pour que le Fatah et l'OLP soient réellement indépendants. Il avait l'intuition du sens de l'Histoire. Dans son discours magnifique à la tribune des Nations unies, en 1974, en brandissant un rameau d'olivier, il a ramené l'identité palestinienne et a fait entrer le peuple de Palestine dans le concert des nations. C'est son discours qui a donné un statut au peuple palestinien au sein des Nations unies. Comme les grands, comme Nelson Mandela, qui plusieurs fois a salué le courage et l'action de Yasser Arafat, comme Ghandhi ou encore Nehru, il a su allier son combat pour la dignité et les compromis historiques en faveur de la paix en signant les accords d'Oslo pour une solution du conflit, avec deux Etats indépendants notamment. C'est cet esprit qui l'a conduit à signer les accords d'Oslo. Les Palestiniens savent ce qu'ils lui doivent. »

« Un jongleur, un funambule »

Qu'il plaise ou non, l'homme jouit indéniablement d'une baraka, d'une chance incontestable. Christophe Boltanski et Jihan El-Tahri, auteurs des Sept vies d'Arafat sont probablement parmi les meilleurs biographes du raïs palestinien.

« Il a été un jongleur, un funambule toute sa vie en se jouant de ses adversaires, raconte Christophe Boltanski. Pratiquement tous les pays arabes ont voulu instrumentaliser la cause palestinienne. La Libye, la Syrie... Au point que chacun des pays avait des Palestiniens acquis à leur cause au sein même de l'OLP. Vous connaissez la blague qui courait sur lui : lors du pèlerinage à La Mecque, il est d'usage de lancer sept pierres sur un poteau qui représente Sheitan (le Diable). Arafat n'en lance que quatre. On lui demande pourquoi. Il répond : "Ben, c'est qu'il faudra peut-être travailler avec lui." »

Yasser Arafat survivra en tout cas à un accident d'avion en Libye, à un nombre incalculable d'attentats avortés, aux Israéliens, aux Syriens qui veulent se débarrasser de lui... A chaque fois, comme le Phénix, il renaît, rebondit et transforme ses échecs en victoires.

« Lorsqu'avec Jihan, nous lui avons remis notre livre intitulé Les Sept vies de Yasser Arafat, il nous a répondu en riant : "Pourquoi sept seulement ? Chez les Arabes, les chats sont censés avoir neuf vies" », se souvient Christophe Boltanski. La neuvième vie d'Arafat s’achèvera, c'est sûr, le 11 novembre 2004 à Clamart.

Empoisonné pour les uns, mort de vieillesse pour les autres

Persuadés que le raïs a été empoisonné par du polonium, ses proches demandent, plusieurs années plus tard, une autopsie. De nombreux experts analysent alors les os du défunt leader, mais leurs conclusions divergent.

Pour Emmanuel Faux, auteur de L'Affaire Arafat, l'étrange mort du leader palestinien, « les experts français reconnaissent avoir trouvé des traces de polonium, mais, disent-ils, cela ne suffit pas pour affirmer qu'il a été empoisonné, il se peut qu'il soit mort de vieillesse. Les experts suisses ont une approche scientifique plus sérieuse : la quantité de polonium retrouvé sur ses effets personnels et sur ses os est telle qu'on ne peut écarter la thèse de l'empoisonnement. »

Des procédures sont toujours en cours. Mais vraisemblablement, à l'image de ses multiples vies, sa mort risque de rester encore longtemps mystérieuse. Surtout pour des raisons politiques.

NewsletterRecevez toute l'actualité internationale directement dans votre boite mail

Page non trouvée

Le contenu auquel vous tentez d'accéder n'existe pas ou n'est plus disponible.