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France / Egypte

Al-Sissi à Paris: la France va-t-elle réussir à renouer avec l'Egypte?

Abdel Fattah al-Sissi rencontre ce mercredi 26 novembre son homologue français François Hollande et plusieurs hauts responsables français.
Abdel Fattah al-Sissi rencontre ce mercredi 26 novembre son homologue français François Hollande et plusieurs hauts responsables français. REUTERS/The Egyptian Presidency/Handout

Le président égyptien Abdel Fattah al-Sissi rencontre ce mercredi 26 novembre son homologue français François Hollande et plusieurs hauts responsables, dont le ministre des Affaires étrangères Laurent Fabius, avant un dîner avec le ministre de la Défense Jean-Yves Le Drian où la question de la coopération militaire sera abordée. Après trente années de relations quasi exclusives entre les Etats-Unis et l'Egypte, Paris entend bien renouer avec Le Caire et participer à la modernisation de son armée dans un contexte régional explosif.

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Dans l'armée égyptienne, l'attaque jihadiste contre un poste de contrôle dans la région de l'oasis de Farafra près de la frontière libyenne a laissé des traces. Vingt-deux gardes-frontières avaient été tués le 19 juillet dernier.

Plus récemment, la spectaculaire opération menée contre un patrouilleur égyptien en Méditerranée, faisant officiellement huit disparus, est venue rappeler que l'Egypte est soumise à une pression constante des mouvements terroristes. « Le président Sissi va devoir aller vite pour assurer la sécurité de son pays, mais aussi pour assurer sa stabilité économique », assure-t-on dans l'entourage du ministre français de la Défense.

Objectif : renforcer la coopération militaire avec l'Egypte

« L'Egypte est en train de diversifier ses fournisseurs en matière d'armement. La Russie est de retour dans le jeu », note-t-on à Paris. Mais la France a décroché en début d'année un contrat pour la fourniture de quatre corvettes à la marine égyptienne, dont trois seront assemblées localement à Alexandrie. Deux corvettes supplémentaires devraient être commandées, un contrat regardé de près par les Emirats arabes unis, partenaire financier de l'Egypte.

Concernant la rénovation des Mirage 2000 livrés par la France dans les années 1980, les choses sont plus compliquées. L'armée égyptienne étudie des solutions qualifiées « d'exotiques » par un équipementier français. Des industriels chinois, moins chers, seraient déjà sur les rangs. En revanche, la France pourrait faire valoir ses solutions techniques en matière de sécurisation des frontières.

Le Caire et Paris ont les mêmes craintes sur le cas libyen

Outre la situation sécuritaire sur le sol égyptien, Paris et le Caire partagent la même inquiétude concernant le développement de la menace jihadiste en Libye. Mais quand l'armée française se focalise vers le sud de ce pays, afin d'essayer de contenir la situation, les Egyptiens regardent vers la capitale, Benghazi, et aussi vers Derna.

Cette ville est à seulement 300 kilomètres de la frontière libyenne, où 3 000 jihadistes, en majorité libyens, ont fait allégeance au groupe Etat islamique. « Les lignes de fracture libyennes se retrouvent aussi dans le sud du pays » prévient-on à Paris. « A Oubari, à 350 kilomètres du Niger, on observe des combats entre des katibas de Misrata et le clan nationaliste libyen », précise-t-on au ministère français de la Défense.

« La France porte une responsabilité dans l'effondrement libyen »

De toute évidence, l'Egypte a choisi la méthode forte en soutenant l'armée libyenne, dont les hommes du général Aftar en lutte contre les jihadistes, et en facilitant les raids aériens menés dès le mois d’août par l'armée de l'air des Emirats arabes unis.

A Paris, on reconnait « la légitimité du gouvernement de Tobrouk mais on soutient toujours l'idée d'un dialogue politique interlibyen ». Egalement menacés par le terrorisme dans le Sinaï, les Egyptiens ont le sentiment qu'il faudrait « intervenir au plus vite en Libye pour rétablir la situation sur place », confie une source militaire française, qui ajoute : « En Egypte, beaucoup pensent que la France porte une responsabilité certaine dans l'effondrement de l'Etat libyen après l'intervention de 2011. »


■ Hollande évoquera-t-il le sort des journalistes d'Al-Jazira ?

Abdel Fattah al-Sissi est critiqué pour la répression meurtrière dans son pays des Frères musulmans et l'étouffement de toute contestation du pouvoir actuel. Les ONG de défense des droits de l'homme espèrent que le président français abordera lors de sa rencontre avec son homologue égyptien la situation des opposants politiques et des journalistes emprisonnés par les autorités égyptiennes - à commencer par les trois journalistes d'Al-Jazira condamnés récemment à plusieurs années de prison ferme.

L'affaire a déclenché un tollé international, mais à ce jour les autorités égyptiennes sont restées inflexibles et les trois journalistes d'Al-Jazira ont été condamnés et incarcérés. Malgré tout, les proches des trois hommes espèrent que les pressions internationales porteront leurs fruits, et que le président égyptien finira par les gracier.

« On nous dit que des procédures sont bel et bien en cours »

« Lors d'un entretien avec la chaine de télévision France 24, raconte Adel Fadel Fahmy, le frère de l'un des trois journalistes d'Al-Jazira incarcérés en Egypte, le président Sissi a dit récemment qu'une amnistie était envisagée. Nous avons ensuite posé la question à nos interlocuteurs au sein du gouvernement égyptien, ils nous ont dit que le président Sissi ne s'exprimerait pas à la légère et que des procédures étaient bel et bien en cours. Donc je pense que le président français abordera la question - mais ce ne sera pas un sujet prioritaire. »

Il y a dix jours, une loi a été adoptée permettant l'extradition vers leur pays d'origine des étrangers condamnés en Egypte. Cette loi pourrait bénéficier à Mohammed Fadel Fahmy, qui a la double nationalité égyptienne et canadienne, et à Peter Greste, de nationalité australienne. Ce qu'espèrent les avocats et l'entourage des journalistes, c'est que la grâce présidentielle concerne également Baher Mohammed, le troisième journaliste incarcéré, qui est lui de nationalité égyptienne.

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