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Arabie saoudite

Disparition du roi Abdallah: une transition dans la continuité

Le roi Abdallah à Riyad, le 5 février 2005.
Le roi Abdallah à Riyad, le 5 février 2005. REUTERS/Zainal Abd Halim/Files

Plusieurs dirigeants du monde arabe ont quitté Davos à l’annonce de la mort du roi Abdallah d’Arabie saoudite. Le souverain saoudien, qui était âgé de 90 ans, a été enterré ce vendredi après les prières de l’après-midi et c’est son demi-frère Salman, 79 ans, qui lui succède sur le trône. Olivier Da Lage, spécialiste du Moyen-Orient et auteur notamment de «Géopolitique de l’Arabie saoudite», répond aux questions de RFI.

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RFI : Que représente précisément la disparition du roi Abdallah pour cette région ?

Olivier Da Lage : C’est d’abord la fin d’un très long règne, en fait une vingtaine d’années. Puisque même s'il n’est roi que depuis dix ans, - il est devenu roi à la mort de son frère le roi Fahd en août 2005 -, il était le régent du fait de la maladie du roi Fahd. Pendant dix ans, il a effectivement régné sur l’Arabie saoudite et il a marqué son pays avec beaucoup de leadership, il a joué le rôle d’un leader arabe au moment où tous les autres avaient disparu de la scène.

Justement qu’est-ce qui a changé sous son règne ?

En Arabie, il a fait des efforts pour réformer le royaume très timidement, face à beaucoup d’opposition. Par exemple, en essayant de faire avancer un peu la cause des femmes, ça ne parait pas évident vu de l’extérieur, mais il a obtenu que les écoles de filles passent sous la tutelle du ministère de l’Education et non plus du ministère des Affaires religieuses. On le disait également favorable au droit pour les femmes de conduire, ce qui n’est toujours pas possible parce que les réticences sont très nombreuses. En fait il n’a pas pu aller très loin.

Sur le plan régional, en dehors d’une obsession vis-à-vis de l’Iran qui est largement partagée par tous les dirigeants saoudiens, il a quand même pas mal détendu la situation en favorisant des médiations. Il a fait cette proposition en 2002 d’une paix totale avec Israël en échange d’un retrait total des territoires occupés, ça n’a pas abouti, enfin on peut le créditer de cette initiative.

Le président François Hollande va aller présenter ses condoléances en Arabie saoudite. On a vu beaucoup de réactions internationales au moment du décès, est-ce que c’était un souverain populaire ?

C’est un souverain qui était respecté. Il était respecté parce qu’à l’échelle saoudienne, il était nettement moins corrompu que certains de ses frères qui ont été au pouvoir ou qui étaient dans son entourage. Parce qu’il était convaincu, parce qu’aussi il avait une parole qui portait fort. Par exemple lors de la deuxième intifada, quand Arafat était entouré par l’armée israélienne à Ramallah, il avait forcé une délégation militaire saoudienne, qui était déjà au Pentagone, à revenir au pays et il n’avait pas hésité à susciter la polémique avec les Etats-Unis sur leur soutien à Israël. En même temps, c’était un allié des Etats-Unis et il a veillé après le 11-Septembre, alors même que les relations étaient très difficiles entre l’Arabie saoudite et les Etats-Unis, à ce que jamais on atteigne le point de rupture.

On l’a constaté, la succession s’est réalisée de façon très rapide. Qu’est-ce qui se prépare maintenant ? Quelle est la personnalité de celui qui accède au trône ? Le prince Salman était déjà aux affaires depuis plusieurs années ?

Plus que depuis plusieurs années, il a été pendant plus de cinquante ans gouverneur de Riyad, il était aux affaires depuis la mort du fondateur du royaume en 1953, comme tous ses autres frères et demi-frères. Salman est le fondateur d’un empire de presse, il est relativement bien vu des Etats-Unis, il est relativement consensuel, encore une fois dans le contexte saoudien. Mais, même si il n’est pas très, très vieux, il a tout de même 79 ans, il est gravement malade, on le dit atteint d’Alzheimer et peut-être même de leucémie et tout indique que son règne ne sera pas très long. De son règne, je pense qu’il ne faudra pas attendre de bouleversements. Le point important c’est plutôt la nomination du deuxième vice-prince héritier qui, pour la première fois, est un petit-fils du fondateur du royaume et non plus l’un des fils. Là, ça donne une indication sur l’avenir.

Moqren c’est son nom. Est-ce qu'on connaît l’homme ?

Moqren c’est le prince héritier qui avait été désigné par Abdallah. Pour la première fois il avait désigné, au mois de mars, une fonction qui n’existait pas celle de vice-prince héritier, il voulait que ce soit Moqren. Il est le plus jeune des fils Ibn Saoud, il est né en 1945 mais du fait de la très nombreuse fratrie, il est plus jeune qu’un certain nombre de ses propres neveux. Il est pilote de chasse, il a été pilote de F-15, il a dirigé les services de renseignements saoudiens mais il a un point faible, c’est qu’il est le fils d’une concubine yéménite qui n’a jamais épousé le roi. Certains des membres de la famille avaient donc des doutes à son sujet. Et quand il a été nommé vice-prince héritier, le conseil d’allégeance qui est réuni autour du roi, n’a voté son approbation qu’aux trois quarts, ce qui veut dire qu’un quart de ses membres étaient hostiles à sa nomination, qui vient d’être confirmée, donc ce sera lui très certainement le prochain roi d’Arabie.

Quelles conséquences pourraient avoir la disparition du roi sur la menace régionale et internationale que constitue la montée en puissance du groupe Etat islamique ?

Il faut absolument penser que tout s’inscrira dans la continuité, ne serait-ce que parce que si l’Arabie saoudite est une monarchie absolue, le roi n’est pas un monarque absolu. Il partage son pouvoir, il consulte avec ses frères, avec les religieux et le consensus qui s’en dégage, est partagé par tous ceux qui sont au pouvoir. Il y a très peu de changements à attendre de ce point de vue là, du fait qu’un nouveau roi a pris la place du précédent.

 

Olivier Da Lage est rédacteur en chef à RFI, spécialiste du Moyen-Orient et auteur de plusieurs ouvrages sur la région.

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