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Turquie

Après l’attentat à Suruç, la politique d’Ankara en Syrie mise en cause

Des manifestants au milieu des gaz lacrymogènes, lors d'une manifestation mettant en cause la responsabilité du gouvernement turc suite à l'attentat de Suruç.
Des manifestants au milieu des gaz lacrymogènes, lors d'une manifestation mettant en cause la responsabilité du gouvernement turc suite à l'attentat de Suruç. REUTERS/Huseyin Aldemir

Au lendemain de l’attentat qui a fait au moins 31 victimes et plus d’une centaine de blessés à Suruç, à la frontière turco-syrienne, une vague d'indignation a soulevé la Turquie. Les manifestants accusent le gouvernement de mener une politique aventureuse face au groupe Etat islamique. Le chef du gouvernement turc Ahmet Davutoglu a évoqué pour la première fois la probable responsabilité du groupe EI dans cet attentat qui n'a pour l'instant pas été revendiqué.

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Avec notre correspondant à Istanbul, Jérôme Bastion

Toute la soirée, dans plusieurs quartiers d’Istanbul et dans des dizaines de villes du pays, notamment celles d’où venaient certains des volontaires tués dans l’attentat, la colère était dans la rue pour dénoncer les errements du gouvernement. Mais bien souvent, la police n’a pas voulu que ces manifestants scandent « Etat islamique assassin, AKP complice », et nombre de ces rassemblements ont été brutalement dispersés.

Si la piste de l'organisation Etat islamique était confirmée dans l'attentat qui a coûté la vie à 31 personnes à Suruç, ce serait un tournant dans les relations tumultueuses entre l’organisation jihadiste et Ankara, qui font l'objet de critiques de plus en plus ouvertes. C’est bien en effet le procès de quatre ans d’une politique syrienne aventureuse que font autant l’opposition que les analystes indépendants et même certaines voix toutes proches de la majorité gouvernementale.

La politique du gouvernement critiquée au sein de l'AKP

Le premier à briser le tabou fut, peu après l’attentat, Muhsin Kizilkaya, député de l’AKP. Il disait craindre que la Turquie se retrouve « bientôt dans le même état que la Syrie ». Puis, ce fut au tour de l’ancien chef de l’Etat Abdullah Gül d’adresser ses critiques, avant même la moindre réaction du président ou Premier ministre, lundi. Il a souligné qu’il avait plusieurs fois tenté, en vain, d’attirer l’attention du gouvernement sur la gravité de la situation. Plus incisif encore, le tout premier chef de la diplomatie de l’AKP, Yasar Yakis, a martelé que l’équipe au pouvoir s’était « beaucoup trop impliquée dans le chaos syrien », et qu’elle était « entièrement responsable de la situation actuelle ». Mais le pouvoir ne semble pas encore en mesure de faire cette autocritique : le Premier ministre s’est contenté hier de promettre de renforcer la sécurité à la frontière, alors que la menace est de toute évidence surtout intérieure désormais.

Interrogé par RFI, David Rigoulet-Roze, chercheur à l’Institut français d’analyses stratégiques, juge que la Turquie subit « ce que les anglo-saxons appellent le "blow-back", l’effet retour ». Pour l’analyste, la Turquie est confrontée au retour de ses ressortissants qui sont membres du groupe Etat islamique. « Quelque 700 Turcs sont considérés comme membres de l’EI », rappelle le chercheur, qui souligne la menace que fait peser sur le pays la « porosité » à la frontière turco-syrienne. D’autant que le groupe EI a changé de politique vis-à-vis de la Turquie. « Daesh se considère dans une dynamique très offensive sur tous les fronts. Jusqu’à présent, elle comptait sur une relative neutralité du sanctuaire turc. De ce qui était considéré par elle comme un sanctuaire. Mais manifestement, c’est moins le cas et donc la situation risque de dégénérer de manière assez conséquente », met en garde le chercheur. 

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