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Territoires palestiniens

Congrès du Fatah: un pas vers la succession de Mahmoud Abbas?

Mahmoud Abbas, président de l'Autorité palestinienne.
Mahmoud Abbas, président de l'Autorité palestinienne. REUTERS/Issam Rimawi/Pool/File Photo

Ce mardi, et pour la première fois depuis sept ans, le Fatah, principal parti palestinien, se réunit en congrès. Près de 1 400 personnes ont été invitées à Ramallah. Un rendez-vous politique rare dans un territoire qui vit depuis près de 10 ans au rythme de la division entre ses deux principales formations politiques : le Fatah et le Hamas.

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Avec notre correspondant à Jérusalem,

La dernière élection présidentielle palestinienne remonte à 2005. Les dernières législatives avaient eu lieu un an plus tard : le conseil législatif ne siège d’ailleurs plus. Quant aux élections locales prévues en octobre dernier, elles ont été repoussées sine die. Depuis la division entre le Fatah et le Hamas, aucun scrutin n’a été organisé sur l’ensemble des territoires palestiniens. La vie politique est bloquée.

Ce congrès sera donc une façon pour les instances dirigeantes du principal parti palestinien de regagner en légitimité, au moins en interne. Et le premier à bénéficier de ce regain de légitimité sera Mahmoud Abbas. Le président de l’Autorité palestinienne devrait être réélu sans difficulté à la tête du parti.

Faire taire la contestation

Mahmoud Abbas a pourtant des opposants au sein de sa formation : le camp de Mohamed Dahlan, l’ancien chef des services de sécurité du Fatah à Gaza. Ce successeur potentiel de Mahmoud Abbas, soutenu par l’Egypte, l’Arabie saoudite, les Emirats arabes unis et Bahreïn, vit aujourd’hui à Abu Dhabi. Sous le coup d’une procédure judiciaire dans les territoires palestiniens, accusé de détournements de fonds, il a été exclu du mouvement. Et ces dernières semaines, plusieurs de ses partisans au sein du Fatah ont également été rayés des listes du parti.

Les « Dahlanistes » accusent Mahmoud Abbas de vouloir faire taire toute contestation.
Dans les rangs des loyalistes, ces accusations sont rejetées. Mais pour Nasser al-Qidwa, membre du comité central du Fatah, neveu de Yasser Arafat et possible successeur également à Mahmoud Abbas, ce congrès doit bien être l’occasion d’en finir avec la guerre Abbas-Dahlan. « Je pense que le congrès va tourner la page sur cette question. Je pense que nous allons passer à d’autres sujets, en tout cas pour le temps présent », assure-t-il. Aux yeux de celui qui est lui aussi un successeur potentiel du président de l’Autorité palestinienne, il est trop tôt pour se lancer dans une guerre de succession : « En ce qui concerne les autres candidats, et je me mets dans le lot, je ne pense pas que ce soit non plus un sujet de discussion. Tout simplement parce qu’il n’y a pas de vacance. »

Vice-président

Pourtant le Fatah a bien commencé à réfléchir aux scenarios de succession. Mahmoud Abbas a 81 ans et en cas de vacance du pouvoir, la division actuelle entre Fatah et Hamas pourrait conduire à une crise de succession. Pour éviter ce scénario catastrophe, le Fatah pourrait d’ailleurs, au cours de ce congrès, modifier ses statuts et désigner un numéro deux. Cette personnalité pourrait être amenée, le moment venu, à succéder à l’actuel président de l’Autorité palestinienne ou au moins gérer la transition.

Mais « le Fatah a déjà, en plusieurs occasions, espéré et promis la désignation d’un vice-président : ça n’est jamais arrivé », rappelle Ghassan Khatib, professeur de sciences politiques à l’université de Bir Zeit, près de Ramallah. « Aujourd’hui, ils ont l’air d’être plus sérieux. Mais nous ne le croirons quand nous le verrons », poursuit l’universitaire qui reconnaît que « si cela arrive, ce sera un développement crucial et important ».

Autre enjeu majeur de ce congrès : le renouvèlement des instances dirigeantes. Le comité central et le conseil révolutionnaire sont actuellement dominés par la vieille garde, la première génération de membres du Fatah. Mais le parti se trouve du coup en décalage avec la société palestinienne, beaucoup plus jeune, elle. Et pour Nasser Al-Qidwa, membre du comité central, « les jeunes générations n’ont pas suffisamment leur mot à dire ». Lui qui est issu de la deuxième génération estime que « c’est peut-être l’un des problèmes du Fatah ». Il plaide pour une plus grande ouverture des instances dirigeantes aux nouvelles générations et aux femmes, pour être « plus en adéquation avec la société palestinienne ».

« Faire revivre ce que nous avons perdu »

Aujourd’hui en perte de vitesse, de plus en plus critiqué par les Palestiniens, le Fatah n’en reste pas moins le principal parti : il contrôle l’Autorité palestinienne. Ce congrès se veut être l’occasion de remettre ses troupes en ordre. Mais il est aussi suivi de près par les autres formations politiques palestiniennes qui aimeraient qu’il soit une première étape vers le rétablissement des institutions. « Nous espérons que ce congrès fera avancer l’unité palestinienne et qu’il permettra de faire avancer la démocratie pour faire revivre ce que nous avons perdu : le pluralisme, un véritable Conseil législatif, la séparation des pouvoirs entre l’exécutif, le législatif et le judiciaire », estime ainsi Mustafa Barghouti, parlementaire et chef de file de l’Initiative nationale palestinienne.

A ses yeux, cette unité est d’autant plus indispensable que la colonisation israélienne en Cisjordanie se poursuit. Pour cet ancien rival de Mahmoud Abbas à l’élection présidentielle de 2005, il faut « une réponse politique » à ce qu’il perçoit comme une volonté israélienne de remettre en cause la vision d’une paix reposant sur deux Etats vivant côte-à-côte. Lui n’attend pas de ce congrès que des nouvelles têtes mais aussi un nouveau discours.

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