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Yémen

Le Yémen ravagé par deux ans de guerre

Des écoliers yéménites devant une école détruite par une frappe aérienne, à Taez, le 16 mars 2017.
Des écoliers yéménites devant une école détruite par une frappe aérienne, à Taez, le 16 mars 2017. Ahmad AL-BASHA / AFP

Ce 26 mars marque les deux ans de la guerre au Yémen où une coalition de pays arabes soutient le gouvernement contre les rebelles houthis. En deux ans, le conflit a fait selon l’ONU plus de 7 700 morts et trois millions de déplacés. Et la famine menace.

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Le 26 mars 2015, neuf pays arabes lancent une opération militaire au Yémen. Ils viennent soutenir le régime, menacé par une offensive de rebelles chiites, les Houthis. A la tête de la coalition, l'Arabie saoudite, le grand pays sunnite de la région, qui accuse l'Iran de soutenir les Houthis. Ces derniers sont passés à l'offensive en 2014, se sentant marginalisés après un changement de pouvoir au Yémen. Très vite, ils conquièrent la capitale Sanaa, poussant le président Hadi à l'exil.

Les combats font rage entre les deux parties. Les civils en sont les premières victimes, tués ou blessés dans des frappes, ou déplacés à travers le pays. Sept millions de personnes sont menacées par la famine aujourd'hui, selon l'ONU, 60 % de la population yéménite ont besoin d'aide humanitaire, 17 millions de personnes souffrent d'insécurité alimentaire et 14 millions n'ont pas accès à l'eau potable.

La population à l'aube de la famine

Saara Bouhouche, de l'ONG Solidarités International, rentre du Yémen où elle a constaté l'étendue de la crise : le manque d’accès à l’eau, les infrastructures d’eau endommagées et surtout la population qui manque d’accès à la nourriture. « Parce qu’il y a un problème économique d’accès à la nourriture sur les marchés, d’importation, parce que les ports, les aéroports et les routes ont été détruits ou sont affectés par le conflit. La population est étouffée et est à l’aube de la famine », rapporte Saara Bouhouche.

Deux ans après l'entrée en guerre de la coalition, six organisations humanitaires françaises lancent un cri d'alarme, car la population yéménite est en danger, mais aussi parce que les condamnations internationales sont trop timides. « La coalition menée par l’Arabie saoudite et soutenue par la France et les Occidentaux ne respecte pas le droit humanitaire international en détruisant de manière délibérée des hôpitaux, des écoles, des centres de santé, dénonce le docteur Jean-François Corty, de Médecins du Monde. Il faut absolument qu’on arrive à questionner la nature des soutiens qu’on peut avoir vis-à-vis de régimes qui ne respectent pas le droit humanitaire international. »

Depuis deux ans, les efforts de médiation de l'ONU n'ont pas permis de soulager les souffrances des civils yéménites. Les tentatives de cessez-le-feu, elles, ont toutes échoué. La guerre se poursuit. Elle fait aussi le jeu des jihadistes. Al-Qaïda dans la péninsule arabique (Aqpa) et l'organisation Etat islamique se renforcent. Au grand dam des Américains qui mènent régulièrement des raids contre ces groupes, auteurs d'attentats au Yémen comme à l'étranger.


Témoignage d'un Yéménite venu d'Hodeida

Après deux années de guerre, l'armée loyaliste avec le soutien de l'aviation saoudienne progresse depuis le début de l'année vers le Nord. Elle est aux portes du port d’Hodeida, ville tenue par les rebelles. L’armée a menacé cette semaine de lancer une offensive pour reprendre la ville. Angélique Férat, la correspondante de RFI à Amman a rencontré un Yéménite originaire d’Hodeida, ville stratégique et donc ville objet de toutes les pressions. Le gouvernorat d’Hodeïda est celui où la famine est la plus répandue.

Hodeida est une ville portuaire de 3 millions d'habitants aux mains des rebelles houthis. C'est aussi le port ou entre 70% de l'aide humanitaire. La ville a donc été bombardée régulièrement depuis deux ans par l'aviation saoudienne.

Abou Gamil est originaire de ce port de la mer Rouge. Il est cuisinier à Amman en Jordanie et il envoie son salaire pour nourrir quatorze personnes restées au Yémen. Il vient de leur parler par téléphone. Sa femme ne dort plus à cause des bombardements. Elle reste prostrée. Ses trois petits-enfants auraient besoin de lait de fruits de viande. Ils mangent du thé et du pain quand il y en a.

« Les enseignants ne touchent plus leur salaire, les employés ne sont plus payés. Et d'ailleurs où ils trouveraient l'argent ? L'aide humanitaire n'arrive pas chez nous. Rien n'arrive chez nous. La situation est catastrophique, déplorable. Ma famille souffre, mais comment peut-elle sortir d’Hodeida, elle n'a pas assez d'argent. Vous voulez qu’ils meurent sur les chemins ? C'est mieux de mourir chez soi », assène-t-il.

Abou Gamil espérait un geste des pays arabes lors du sommet de la Ligue arabe qui se tient la semaine prochaine en Jordanie. La Palestine sera le sujet principal. Il hausse les épaules. Tout le monde a oublié le Yémen, se désole-t-il.

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