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Israël, Benyamin Netanyahu

Anshel Pfeffer: «Netanyahu sait qu'il est en permanence au bord du précipice»

Le Premier ministre israélien Benjamin Netanyahu, à Jérusalem, le 5 février 2019.
Le Premier ministre israélien Benjamin Netanyahu, à Jérusalem, le 5 février 2019. REUTERS

Alors que le procureur général d’Israël a décidé de lancer une procédure de mise en examen visant le Premier ministre israélien, Anshel Pfeffer, journaliste à Haaretz, auteur d’une biographie de Benyamin Netanyahu intitulée « Bibi : The Turbulent Life and Times of Benyamin Netanyahu » (non traduit) répond aux questions de Guilhem Delteil.

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RFI : Benyamin Netanyahu dénonce une « chasse aux sorcières ». Il voit dans ces procédures judiciaires une tentative de la gauche de le renverser après dix années consécutives passées à la tête du gouvernement. Il attaque les journalistes, les magistrats, ses rivaux politiques. Est-ce que cette ligne de défense peut convaincre son électorat ?

Anshel Pfeffer : Ceux qui, à droite, aiment Netanyahu et croient en son message, ou même ceux qui ne l’aiment pas particulièrement, mais qui se définissent de droite ne veulent pas voir une situation similaire à celle créée par le gouvernement Sharon. Il s’agissait certes aussi d’un gouvernement de droite mais il s’est retiré de la bande de Gaza. Ses électeurs sont inquiets qu’une telle situation puisse se reproduire. Eux iront de toute façon avec Bibi Netanyahu car ils ne prendront pas le risque d’un désengagement supplémentaire, d’un retrait de certains endroits de Cisjordanie.

Néanmoins, il y a des gens qui ne vont pas considérer que le risque d’un retrait est très sérieux. Benny Gantz est un militaire, il n’est pas un gauchiste. La question est de savoir combien ils seront.

Une partie de l’électorat de droite pourrait basculer ?

Il y a une partie de l’électorat du Likoud qui est silencieuse, mais en colère contre Netanyahu. Et Gantz a besoin d’obtenir leur ralliement une seule fois pour arriver à battre Netanyahu. J’ai rencontré beaucoup de sympathisants du Likoud qui m’ont dit : « l’époque de Bibi est révolue. Il est là depuis trop longtemps. Il est trop clivant. Il est trop corrompu ». Mais quand je leur demande s’ils vont continuer à voter pour le Likoud, ils me répondent : « pour qui d’autre pourrais-je voter ? ».

Lors des dernières élections, il y avait Moshe Kahlon. Il venait du Likoud mais agacé par Bibi, il a monté son propre parti. C’était un parti pour les électeurs du Likoud qui n’aiment pas Bibi. Mais Kahlon est entré dans le gouvernement Netanyahu et continue de le soutenir. En 2015, il avait obtenu 7 à 8% des votes en 2015. Mais cette fois-ci, les sondages montrent qu’il risque de ne pas dépasser le seuil électoral nécessaire pour entrer à la Knesset (3.25%).

Je pense que les stratèges politiques lorgnent sur les électeurs de Kahlon. Voteront-ils à nouveau pour lui ? Probablement pas. Retourneront-ils au Likoud ? Certains. Mais beaucoup cherchent un nouveau foyer politique et si 2 à 3% des électeurs quittent la droite et se reportent sur Gantz, ça peut suffire à faire tomber Netanyahu.

Et c’est pour faire face à cette menace que Benyamin Netanyahu a pesé de tout son poids pour que l’extrême-droite s’unisse ? Le Foyer juif a ouvert sa liste à Otzma Yehudit (La Force juive), un parti ouvertement raciste se revendiquant du rabbin Meir Kahane qui avait été exclu de la Knesset. Avec cette alliance, le mouvement kahaniste pourrait faire son retour dans l’enceinte du parlement.

Netanyahu comprend les mathématiques électorales mieux que n’importe qui et il sait à quel point sa marge est faible: si un petit nombre de personnes change de camp, il est perdu. C’est pour ça qu’il a fait tous ces efforts pour intégrer les kahanistes. Il compte véritablement le moindre vote.

C’est incroyable à quel point cet homme, qui a été sur le devant de la scène politique depuis 30 ans, qui a participé à tant d’élections, se bat encore pour le moindre vote. Il sait qu’il peut perdre, il en a parfaitement conscience. Il veut croire qu’il peut rester Premier ministre pendant encore 20 ans, mais il sait qu’il est en permanence au bord du précipice.

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