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Syrie

Syrie: la reconquête de la province d'Idleb un enjeu primordial pour Damas

Des Syriens passent devant un bâtiment détruit par des frappes de l'armée syrienne et de ses alliés, près de la ville de Saraqeb, dans la province d'Idleb, le 7 mai 2019.
Des Syriens passent devant un bâtiment détruit par des frappes de l'armée syrienne et de ses alliés, près de la ville de Saraqeb, dans la province d'Idleb, le 7 mai 2019. Amer ALHAMWE / AFP

Ces derniers jours, le régime du président Bachar al-Assad et son allié russe ont mené des frappes aériennes dans la province d’Idleb. Cette région du nord-ouest de la Syrie est entre les mains de groupes jihadistes affiliés à al-Qaïda. Damas fait de sa reconquête un enjeu primordial. Problème : près de trois millions de civils s’entassent également dans ce territoire.

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Selon l'ONG Observatoire syrien des droits de l’Homme (OSDH), proche de l'opposition, 13 civils ont été tués dans des raids aériens du régime ou de son allié russe mardi 7 mai, visant entre autres des villages d'Idleb ou de la province voisine de Hama, au nord-ouest du pays.

« Rien que pour la semaine dernière, plus de 152 000 femmes, enfants et hommes ont été déplacés dans les provinces d'Idleb et d'Alep », a affirmé à l'AFP un porte-parole du Bureau de coordination des affaires humanitaires de l'ONU (Ocha), David Swanson.

Le président français Emmanuel Macron a exprimé son « extrême préoccupation » face à « l'escalade de violence » à Idleb, a-t-il tweeté mardi 7.

Avant lui, le secrétaire général de l'ONU, Antonio Guterres, avait exhorté les belligérants à protéger les civils, réclamant une « désescalade urgente »

« Entre le 29 avril et le 6 mai, au moins 12 installations médicales ont été touchées par des raids aériens (...) endommageant des infrastructures qui fournissaient des services de santé essentiels à plus de 100 000 personnes », déplore Ocha dans un communiqué. Ces installations ne fonctionnent plus, précise M. Swanson, ajoutant que trois travailleurs médicaux ont été tués dans ces attaques.

Selon l'Union des Organisations de secours et soins médicaux (UOSSM), une dizaine de structures de santé ont été détruites depuis fin avril dans la région d'Idleb, et une centaine de civils tués. Pour Ziad Alissa, président de l’ONG française agissant à l’international et spécifiquement en Syrie, « nous sommes devant une catastrophe humanitaire » où « il y a plus de blessés, plus de gens qui nécessitent ces hôpitaux et malheureusement, l’hôpital devient la zone la plus dangereuse en Syrie ».

Malheureusement, c’est une situation catastrophique, de nouveau il y a des bombardements aériens qui n’ont pas épargné les civils ni les centres médicaux. Là, il y a quatre hôpitaux qui ont été bombardés, six centres de soins primaires, en sachant que parmi les hôpitaux, il y a quand même des centres qui ont été signalés aux Nations unies sur leur GPS, pour que tous sachent qu'il s'agit d'un hôpital ou un centre de soins primaire. Cela veut dire que ce n’est pas par erreur ou par dommage collatéraux, ce sont vraiment des bombardements ciblés.

Pour Ziad Alissa, président de l'UOSSM, les hôpitaux ont été visés de façon délibérée

Selon Fadi el-Maari, militant de l’opposition syrienne présent à Idleb, la population déplacée converge en masse vers le nord du pays, près de la frontière turque, où la situation est calme : « La situation humanitaire va se dégrader surtout avec le début du mois de ramadan. Lorsque la situation sécuritaire se dégrade, cela devient compliqué de se déplacer. Mais les gens sont obligés de sortir pour s’approvisionner en nourriture, même s’ils sont la cible des avions et des hélicoptères de guerre russes ».

Les avions de combat et les hélicoptères russes mènent de violents raids aériens contre la province d’Idleb. Les bombardements ont repris il y a un peu plus d’une semaine. Chaque jour, il y a en moyenne 120 frappes qui ciblent notre région. Ils veulent nous mettre à genoux, mais ils n’y parviendront pas: les gens continueront de manifester ici pour rejeter toute présence russe sur notre territoire. Le régime et les Russes accentuent la pression à travers cette campagne de bombardements sauvages.

Fadi Al Maari, militant de l'opposition syrienne présent à Idleb, avance que le nombre de déplacés pourrait atteindre 300.000

Les ONGs craignent une opération de grande envergure

Ziad Alissa, président de l’ONG française l'Union des Organisations de secours et soins médicaux (UOSSM), craint une opération de grande envergure, alors que les choses s'étaient calmées ces derniers mois.

C’est vrai que suite à des accords, comme celui de Sotchi, tout le monde a cru que ça se calmait, il y a quand même des zones de désescalade, des zones sous contrôle turc, il y a l’accord entre la Turquie et la Russie, et tout le monde sur place commençait à respirer et revenir à une vie normale. Mais de nouveau, on voit ces bombardements. Cela veut dire que tous ces accords de cessez-le-feu sont de nouveau tombés à l’eau. Les gens là-bas ont tous peur et ne savent pas comment sera l’avenir, selon nos collègues sur place.

Pour Ziad Alissa, président de l'UOSSM, les civils seraient durement frappés en cas d'opération de grande envergure dans la région

Enjeux et perspectives

Idleb est une zone de tension créée de toutes pièces par le régime de Bachar al- Assad. Au fil de ses reconquêtes territoriales, avec la reprise d’Alep, de la Ghouta Orientale ou de Deraa par exemple, le régime y a acheminé population, opposants, groupes rebelles ou jihadistes, sans distinction. L’idée était de mener à terme une ultime opération militaire pour reprendre le contrôle de l’enclave et « liquider tous les terroristes », explique Damas.

L’offensive contre Idleb a été lancée à plusieurs reprises, mais a été interrompue à la suite d’un accord conclu entre Russes, Iraniens et Turcs, acteurs-clé du dossier syrien.

La Turquie du président Recep Tayyip Erdogan soutient certains groupes rebelles d’Idleb. Elle pèse de tout son poids pour éviter une déstabilisation à sa frontière et une nouvelle pression migratoire.

Pour leur part, les Occidentaux condamnent régulièrement les bombardements contre les civils dans cette région, mais ils n’ont aujourd’hui aucune marge de manœuvre. Ils sont devenus, essentiellement, des spectateurs sur ce front du conflit syrien.

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