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Syrie

Syrie: une «collaboration forcée» entre la Russie et la Turquie

Une patrouille russe dans la ville de Darbasiyah, au nord-est de la Syrie, près de la frontière turque le 30 octobre 2019.
Une patrouille russe dans la ville de Darbasiyah, au nord-est de la Syrie, près de la frontière turque le 30 octobre 2019. DELIL SOULEIMAN / AFP

Ce vendredi 1er novembre, les patrouilles conjointes entre les armées turques et russes dans la zone frontalière du nord-est de la Syrie ont débuté, après une collaboration prévue par les accords passés la semaine dernière.

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La Russie a annoncé dès mardi que les forces kurdes s’étaient totalement retirées d’une bande de 30 kilomètres de profondeur à la frontière syro-turque, ainsi que des régions de Manbij et de Tall Rifaat. La Turquie, qui a estimé que le retrait était « incomplet », entend vérifier par elle-même les annonces de Moscou en menant ces patrouilles conjointes.

Depuis le début de l’offensive, la Russie joue les médiateurs avec les forces kurdes, mais aussi avec le régime syrien, qui a repris pied dans ces territoires que ce dernier avait quittés il y a plus de sept ans.

Une collaboration possiblement temporaire

Cette mesure de patrouille conjointe entre la Russie et la Turquie déplait fortement au régime syrien, allié de la Russie, dont les forces se sont également déployées dans la région.

Certains craignent une annexion de facto d'une partie de la Syrie par la Turquie. Mais pour le général Trinquand, ancien chef de la mission militaire française auprès de l'ONU, cette collaboration risque de ne pas durer.

« Ça va être une mesure temporaire. Dans la négociation Erdogan-Poutine, Erdogan a perdu 300 kilomètres de frontière. On lui a laissé 120 kilomètres de frontière, mais en acceptant de le faire conjointement, pour être sûr de coordonner les choses. »

Le général Trinquand considère que c’est une mesure temporaire, car les Russes ne vont pas pouvoir admettre très longtemps que les Turcs soient en Syrie. « Il y a un moment où il faudra admettre que les Turcs doivent partir », précise-t-il.

« Il n’y a pas de bonne entente, il y a une collaboration forcée. Forcée pour les Turcs, parce qu’ils n’ont pas le choix, sinon ils se retrouvent face à la Russie. Forcée pour les Russes, parce qu’ils ne peuvent pas, aujourd’hui, concentrer tous les moyens contre l’armée turque. Arriver à écarter la Turquie de leur allié américain, pour eux c’est une victoire fantastique. Donc, ils doivent composer avec tout cela. »

L'ancien chef de la mission militaire française auprès de l'ONU considère qu'il n'y a pas de bonne entente, mais une collaboration dans l'intérêt majeur de l'un et de l'autre. « C’est quelque chose qui ne pourra pas durer très longtemps en Syrie. Cela ne veut pas dire qu’il n’y a pas une bonne collaboration entre les Russes et les Turcs par ailleurs. »

Principal danger : les groupes armés

En dehors de cette zone, les milices soutenues par Ankara ont affronté toute la semaine des forces du régime syrien. Ces groupes armés divers sont issus de la rébellion contre Bashar el-Assad. Pour le général Trinquand, ils représentent le principal danger de déstabilisation.

« Cette zone de contrôle doit normalement montrer que les Russes et les Turcs arrivent à contrôler. Malheureusement, en dehors de la zone, il est probable que les Turcs ne contrôlent pas tout à fait les milices et il peut y avoir beaucoup de dérapages. Il ne faut pas se leurrer, ce sont des jihadistes qui ont été armés par Ankara. »

Il considère par ailleurs qu'« Erdogan est un Frère musulman qui a été opposé à Bachar el-Assad et qui a armé des groupes jihadistes. Il a perdu la partie, mais il a récupéré un certain nombre de jihadistes qu’il a armés. Dans les zones dites libérées, on en revient à des applications de jihadistes avec des méthodes de voyous. »

À un certain moment, les Russes vont devoir montrer les biceps et probablement employer l’arme aérienne contre eux, estime le général Trinquand.

« Comme c’est dans le cadre de l’accord avec la Turquie, la Turquie verra bien qu’elle ne contrôle pas tout. Poutine pourra rediscuter avec Erdogan en lui disant que puisqu'il ne contrôle pas les choses, il pourrait reprendre le contrôle de la zone. »

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