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Iran

Sur les réseaux sociaux, les Iraniens partagent leur colère et leur inquiétude

Des automobilistes arrêtent leurs véhicules sur l'autoroute le 16 novembre 2019, à Téhéran pour protester contre la hausse des prix de l'essence.
Des automobilistes arrêtent leurs véhicules sur l'autoroute le 16 novembre 2019, à Téhéran pour protester contre la hausse des prix de l'essence. Nazanin Tabatabaee/WANA via REUTERS

En Iran, l’annonce de l’augmentation du prix du carburant a provoqué l’ire d’une population déjà asphyxiée par les sanctions et la crise économique. Face à l’ampleur des protestations, les autorités ont coupé internet. Sur les réseaux sociaux, la colère des Iraniens a laissé place à l’indignation des internautes face à la répression.

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« L’essence est en lien direct avec le porte-monnaie des Iraniens », écrivait le 15 novembre un Iranien sur Twitter. Pour lui, en effet, ce n’est que le commencement : « Vous pensez que cela se résume seulement à votre voiture ? Détrompez-vous, demain, tous les prix vont grimper. »

Cela a été la goutte d’eau qui a fait déborder le vase : vendredi, le Haut Conseil de coordination économique iranien (composé des chefs des trois pouvoirs exécutif, législatif et judiciaire) annonçait une hausse des prix de l’essence et un rationnement : « Sans préparer l’opinion publique, comment ils [le gouvernement] peuvent augmenter le prix de l’essence de 200% ? », se demande un internaute lui aussi sur Twitter.

À lire aussi : Iran : des arrestations après les violentes manifestations de ces derniers jours

Le but affiché du gouvernement était de reverser les bénéfices aux Iraniens les plus défavorisés, soit environ 60 millions de personnes, de lutter contre la contrebande et la surconsommation. Mais, alors que l’inflation à atteint 40 %, les Iraniens, harassés par la crise économique et les sanctions, ne croient plus aux promesses de l’État. « Oui, quels défavorisés vont bénéficier de ces aides ? Le Hezbollah, la Syrie, l’Irak, l’Afghanistan, le Yémen », s’interroge ainsi un internaute . « Rappelons-nous, la dernière fois, qu’ils ont augmenté le prix de l’essence, ils avaient prévu d’investir les bénéfices dans les transports publics » ironise une autre Iranienne.

Blocage de la circulation

Samedi, sur Instagram, Négin se désole déjà : « Je suis en dépression depuis deux jours, tellement j’ai peur pour l’avenir », écrit-elle. Faute de trouver du travail, beaucoup de jeunes sont chauffeurs de Snapp (le Uber iranien), ils sont donc directement concernés par la hausse du prix du carburant. Ainsi, dès samedi, la population est descendue dans les rues. Via l’application de navigation Waze, ils décident d’éteindre leur véhicule au milieu de la chaussée ou de l’autoroute bloquant ainsi la circulation. « Le défi de l’arrêt des véhicules a commencé », peut-on lire dans un message . « Éteignez vos voitures, allez jouer dans la neige avec votre famille jusqu’à ce qu’ils baissent le prix de l’essence », ajoute un autre. Sur Instagram ou sur Twitter, on pouvait ainsi voir de nombreuses vidéos ou photos d’embouteillages gigantesques . « Les gens sont clairement mécontents », affirme par téléphone Asal. Dans une vidéo, diffusée sur la messagerie sécurisée Telegram par l’observateur iranien Vahid Online, la population crie : « Nous n’avons plus d’argent, nous n’avons plus d’argent ». Sur cette autre vidéo, on peut voir une femme prendre la parole et demander aux manifestants de ne pas faire usage de la violence et de ne pas commettre d’actes de vandalisme. « Ces quatre dernières années, à part notre propre gouvernement, aucun groupe d’opposition n’a réussi à faire sortir en une nuit tout le peuple dans la rue ! », écrit un internaute sur Twitter.

Des émeutes dans tout le pays

Sur Instagram, le journaliste iranien, Hassan Shemshadi partage également une vidéo des protestations : « Ici, à Golestan, un rassemblement contre la hausse du prix de l’essence », précise-t-il. Dans les commentaires Mahmood est sceptique. Pour lui la hausse du prix est une diversion : « N’y a-t-il pas quelque chose de plus gros qui se passe en coulisse ? C’est trop bizarre », écrit-il. Zahra quant à elle s’interroge : « À Ispahan, ils brûlent tout et insultent le Guide et le gouvernement, ceux-là aussi c’est la population à votre avis ? ».

Rapidement, les protestations pacifiques se sont en effet transformées en émeutes. Sur certaines photos, on voit que les manifestants ont mis le feu à des banques. Selon une internaute, « plus de 140 banques ont été brûlées à Chiraz ». Dans son rapport, l’agence iranienne Fars News fait état d’une centaine de banques brûlées ou pillées dans une seule région, sans préciser laquelle. « Les manifestants s’attaquent également à des bâtiments administratifs », confirme par téléphone Mohsen. Le photographe iranien Ali Khara a également posté quelques photos des dégradations visibles à Téhéran sur sa page Instagram. Enfin, selon cette vidéo diffusée par Vahid Online, aux slogans anti-régime se mêlent des slogans en référence au soutien de la République islamique au Hamas et au Hezbollah : « Ni Gaza, ni le Liban, je me sacrifie pour l’Iran ».

L’Iran coupé du monde

Samedi, face à l’ampleur des manifestations - selon l’agence de presse Fars news, ils étaient 87 000 « manifestants et émeutiers » - le gouvernement a rapidement décidé de couper l'internet. Une manière d’empêcher la population d’organiser de nouvelles manifestations. Seul le réseau national est ouvert afin de permettre aux Iraniens d’utiliser les applications locales. « […] Ceci est la pire censure de toute notre histoire. L’arrêt total des relations avec le monde », affirme un internaute sur Twitter. L’Iran est donc isolé : « On ne peut même pas aller sur Google », dit Mohsen. « Sans Internet, nos vies sont arrêtées » ajoute Asal. À l’étranger, les familles s’inquiètent. Sur Instagram Saara réagit : « Cela fait deux jours que je suis sans nouvelles de ma famille de mes amis, de mon pays. »

En raison notamment de la coupure d'internet, il est très difficile de connaître le nombre exact de morts. Les médias officiels comptent cinq décès, dont quatre membres des forces de l’ordre. Le journal conservateur Tasnim rend hommage à l’un d’entre eux. Fars News parle dans son rapport de 1 000 arrestations. Cependant, des vidéos montrent que les autorités n’hésitent pas à réprimer les manifestants à balles réelles comme le montre cette vidéo :

ou encore celle-ci :

Le photographe iranien Ali Khara a également posté des photos de blessés soignés à l’hôpital : « Certaines personnes ont été blessées par des coups de feu », écrit-il. Des photos de corps gisants et de scènes de guerre sont également relayées sur Twitter. Les vérifications sont compliquées, mais Amnesty International évoque de son côté au moins 106 morts en quatre jours dans 21 villes.

L’opposition iranienne, la France et l’Allemagne ont réagi aux événements, rappelant le droit légitime de la population à protester. Reza Pahlavi, fils du dernier shah d’Iran, a également tweeté : « La seule solution est la chute de ce régime criminel et étranger aux intérêts de l’Iran. » Les États-Unis ont également apporté leur soutien à la population iranienne. En attendant, celle-ci vit à huis clos depuis plus de quatre jours.

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