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Iran

Iran: «Les gens sont pauvres, ils ne peuvent plus faire face à la situation»

Des manifestants pro-gouvernementaux brandissant des drapeaux et des portraits de l'ayatollah Khamenei, le 25 novembre 2019.
Des manifestants pro-gouvernementaux brandissant des drapeaux et des portraits de l'ayatollah Khamenei, le 25 novembre 2019. ATTA KENARE / AFP

Les moyens de communication sont progressivement rétablis après la coupure presque totale observée la semaine dernière, au moment où des manifestations avaient lieu pour protester contre la hausse du prix des carburants. L’organisation de défense des droits de l’homme Amnesty International estime que ces heurts ont fait « au moins 143 morts », Téhéran ne reconnaît que cinq victimes. RFI a pu recueillir le témoignage d’une habitante de la capitale iranienne.

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« Dans le centre et dans le nord de Téhéran, les rues étaient inhabituellement vides, rien à voir avec le trafic habituel. En fait, beaucoup de gens avaient peur de sortir de chez eux, peur de se retrouver coincés dans une manifestation », raconte cette habitante de Téhéran à propos des journées qui ont suivi le 15 novembre, date du début des troubles en Iran.

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Cette Iranienne souhaite rester anonyme, elle n’a pas participé aux manifestations et peut désormais témoigner car les réseaux internet et de téléphones portables recommencent à fonctionner, en tout cas dans la capitale. « Ma tante qui vit dans l’ouest de la ville m’a dit que chez elle il y avait tellement de gaz lacrymogène qu’ils n’arrivaient pas à respirer normalement dans l’appartement », dit-elle en évoquant aussi les vidéos de manifestations et d’incendies que lui ont montrées ses collègues.

« Tout le monde ressent un mélange de colère, de peine et de déception. Et pourtant, nous devons continuer à vivre », poursuit cette Iranienne pour qui « les gens sont particulièrement en colère d’avoir été privés d’un droit élémentaire, en étant ainsi coupés du monde extérieur. En colère aussi face à la propagande de la télévision publique et de tous les médias qui ont été catégoriques dans leur refus d’admettre la réalité. À savoir que les gens sont pauvres, ils sont démolis et ils ne peuvent plus faire face à la situation. »

Ce lundi 25 novembre, une grande contre-manifestation a été organisée à Téhéran en soutien aux dirigeants iraniens et pour dénoncer ce que le pouvoir qualifie « d’émeutes ». L’habitante de Téhéran jointe par RFI raconte avoir reçu un message non signé l’appelant à participer à ce rassemblement.

Tués, blessés et prisonniers

Les autorités iraniennes n’ont reconnu que cinq morts dans les troubles de ce mois de novembre. L’organisation de défense de droits de l’homme parle d’« au moins 143  » lors « d’une attaque épouvantable contre la vie humaine », redoutant un bilan « bien plus lourd ». L’organisation dit poursuivre son travail d’enquête. « Nous avons vérifié de nombreuses vidéos où l'on voit des membres des forces de sécurité tirer délibérément sur des manifestants qui eux n'étaient pas armés. Dans certains cas même, alors que les personnes étaient en train de fuir les forces de l'ordre », précise Mansoureh Mills, d'Amnesty International, jointe par RFI.

Iranien exilé en France depuis de longues années, l’écrivain Javad Djavahery dialogue de nouveau avec ses proches et ses contacts en Iran, même s’il trouve que les connexions sont encore très limitées et instables. « Les images et les messages commencent à arriver, on commence à mesurer l’ampleur de la répression que les Iraniens ont subie », dit-il en relayant les interrogations de ses sources sur « un nombre impressionnant d’arrestations. On s’inquiète du sort réservé à ces personnes. Compte tenu des antécédents du pouvoir, on peut craindre le pire ». Dans ses communications progressivement rétablies avec l’Iran, Javad Djavahery note « une certaine prudence que je ne sentais pas avant. Je trouve mes contacts apeurés et méfiants sur la confidentialité de leurs échanges ».

« Ingérence »

Les dirigeants iraniens considèrent que les manifestations de ces derniers jours ont été voulues et encouragées par les États-Unis. « Nous considérons cela comme une ingérence dans les affaires intérieures de l’Iran. Les dirigeants américains poursuivent leur politique hostile de pression maximale », a déclaré lundi 25 novembre le porte-parole du ministère iranien des Affaires étrangères, Abbas Mousavi, en invitant les pays étrangers à observer les contre-manifestations favorables au pouvoir. « Cette guerre est finie. Le coup de grâce a été porté » a lancé le commandant en chef des Gardiens de la révolution, le général Salami, aux nombreux manifestants pro-gouvernement rassemblés ce lundi à Téhéran.

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Aux États-Unis, Donald Trump a accusé Téhéran d'avoircoupé internet pour que le peuple « ne puisse pas parler de l'énorme violence qui se passe dans le pays ». Les États-Unis ont annoncé il y a quelques jours des sanctions contre le ministre iranien des Télécommunications Mohammad Javad Azari Jahromi, pour « son rôle dans la vaste censure d'internet » en Iran.

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