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Iran

En Iran, l’idée d’un «internet national» angoisse

Une jeune Iranienne montre son téléphone portable sans connexion internet à Téhéran, le 23 novembre 2019.
Une jeune Iranienne montre son téléphone portable sans connexion internet à Téhéran, le 23 novembre 2019. ATTA KENARE / AFP

Suite aux manifestations de la mi-novembre contre la hausse du prix de l’essence et à la répression féroce qui s’en est suivie, les Iraniens ont connu une coupure d’internet d’une dizaine de jours. Depuis, ils s’inquiètent du renforcement annoncé de l’internet national.

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Les autorités ne cessent de promettre la création de ce qu’elles appellent « l’internet national », pour laisser entendre qu'il ne serait plus utile d'avoir accès au réseau mondial.

« Quand internet était coupé, j’ai eu la sensation d’être en prison… J’ai la même sensation quand j’entends parler de la volonté de créer l’internet national et de couper l’internet international », explique un Iranien sur Twitter.

Ce sentiment, beaucoup l’ont exprimé dès le rétablissement du réseau : « Bonjour à la liberté ! Aujourd’hui l'internet est reconnecté au téléphone portable après 14 jours ! », s’exclamait le 28 novembre Mohsen*, contacté par téléphone.

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L’Iran comparé à la Corée du Nord

Depuis le black-out qui a suivi les manifestations contre le prix de l’essence, les discussions sur l’internet national vont bon train et devant l’éventualité d’une nouvelle coupure de l’internet mondial, la population est inquiète. Pour Zahra*, l’instauration de l’internet national « est une insulte aux Iraniens, parce que tout ce qu’on fait, on le fait avec le réseau mondial », affirme-t-elle, avant d’ajouter : « S’il y a un internet national, on sera comme la Corée du Nord. On ne pourra plus utiliser Google ou Gmail alors que plus de la moitié des Iraniens travaillent avec ». Certains internautes sont du même avis : « J’écris ici le hastag "Nous devenons la Corée du Nord". Comme ça, demain, quand on n’aura plus d’internet, il restera un souvenir de nous pour le monde », écrivent ainsi plusieurs d'entre eux.

Pourtant, selon Kavé Salamatian, professeur d’informatique à l’Université de Savoie, l’Iran ne deviendra jamais la Corée du Nord : « La Corée du Nord n’a aucune connexion avec le monde. Les Iraniens, eux, ont une vision claire de ce qu’il se passe à l’extérieur ». Pour lui, l’Iran se dirige plutôt vers le modèle chinois. « Un internet national […] avec des connexions vers l’extérieur lorsque cela est nécessaire », explique-t-il.

C’est d’ailleurs ce qu’a affirmé le président Hassan Rohani le 11 décembre : « Pourquoi voudrions-nous couper l’internet international ? Nous voulons qu’en parallèle à ce réseau mondial notre internet national aussi soit puissant […] pour que notre peuple ait les deux ». Mais les Iraniens sont sceptiques. « Coupez pour les mêmes raisons qu’il y a trois semaines, vous qui n’avez pas honte ! », répond ainsi un internaute en rappelant la coupure de mi-novembre.

La surprise du ministre

Sur les réseaux sociaux, c’est le ministre des Technologies de l'information et de la Communication, Mohammad-Javad Azari Jahromi, qui est le plus critiqué. Les internautes le tiennent pour responsable du black-out. Ainsi, cette Iranienne s’adresse directement au ministre en lui expliquant les conséquences néfastes de la coupure d’internet sur les petites entreprises.

Ali*, cofondateur d’une start-up iranienne, a récemment quitté l’Iran pour Londres et, selon lui, « compte tenu du climat d’insécurité psychologique qui a émergé, beaucoup d’investisseurs et entrepreneurs sont dans le doute et se demandent si […] c’est vraiment une bonne idée de travailler en Iran ou pas ». Les dommages sur l’économie iranienne sont en effet estimés à un milliard et demi de dollars au total, selon l’ancien responsable de la Chambre de commerce iranienne, Mohsen Jalalpour.

Dans ce contexte, « la surprise » annoncée le 9 décembre par Mohammad-Javad Azari Jahromi, plutôt que d’enthousiasmer les Iraniens, les a préoccupés. « Moi, j’ai sauvegardé tous les documents stockés sur Drive et Dropbox, je suis prêt pour la surprise », peut-on ainsi lire. « Cela fait quelque temps qu’on a tout le temps des surprises. Vous vous souvenez : un vendredi soir, il y a deux ou trois semaines ? », tweete un autre en référence à l’augmentation du prix de l’essence.

La révélation de la surprise devait se faire jeudi 12 décembre sur les réseaux. Elle concernait l’envoi de colis par des drones de la poste iranienne. Le ministre a par ailleurs affirmé entendre les demandes des Iraniens, notamment en ce qui concerne la censure de certains sites et applications. « J’espère que mes efforts pour l’annulation des filtrages vont porter leurs fruits. Mais bon, au niveau de la loi, je n’ai aucun pouvoir là-dessus », a-t-il avoué.

Les internautes, eux, n’ont pas attendu la révélation pour lancer un appel à bloquer le ministre sur Twitter. « Nous te faisons une surprise, nous te dégageons, ministre du sadisme, le peuple en deuil n’a pas besoin de surprise ! », écrit ainsi une internaute.

* Les prénoms ont été modifiés.

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