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Iran / Sports

La championne olympique Kimiya Alizadeh s’exile d’Iran et charge le régime

Kimiya Alizadeh, le 26 août 2016 à son retour à l'aéroport de Téhéran, est la première médaillée olympique iranienne.
Kimiya Alizadeh, le 26 août 2016 à son retour à l'aéroport de Téhéran, est la première médaillée olympique iranienne. peyman / ISNA / AFP

Sur le réseau social Instagram, la taekwondiste, seule médaillée olympique du pays, dit vouloir fuir « l’hypocrisie », « le mensonge » et « la corruption » de la République islamique. Elle ne dit pas où elle se trouve, mais précise qu’ « aucun pays d’Europe ne l’a invitée ».

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« Comment dois-je commencer : en vous saluant, en vous disant au revoir ou en vous présentant mes condoléances ? » Sous un portrait en noir et blanc publié samedi 11 janvier sur son compte Instagram, dans une longue légende écrite en persan, l’athlète iranienne Kimiya Alizadeh, 21 ans, explique avoir quitté l’Iran. La médaillée de bronze aux JO de Rio en 2016 critique ouvertement le régime de Téhéran.

L’Iran est plongé dans un contexte éruptif : manifestations de décembre réprimées dans le sang (300 morts et plusieurs milliers de blessés selon Amnesty), engrenage guerrier avec les États-Unis avec l'assassinat du général Soleimani, puis l’explosion du Boeing 737 de l’Ukraine International Airlines survenu mercredi après un tir accidentel selon les aveux de Téhéran. C’est à ce drame que la sportive fait allusion à travers ses condoléances : 82 de ses compatriotes se trouvaient à bord. Symboliquement, cette défection est un coup dur supplémentaire pour Téhéran.

► Lire aussi : le crash du Boeing d'Ukrainian Airlines suscite aussi la colère des Iraniens

Semblant lâcher un lest devenu trop lourd à porter, la sportive déroule : « Je ne suis ni une héroïne, ni un porte-drapeaux de l’Iran. Je fais partie des millions de femmes opprimées en Iran avec qui ils jouent depuis des années », explique-t-elle. « J’ai accepté de porter tout ce qu’ils voulaient que je porte » - le voile islamique est obligatoire pour les femmes dans l’espace public et c'est cheveux couverts que la jeune femme avait remporté la troisième place dans sa catégorie à Rio. « J’ai répété tout ce qu’ils m’ont dit de dire », lors des prestations télé où elle était invitée. « Pour eux, aucun d’entre nous n’est important. Nous sommes des instruments », assène-t-elle, accusant le régime d’utiliser « les médailles de métal » pour « servir leur propagande » et qui ne fait que « les humilier ».

À l'époque, l'agence Fars, proche des conservateurs, avait réagi ainsi après la victoire d'Alizadeh : « Kimia Alizadeh est l'avant-garde des femmes iraniennes. Quel honneur d'avoir ce titre, celui d'être la première. Aujourd'hui, c'est le jour de Kimia. La lionne de la terre d'Iran (...) Il faut être une femme pour ressentir avec toute sa chair et son sang ce moment de fierté. » Le très influent ayatollah Makarem Shirazi aurait quant à lui déclaré que la victoire en hijab était plus importante que la médaille.

Alizadeh demande « confiance » et « encouragements »

Depuis jeudi, la disparition de l’athlète, suivie par 378 000 abonnés à son compte Instagram, avait ému le pays. L'agence semi-officielle Isna titrait : « Choc pour le taekwondo iranien. Kimia Alizadeh a émigré aux Pays-Bas ». Le mot-dièse #Kimia_Alizadeh était l'un des plus partagés en persan jeudi sur Twitter.

« Cher peuple iranien endeuillé, je ne veux pas monter sur le podium du mensonge et de la corruption. Personne ne m’a invitée en Europe. Aucune vie facile ne s’offre à moi. Pourtant je m’apprête à accepter toutes les difficultés de l’exil parce que je ne veux pas rester dans une atmosphère d’hypocrisie, de mensonge, d’injustice et de flagornerie. Cette décision est plus dure à prendre qu’une médaille d’or olympique », écrit encore Alizadeh ce samedi, qui demande « confiance » et « encouragements » aux Iraniens, promettant de « rester une enfant de l’Iran, où que je sois ».

Sur Twitter, le député Abdolkarim Hosseinzadeh s'était insurgé de cette disparition, soupçonnant effectivement un exil, et demandait des comptes aux « responsables incompétents qui font fuir le capital humain » du pays. Il faisait un lien entre Alizadeh et Aliréza Firouzja (16 ans) et un des très grands espoirs des échecs au plan mondial qui pourrait bientôt jouer pour la France.

(Avec le service en persan de RFI pour la traduction)

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