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Vers un nouveau conflit entre forces syriennes et forces turques

Des civils syriens partent de la région d'Idleb pour la frontière turco-syrienne, le 6 février 2020 près de la ville de Deir Ballut.
Des civils syriens partent de la région d'Idleb pour la frontière turco-syrienne, le 6 février 2020 près de la ville de Deir Ballut. Rami al SAYED / AFP

Pour la deuxième fois en une semaine, les troupes de Bachar el-Assad ont tué des soldats turcs lundi 10 février près d’Idleb, dans le nord-ouest de la Syrie, et augmente le risque d’un nouveau conflit entre forces syriennes et forces turques. En parallèle, Damas et ses alliés poursuivent leur offensive contre les jihadistes et les rebelles, qui a fait environ 700 000 déplacés depuis le mois de décembre selon l’ONU.

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Des villes fantômes entièrement vidées de leur population : la machine de guerre syrienne écrase tout sur son passage, ayant pour objectif la reconquête de la province d’Idleb – actuellement contrôlée par des jihadistes et par des rebelles.

Quatre millions de civils s’entassent à Idleb, une bonne partie d’entre eux se retrouvent au milieu des combats, des frappes aériennes et des tirs d’artillerie. Sans choix, ils doivent fuir, explique Fadi el-Maari, militant de l’opposition syrienne.

« C’est la deuxième fois que ces populations sont déplacées, beaucoup ici à Idlib sont originaires de la Ghouta dans le sud du pays, explique-t-il. Et après avoir fui une première fois il y a quelques années ils cherchent désormais à trouver de nouveau refuge près de la frontière turque ou des territoires contrôlés par l’armée turque dans le nord du pays. »

Sur le terrain la situation est très mouvante et instable. Nous ne sommes pas présents nous-mêmes sur place à cause de la situation sécuritaire donc tout le travail humanitaire dépend des organisations syriennes locales, mais beaucoup de membres de ces organisations ont eux-mêmes été touchés par les combats et ont vu leur famille fuir. La grande majorité des gens se rapproche de la frontière turque. Comme vous le savez, la Turquie est l'un des principaux pays d'accueil des réfugiés syriens, donc la communauté internationale ne peut bien sûr pas s'attendre à ce que le pays assume ce nouveau poids tout seul. Pour le moment les gens n'entrent pas en Turquie, les familles ont fui dans le nord de la province d'Idleb et vivent chez des connaissances dans des camps ou des abris improvisés. Certains sont à la rue ou dorment dans leur voiture, ce qui est très problématique, car il fait froid. La situation actuelle est vraiment tragique.

La Turquie, proche des rebelles, contrôle une large bande de territoire syrien dans le Nord. Elle dispose également de douze postes militaires d’observation dans la province d’Idleb. Mais Damas souhaite visiblement mettre un terme à cette présence selon Fadi el-Maari.

« Ici, tout laisse présager qu’un nouveau conflit va opposer les forces du régime d’un côté, et les Turcs et les rebelles de l’autre, croit-il. Nous entendons les tambours de la guerre. »

Pour la deuxième fois en une semaine, les troupes de Bachar el-Assad ont tiré sur les soldats turcs. Ankara a déjà renforcé sa présence dans la région et déployé ses forces spéciales.


Ankara compte ses morts

Au moins cinq soldats turcs ont été tués ce lundi par des tirs d'artillerie du régime de Bachar el-Assad dans le nord-ouest de la Syrie lundi, selon le ministère turc de la Défense. Cinq soldats ont par ailleurs été blessés dans ces tirs, qui ont visé des positions turques dans la province d'Idleb, soumise depuis des mois à une offensive meurtrière du régime de Damas. La semaine dernière, huit personnels militaires turcs avaient déjà été tués à Idleb, provoquant une escalade des tensions entre Ankara et Damas.

Avec notre correspondante à Istanbul, Anne Andlauer

L’attaque a eu lieu près de la base aérienne de Taftanaz, dans l’une des zones où l’armée turque avait récemment renforcé sa présence pour tenter de contrer l’offensive du régime syrien sur Idleb.

Depuis début février, plus de 1 200 véhicules militaires, transportant notamment des chars et des soldats, ont traversé la frontière turco-syrienne pour entrer à Idleb. Leur mission : fortifier les douze postes d’observation turcs dans cette province, et établir de nouvelles lignes de défense. Ce déploiement de forces inédit – puisqu’il surpasserait les moyens mis en œuvre par l’armée turque lors de ses trois précédentes offensives en territoire syrien – intervient alors que le président Recep Tayyip Erdogan a lancé, la semaine dernière, un ultimatum à Bachar el-Assad : retirer ses troupes des abords des postes militaires turcs à Idleb d’ici fin février, ou affronter une opération de l’armée turque.

Que le régime syrien – et son allié russe – aient voulu tester les limites d’Ankara, ou qu’ils cherchent à provoquer un affrontement, ce nouvel incident signale que le risque d’un conflit entre les armées turque et syrienne à Idleb est de plus en plus probable. A moins qu’un compromis avec Moscou ne fasse baisser la tension. La mort des soldats turcs a d’ailleurs été annoncée alors qu’une délégation russe était à Ankara pour discuter du sort d’Idleb. La rencontre s’est achevée sans résultats.

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