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Coronavirus au Liban: le système de santé peut-il faire face?

Dans le quartier de Sabra à Beyrouth, le 22 mars 2020.
Dans le quartier de Sabra à Beyrouth, le 22 mars 2020. ANWAR AMRO / AFP

Jusqu’à présent, les mesures de strict confinement de la population ont permis de contrôler la propagation du virus au Liban. Mais le personnel hospitalier craint une explosion soudaine des contaminations. Un scénario catastrophe qui viendrait secouer un secteur de la santé déjà mis à rude épreuve par la crise économique majeure que traverse le pays.

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Selon le dernier bilan du ministère de la Santé, le Liban a enregistré 368 cas de contamination dont « seulement » 6 décès. « Le pays ne s’en sort pas trop mal comparé à d’autres, même s’il est impossible d’avoir des chiffres exacts », estime Zahi Abdul Sater, chercheur au Global Health Institute de l’Université Américaine de Beyrouth. « Les mesures de confinement ont été plutôt bien respectées et la population libanaise est jeune », explique-t-il. Au Liban, seulement 12 % de la population a plus de 60 ans, d’après les chiffres de l’ONU.

Si la plupart des cas recensés se concentrent autour de Beyrouth, l’inquiétude gagne le reste du pays. Dans la plaine de la Bekaa, plusieurs villages jusqu’alors épargnés par le coronavirus se barricadent. Les habitants ont mis en place des barrages et ont bloqué les routes pour interdire tout accès aux personnes étrangères à leur localité. Le Liban se prépare à une prolongation de la « mobilisation générale » et dans certaines villes du pays, les forces armées ont renforcé leurs patrouilles pour faire respecter le confinement.

« Etat d’alerte »

Pour le moment, la prise en charge des patients contaminés aux quatre coins du Liban est opérationnelle. 150 équipes de la Croix-Rouge libanaise sont mobilisées pour assurer les transferts jusqu’aux hôpitaux désignés par le gouvernement. Mais depuis deux semaines, les services de l’hôpital gouvernemental Rafic Hariri sont saturés. Le gouvernement a donc demandé à des hôpitaux privés, qui représentent 82 % de l’offre hospitalière au Liban, de se positionner en seconde ligne. Á l’Hôtel-Dieu de France, on s’attend et on se prépare au pire. « Dans les semaines à venir, ce que nous craignons, c’est que le pic épidémique n’en soit encore qu’à son début et qu’il tarde à venir. Et surtout qu’il soit très court. C’est à dire que nous nous trouvions dans la situation d’avoir beaucoup de patients en réanimation sans suffisamment de lits pour les accueillir du fait de ce pic de fréquentation », alerte Martine Orio, la directrice de l’hôpital.

Le service de réanimation commence à se remplir. Les équipes soignantes sont « en état d’alerte. Il y a une vraie fatigue du personnel. Les soins en réanimation sont lourds. Nous manquons de matériel de protection pour les soignants », poursuit-elle. Pour pallier au manque de moyens, l’hôpital en appelle à la solidarité des Libanais via une cagnotte en ligne. Les équipements de protection ne sont pas produits au Liban et leur importation est rendue très difficile à cause de la crise économique.

Manque de matériel

À 80 kilomètres de Beyrouth, dans les hôpitaux de Tripoli, la grande ville du nord, le personnel hospitalier est aussi sur le pied de guerre. Une quarantaine de cas de coronavirus ont été confirmés dans la région, mais déjà on s’attend à ce que ce nombre explose. En première ligne, des infirmiers angoissés comme Amine Al Khatib. « Tous les jours, près de 150 personnes viennent à l’hôpital pour se faire tester. Mais honnêtement, nos possibilités sont limitées. Les masques viennent à manquer dans le pays. Nous avons besoin d’équipements de base comme les respirateurs. Mais il n’y en a qu’une dizaine par hôpital. Sincèrement, si le nombre de cas venait soudain à exploser comme en Italie ou dans d’autres pays, on ne pourra pas contrôler la situation », s’inquiète le Tripolitain de 22 ans.

En plus du stress permanent, les infirmiers libanais voient leurs salaires diminuer à vue d’œil. Lundi, le Premier ministre Hassan Diab a promis des mesures pour protéger le personnel hospitalier. Mais dans un pays en défaut de paiement, les promesses sonnent creux face à une crise économique qui se double désormais d’une crise sanitaire. Le personnel hospitalier se demande comment l’État libanais paiera la note, alors que le budget du ministère de la Santé a été rogné de 7 % cette année. Mais pour le moment l’urgence est ailleurs : il faut soigner de plus en plus de malades.

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