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Coronavirus: Jérusalem confinée face au défi des fêtes religieuses

La police israélienne a arrêté un homme juif ultra-orthodoxe qui défiait les règles de confinement édictées par le gouvernement, à Jérusalem le 6 avril 2020.
La police israélienne a arrêté un homme juif ultra-orthodoxe qui défiait les règles de confinement édictées par le gouvernement, à Jérusalem le 6 avril 2020. Ronen Zvulun

Au cours des prochaines semaines, Jérusalem va être confrontée, dans sa lutte contre le coronavirus, aux célébrations de fêtes religieuses. La Pâque juive, qui débute ce mercredi 8 avril, sera suivie des célébrations chrétiennes de Pâques puis du Ramadan pour les musulmans. Trois fêtes qui attirent habituellement des milliers de personnes dans la ville sainte pour les trois religions.  Dans le contexte actuel, elles représentent un défi sanitaire majeur.

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De notre correspondant à Jérusalem, Guilhem Delteil.

Le calme de la vieille ville est saisissant : ses ruelles habituellement bourdonnantes sont aujourd’hui désertes. Les échoppes, à l’exception de quelques épiceries, sont fermées. Et, fait inhabituel pour un mois d’avril, les pèlerins sont absents. La Pâque juive, qui débute dans la soirée de ce mercredi 8 avril, ainsi que les célébrations de Pâques attirent chaque année des dizaines de milliers de personnes venues prier dans les lieux saints. Mais la pandémie de coronavirus change la donne. L’aéroport de Tel Aviv ne voit désormais atterrir qu’une poignée d’avions par jour et seuls les Israéliens, les Palestiniens ou les résidents étrangers sont actuellement autorisés à entrer. Les visiteurs ne sont, cette année, pas les bienvenus.

Couvre-feu

Mais les habitants locaux sont aussi contraints de repenser leurs traditions pour cette période de fêtes. Alors qu’un confinement est déjà en place depuis la mi-mars, des mesures plus strictes ont été annoncées par le Premier ministre israélien lundi 6 avril. Les déplacements non-essentiels étaient déjà interdits mais les règles ont été renforcées jusqu’à vendredi 10 avril : les contrôles de police sont multipliés et un couvre-feu sera même instauré ce mercredi après-midi jusqu’à jeudi matin, au moment du début des festivités de la Pâque juive. Nul n’aura alors le droit de se trouver à plus de 100 mètres de son domicile. 

Le gouvernement voulait éviter tout déplacement, que ce soit pour prier à Jérusalem ou pour fêter en famille. « Quand il s’agit de votre santé et de vos vies, citoyens d’Israël, il ne peut y avoir de raccourcis » a déclaré Benyamin Netanyahu, justifiant sa fermeté par les enseignements tirés de la fête de Pourim célébrée début mars. Si les grands carnavals avaient été annulés, de nombreux rassemblements ont tout de même eu lieu. « L’infection au virus s’est propagée dans de larges cercles » assure le chef du gouvernement. Avant d’enfoncer le clou : « Je vais le dire aussi clairement que possible : Pâque ne sera pas Pourim. »

Distance sociale

Les mesures annoncées par le gouvernement pour la Pâque juive concernent l’ensemble du pays. « C’est la première fois qu’une telle décision stratégique a été prise par le gouvernement en Israël » souligne Micky Rosenfeld, le porte-parole de la police israélienne. « Nous nous assurerons que les gens restent chez eux, qu’ils ne sortent pas, qu’ils ne se rassemblent pas, que les gens conservent une distance sociale de plus ou moins de deux mètres entre eux. C’est ça que nous allons faire appliquer » affirme-t-il. 

Mais certaines localités religieuses sont plus particulièrement visées. À Jérusalem, des quartiers seront fermés pour empêcher toute entrée et sortie. « Nous nous concentrons sur les zones les plus problématiques en termes d’augmentation du nombre de cas de coronavirus » explique Micky Rosenfeld. La communauté ultra-orthodoxe représente près de la moitié des cas de Covid-19 détectés en Israël et les règles de distanciation sociale imposées par le gouvernement n’y sont pas toujours strictement appliquées : la police a fait irruption ces derniers jours dans plusieurs synagogues où des prières étaient organisées, en infraction des réglementations actuelles.

Mais « la plupart des membres de la communauté, une fois que vous leur avez expliqué les réelles caractéristiques de la maladie, comprennent et restent à la maison », assure Tzippi Yarom, une journaliste du magazine ultra-orthodoxe Mishpacha. « Dans la plupart des quartiers, ils restent confinés. Ils prient à la maison et ils vont faire une petite célébration pour Pâque : c’est très triste mais c’est ce qu’ils vont faire pour la nuit du ‘séder’ », le rituel qui marquera mercredi soir le début de la Pâque juive.

La police israélienne veille à ce que tous les habitants de Jérusalem respectent les règles de confinement.
La police israélienne veille à ce que tous les habitants de Jérusalem respectent les règles de confinement. Ammar Awad/Reuters

Prières retransmises sur Internet

Le couvre-feu sera levé dès ce jeudi mais « des règles similaires seront appliquées pour les fêtes de nos frères et sœurs non-juifs » assure Benyamin Netanyahu. Les célébrations chrétiennes de Pâques sont également perturbées par la pandémie. Dimanche dernier, la traditionnelle procession du dimanche des Rameaux reliant le mont des Oliviers à la vieille ville a été annulée. Et actuellement, le Saint-Sépulcre, lieu supposé de la crucifixion et de la tombe de Jésus dans la tradition chrétienne, est fermé. 

Mais les trois églises qui en ont la gestion, l’église grecque orthodoxe, l’église catholique et l’église arménienne, ont demandé la réouverture du site pour y tenir des prières réservées à quelques membres du clergé. Tout en respectant les consignes sanitaires, elles tiennent à pouvoir célébrer Pâques. « Il n’y a pas de prière annulée. Pâques est une fête majeure : on ne peut pas jouer avec cela » juge Wadie Abunassar, l’un des représentants du Patriarcat latin de Jérusalem. Mais l’église s’adapte aux contraintes actuelles : « Le nombre de participants à ces prières sera réduit au plus strict minimum. Et elles seront diffusées en direct afin de permettre aux fidèles de suivre les prières » précise-t-il. Les négociations sont toujours en cours entre l’ensemble des églises chrétiennes et les autorités israéliennes.

Emissaires confinés dans l’avion

Les églises orthodoxes qui célèbreront Pâques une semaine plus tard que l’église romaine ont aussi annulé tous les rassemblements de foule habituels. La cérémonie du « feu sacré », qui rassemble habituellement une foule immense et compacte au Saint-Sépulcre et dans les ruelles de la vieille ville, devrait se tenir uniquement en présence de quelques dignitaires religieux. Habituellement, des émissaires de plusieurs pays où il existe une forte communauté orthodoxe viennent chercher un flambeau et le ramènent chez eux. Cette année, les émissaires ne sortiront pas de l’avion qui les amènent mais la flamme leur sera apportée à l’aéroport.

Le Ramadan sera la dernière fête religieuse célébrée au cours des prochaines semaines. Il débutera dans deux semaines. D’ici là, une autre évaluation de la situation sanitaire sera faite. Dans son allocution lundi soir, Benyamin Netanyahu a jugé qu’il y a « une réelle possibilité » que le confinement soit progressivement levé après la Pâque juive « si les tendances positives se confirment ». Il est toutefois peu probable que les habitudes ne soient pas là aussi chamboulées. Durant ce mois de jeûne, plus de 100.000 personnes viennent prier chaque vendredi à l’esplanade des Mosquées : un mouvement de foule difficilement imaginable dans un contexte de pandémie, même dans l’éventualité d’une amélioration de la situation. Mais pour éviter d’éventuelles tensions, toute décision devra être prise en concertation avec le gouvernement jordanien qui assure la gestion de ce lieu saint de l’islam.

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