Accéder au contenu principal

Gouvernement irakien: Moustafa al-Kazimi, l'homme de la dernière chance

En Irak, Moustafa al-Kazimi (à droite) a 30 jours pour réussir à former un gouvernement.
En Irak, Moustafa al-Kazimi (à droite) a 30 jours pour réussir à former un gouvernement. Presidency of the Republic of Iraq Office/Handout via REUTERS

Le président irakien a confié, ce jeudi 9 avril, au chef des renseignements, Moustafa al-Kazimi, la délicate tâche de former un gouvernement. Depuis la démission d'Abdel Mahdi il y a plus de quatre mois, les Premiers ministres se succèdent mais aucun n'arrive à trouver le soutien de la majorité du Parlement.

Publicité

Le chef des renseignements irakiens, Moustafa al-Kazimi, a accepté la mission que lui a confiée son président : former un gouvernement dans les 30 jours. Depuis la démission du Premier ministre Adel Abdel Mahdi il y a quatre mois, c'est la troisième fois que la cérémonie se répète. L’ancien gouverneur de Najaf, Adnane Zorfi, est le dernier à avoir relevé le défi. Il n'a tenu que trois semaines avant d'être poussé vers la sortie par une grande partie de la scène politique. Ce jeudi, Mustafa al-Kazimi était entouré de plusieurs figures politiques, absentes les fois précédentes, comme un message d’unité derrière un homme qui se doit de réussir là où deux autres ont échoué.

Un fin négociateur 

Moustafa al-Kazimi, 53 ans, est à la tête des services de renseignements depuis quatre ans. À la sortie de la guerre contre l’organisation État islamique, son nom avait déjà circulé pour le poste de Premier ministre après les législatives de 2018. Il semblait alors naturel de confier la reconstruction à celui qui avait grandement œuvré pour la victoire contre le groupe terroriste. Jugé trop proche des États-Unis, sa candidature, soutenue par le grand ayatollah Ali Sistani, avait cependant été rejetée par Téhéran et ses partisans irakiens.

Depuis, ce fin négociateur, ancien avocat et journaliste, a su tisser de nouveaux liens. Il y a quelques semaines, il était accusé par les factions pro-iraniennes les plus radicales d’avoir participé à l’assassinat du général iranien Qassem Soleimani, orchestré par les États-Unis en janvier dernier. Des accusations rejetées par Téhéran. Ces derniers jours, les réunions en vue de la nomination de Moustafa al-Kazimi se sont multipliées. Se trouvait parmi les participants le successeur de Qassem Soleimani lui-même, le général Ismael Qaani, aujourd’hui à la tête des forces Al-Qods et des opérations extérieures de la République islamique.

L’homme du compromis

Alors que son prédécesseur Adnane Zorfi était encore en train de lutter pour proposer un gouvernement, les factions chiites pro-Iran du Parlement irakien ont donc unilatéralement décidé de choisir Mustafa al-Kazimi comme futur Premier ministre. Dimanche dernier, le chef des renseignements était déjà soutenu par un tiers des sièges des députés. Trois jours plus tard, les principaux partis kurdes et arabes sunnites lui assuraient publiquement leur appui.

L’Irak a toujours été au cœur de guerres d’influences. Un Premier ministre aux multiples alliés pourrait donc être une solution pour apaiser notamment les tensions entre Téhéran et Washington sur le sol irakien. Les deux grandes puissances ne sont pas seules dans la liste de contacts de Mustafa al-Kazimi. Il est également très proche du prince héritier saoudien Mohammed ben Salman et, en tant que chef des renseignements, il a su multiplier les rencontres avec les différents membres de la coalition internationale en guerre contre l’organisation État islamique.

Un enjeu de taille

Mustafa al-Kazimi risque en revanche de ne pas obtenir le même soutien de la part de la rue. Il est, comme ses deux prédécesseurs, un produit du système que les manifestants rejettent depuis octobre dernier. La répression de ce mouvement a fait des centaines de morts et des milliers de blessés. Aujourd’hui, la propagation de l’épidémie de coronavirus a obligé les Irakiens à délaisser les rues pour se cloîtrer chez eux, mais la colère continue de monter, nourrie notamment par l’incapacité des autorités à organiser une réponse sanitaire correcte. Le pays a été frappé de plein fouet par la récente chute du prix du pétrole et beaucoup d’Irakiens, confinés, sont privés de revenus.

Pour l’heure, c’est l’ancien Premier ministre démissionnaire, Adel Abdel Mahdi, qui tente de tenir la barre dans la gestion de la grave crise sanitaire, politique et économique à laquelle doit faire face le pays.

Bien que Moustafa al-Kazimi semble davantage soutenu que ses prédécesseurs, la vie politique irakienne est souvent marquée par des retournements et des imprévus. Certains parient d’ailleurs sur son échec dans les 30 jours qui lui sont alloués. Dans ce cas, Adel Abdel Mahdi pourrait finalement rester au pouvoir jusqu’aux prochaines législatives, prévues en 2022.

NewsletterRecevez toute l'actualité internationale directement dans votre boite mail

Page non trouvée

Le contenu auquel vous tentez d'accéder n'existe pas ou n'est plus disponible.