Accéder au contenu principal
Série

Irak: le coronavirus, une crise qui s’ajoute à d’autres crises

Un manifestant durant un rassemblement anti-gouvernement sur le pont Al-Jumhuriyah, à Bagdad, en Irak, le 10 mai 2020.
Un manifestant durant un rassemblement anti-gouvernement sur le pont Al-Jumhuriyah, à Bagdad, en Irak, le 10 mai 2020. AHMAD AL-RUBAYE / AFP

En Irak, le nombre de cas de Covid-19 reste limité comme dans beaucoup de pays du Moyen-Orient. Mais les conséquences économiques de cette crise sanitaire s’annoncent catastrophiques dans un pays déjà fragilisé.

Publicité

L’Irak a recensé à ce jour 3 877 cas de contamination au Covid-19 et 140 morts, selon les chiffres de l’université Johns-Hopkins. Même si l’ONU estime que ces chiffres pourraient être sous-évalués, en raison notamment du nombre limité de tests dans ce pays de 40 millions d’habitants, « les autorités ont plutôt bien géré la crise », estime Caroline Séguin, chargée du Moyen-Orient au sein de Médecins sans frontières (MSF). Des mesures ont été prises très rapidement mais le pire reste peut-être à venir, « avec le relâchement de ces mesures et les différents défis auxquels le nouveau gouvernement doit faire face : une grave crise économique et une recrudescence des violences dans le pays ».

Premiers cas et premières mesures

24 février - Premier cas officiel de coronavirus confirmé à Nadjaf, la ville sainte chiite située à 160 km au sud de Bagdad. Il s’agit d’un étudiant iranien. L’Irak a fermé quelques jours plus tôt sa frontière avec l’Iran, premier pays touché au Moyen-Orient par le Covid-19.

27 février - Les écoles, les universités et les cinémas ferment à Bagdad. D’autres événements comme les rassemblements religieux sont interdits.

4 mars - Premier décès en Irak dû au Covid-19, un imam du Kurdistan âgé de 70 ans. Le nombre de cas augmente pour atteindre progressivement les 18 gouvernorats d’Irak.

13 mars - Début du couvre-feu au Kurdistan. Le gouvernement autonome kurde, dans le nord de l’Irak, décrète un couvre-feu temporaire, renforcé début avril après l’explosion de contaminations due vraisemblablement à deux cérémonies funéraires.

Pendant ce temps, les violences continuent

Les autorités irakiennes doivent faire face à l’apparition du Covid-19 mais doivent aussi gérer les violences qui continuent.

11 mars - Deux Américains et un Britannique sont tués par des tirs de roquettes sur la base militaire de Taji, au nord de Bagdad. Deux jours plus tard, les États-Unis mènent en représailles des frappes aériennes sur plusieurs sites du sud de l’Irak, visant notamment des dépôts d’armes de Kataeb Hezbollah, une milice pro-iranienne considérée comme responsable de l’attaque. Mais cinq membres des forces irakiennes et un civil sont tués, selon l’armée irakienne qui condamne les frappes aériennes américaines.

20 mars - La coalition anti-jihadiste menée par les États-Unis annonce le retrait de certaines troupes à cause du coronavirus. Les exercices de formation ne sont plus possibles. Les Britanniques et les Français annoncent leur retrait dans les jours qui suivent.

22 mars - Couvre-feu généralisé dans le pays après l’annonce du décès de 20 personnes et 233 contaminations. Le couvre-feu était déjà en vigueur dans certains endroits, mais il est étendu à tout le pays. Les déplacements sont interdits. Les établissements scolaires et universités ainsi que les aéroports ferment.

Les médias sur la sellette

14 avril - À Bagdad, l’agence de presse Reuters se voit révoquer sa licence dans le pays pour 3 mois, pour avoir affirmé que le nombre de cas était plus important que les chiffres officiels. L’agence doit également s’affranchir d’une amende.
Au Kurdistan irakien, au moins 4 journalistes sont arrêtés au mois d’avril, selon Reporters sans frontières. Ils sont accusés par le gouvernement autonome de répandre de fausses informations. Ils avaient critiqué la gestion de la crise par les autorités.

2 mai - L’EI reprend des forces. L’organisation État islamique avait annoncé vouloir profiter de la pandémie de coronavirus pour multiplier les attaques. Ce 2 mai, dix combattants paramilitaires intégrés aux forces régulières irakiennes sont tués par des jihadistes de l’EI au nord de Bagdad, selon les troupes irakiennes qui enregistrent leurs plus lourdes pertes depuis des mois.

6 mai - Trois roquettes sont tirées sur le secteur de l'aéroport de Bagdad, à l'arrêt à cause du Covid-19. Il s'agit des premiers tirs visant cette zone depuis l'attaque de drone américaine qui avait tué en janvier le puissant général iranien Qassem Soleimani et l'Irakien Abou Mehdi al-Mouhandis, chef adjoint du Hachd al-Chaabi, coalition de forces dominées par des paramilitaires pro-iraniens et désormais intégrée à l’armée irakienne.

Un nouveau gouvernement irakien et de multiples défis

7 mai - Après cinq mois de vacance du pouvoir, l'Irak se dote enfin d'un nouveau gouvernement. Devant des députés masqués et gantés en raison du coronavirus, le Premier ministre Moustafa al-Kazimi, ancien chef du renseignement âgé de 53 ans, prête serment avec 15 ministres, même si plusieurs postes clés comme ceux des Affaires étrangères et du Pétrole, ne sont pas pourvus.

Le nouveau gouvernement doit faire face à trois défis de taille :
→Lutter contre le coronavirus. Même si le bilan humain reste modéré, comparé à d’autres pays, certains s’inquiètent d’une recrudescence de l’épidémie. Le confinement n’est pas toujours strictement respecté. Caroline Séguin, responsable du programme Moyen-Orient au sein de MSF, craint « un relâchement » des mesures durant le ramadan. Selon elle, les cas ont augmenté début mai à Bagdad.

→Des conséquences économiques désastreuses : le pays, déjà à genou économiquement, voit ses revenus pétroliers divisés par cinq suite à la crise du coronavirus, alors que l’or noir est une des principales sources de revenus pour l’Irak, 2e pays producteur de l’Opep. Le gouvernement doit aussi faire face à un chômage massif, aggravé par le confinement de la population. Il devra trouver des solutions, au risque de déclencher à nouveau la colère populaire.

→Une recrudescence des violences : selon Myriam Benraad, politologue, spécialiste de l’Irak, le 3e défi auquel le gouvernement devra s’atteler sera de « juguler la violence sur le terrain avec la reprise des attaques jihadistes et surtout des milices chiites qui sont devenues largement hors de contrôle ».

10 mai - Reprise de la contestation sociale. De petites manifestations émaillées de brefs heurts avec la police ont lieu dans plusieurs villes d'Irak, dont Bagdad. Les protestataires veulent envoyer « un message » au nouveau gouvernement afin que leurs revendications soient prises en compte. Les jeunes Irakiens avaient lancé un large mouvement de contestation le 1er octobre 2019 pour réclamer la fin de la corruption, des emplois et des services publics décents. Une révolte réprimée dans le sang avec plus de 550 morts.

L’apparition du coronavirus a mis en sommeil ce mouvement de contestation mais, pour Myriam Benraad, « cela ne veut pas dire que la colère sociale a disparu ».

NewsletterRecevez toute l'actualité internationale directement dans votre boite mail

Page non trouvée

Le contenu auquel vous tentez d'accéder n'existe pas ou n'est plus disponible.