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Boycott du Qatar: trois ans après, le statu quo

Doha, la capitale du Qatar.
Doha, la capitale du Qatar. © RFI/Éric Bataillon

Le 5 juin 2017, l'Arabie saoudite, les Émirats arabes unis et Bahreïn ont rompu leurs relations avec leur voisin, le Qatar. Trois ans plus tard et malgré les tentatives de médiation du Koweït et du sultanat d’Oman pour trouver une issue à la crise, le Qatar est toujours isolé au sein du Conseil de coopération du Golfe dont le siège est basé à Riyad.

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De notre correspondant à Dubaï,

Trois ans après le boycott du Qatar, le Conseil de coopération du Golfe – qui fêtera son quarantième anniversaire l‘année prochaine – est toujours aussi divisé. L‘organisation serait même « fonctionnellement morte », estime le chercheur indépendant Nabeel Nowairah.

Car le 5 juin 2017, l‘Arabie saoudite, les Émirats arabes unis et Bahreïn, rejoints par leur allié égyptien, ont rompu unilatéralement leurs relations diplomatiques et économiques avec le Qatar. Le minuscule émirat gazier est accusé d‘une trop grande proximité avec les deux ennemis jurés de Riyad, d'Abou Dhabi et de Manama : l'Iran et les Frères musulmans.

La tentative d'isolement

Concrètement, ce boycott s’est traduit par la fermeture des espaces aériens et maritimes aux avions et aux navires en provenance ou en direction de Doha. Les effets d‘une telle mesure n‘ont pourtant pas été dévastateurs pour son économie, même si environ 60% des importations du Qatar transitaient par les pays à l‘origine du boycott.

Selon Nabeel Nowairah, les dirigeants du richissime émirat ont en effet « pris des mesures diplomatiques, militaires et économiques rapidement pour passer la crise ». Le Qatar a, par exemple, trouvé d‘autres alliés dans la région à l'instar de la Turquie, et a aussi amélioré ses infrastructures, notamment en matière d'approvisionnement alimentaire. L'émirat est donc aujourd'hui « beaucoup moins dépendant aux autres pays du Conseil de coopération du Golfe », poursuit l‘analyste.

Cette position rend toutefois l'émirat « moins enclin à négocier une sortie de crise ». Le Qatar, invoquant sa souveraineté, a d‘ailleurs toujours refusé de se conformer aux treize demandes émises par l‘Arabie saoudite, les Émirats arabes unis et Bahreïn. Celles-ci comprenaient notamment la fermeture de la chaîne de télévision qatarienne Al Jazeera.

Par ailleurs, « rien n'indique non plus que l'Arabie saoudite, les Émirats arabes unis ou Bahreïn soient sur le point d'assouplir leur position contre le Qatar », estime Giorgio Cafiero, PDG du Gulf State Analytics, une société de conseil en risques géopolitiques basée à Washington.

Le statu quo

La coordination entre les pays du Golfe pour endiguer la propagation du Covid-19 dans la région l'illustre d‘ailleurs. Même si des représentants qatariens ont participé aux réunions virtuelles du Conseil de coopération du Golfe sur la question, le Qatar avait préalablement accusé l‘Arabie saoudite en février dernier de ne pas avoir accordé en temps et en heure un visa à la ministre de la Santé lors d‘une réunion à Riyad.

En parallèle, diverses rumeurs sur les réseaux sociaux ont envenimé la situation. À commencer par celle d‘un coup d‘État au Qatar à la suite de la diffusion le 4 mai d‘une fausse vidéo sur Twitter, par un compte sans abonnés et avec un portrait du roi Salman d’Arabie saoudite en photo de profil. D‘autres rumeurs, démenties par Doha, évoquaient quant à elles l‘intention du Qatar de quitter le Conseil de coopération du Golfe.

La crise du Golfe, avec toutes ses ramifications, est ainsi « devenue très difficile à résoudre et toute résolution sous la pression internationale ne sera que superficielle et ne s'attaquera pas aux causes profondes du conflit », avertit Nabeel Nowairah, qui est aussi l'auteur d'un article pour « repenser la politique américaine à l'égard du Conseil de coopération du Golfe fracturé ».

La médiation et les espoirs

Certains observateurs prédisaient pourtant une possible sortie de crise en fin d‘année dernière. Des signes d‘apaisement avaient en effet été envoyés par Riyad, Abou Dhabi et Manama. Lors de la dernière édition en date de la Coupe du Golfe des nations qui se déroulait au Qatar, la participation des sélections nationales de football de l‘Arabie saoudite, des Émirats arabes unis et de Bahreïn avait été remarquée. L'équipe bahreïnie a d'ailleurs remporté la compétition face à l'Arabie saoudite et a reçu le trophée des mains du cheikh Tamim ben Hamad al-Thani. La présence de l'émir du Qatar au sommet du Conseil de coopération du Golfe à Riyad en décembre dernier avait aussi été évoquée. Mais le Qatar avait finalement été représenté par son Premier ministre.

Dans ce contexte, les deux autres pays du Conseil de coopération du Golfe – à savoir le Koweït et le sultanat d'Oman – poursuivent les médiations pour mettre un terme à la crise. À l‘approche du troisième anniversaire du boycott, le Premier ministre koweïtien s'est d‘ailleurs exprimé : « Les tentatives se poursuivent et les espoirs sont plus grands qu'auparavant. Nous avions l'habitude d'avancer d'un pas et de reculer ensuite de deux pas en arrière. Mais maintenant, si nous avançons d'une étape, elle est suivie d'une autre étape ».

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