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Reportage international

Au Caire, le réaménagement de la place Tahrir ne fait pas l'unanimité

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Vue aérienne de la place Tahrir au Caire, avant le début des travaux.
Vue aérienne de la place Tahrir au Caire, avant le début des travaux. AFP/Mohamed el-Shahed

Les autorités égyptiennes s’activent pour transformer la place Tahrir, symbole du printemps égyptien. Espaces verts, palmiers et œuvres de l’Égypte ancienne devraient bientôt donner un nouveau visage à la place. Pas question en revanche pour le régime actuel de commémorer la révolution.

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Marteaux piqueurs, grues et tôles ondulées, la place Tahrir est un vrai chantier. Neuf ans après la révolution du 25 janvier, le gouvernement ne lésine pas sur les moyens pour métamorphoser ce lieu. Symbole depuis 2011 de la résistance des Égyptiens à la dictature.

Le musée d’égyptologie, couleur saumon, trône lui inchangé sur la place. Sa directrice, Sabah Abdel Razek, n’est pas très à l’aise quand elle évoque les transformations à l’œuvre. « Tout est en train d’être rénové sur la place Tahrir, car elle est très connue depuis 2011. Un obélisque va être installé au milieu de la place. Mais on ne va pas construire un monument pour commémorer cette révolution, non », dit-elle. 

Des choix de rénovation qui ne font pas l’unanimité

Et pour cause, le Caire n’est en ce moment pas enclin à célébrer le renversement des raïs… La décision des autorités d’installer sur la place un obélisque et des Sphinx à têtes de bélier – qui risquent de s’abîmer – ne fait pas l’unanimité. Mais ce n’est pas le seul problème.

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Pour cette guide touristique, qui arpente les rues de la capitale depuis trente ans, il y a une volonté politique très nette de modifier Tahrir, dont le nom en arabe signifie « libération ». « Je crois qu’ils essayent de changer son aspect. Au lieu de rester la place où il y a eu la révolution qui a quand même été un symbole, ils veulent un peu cacher ça pour lui donner un autre aspect. Car je ne vois pas le rapport entre les Sphinx, les béliers et la révolution », déclare-t-elle.

La volonté du régime d’imprimer sa marque

Nezar AlSayyad, professeur d’architecture et d’urbanisme à l’université de Berkeley en Californie en est lui aussi convaincu. Il commente les styles différents de la place Tahrir : le grand bâtiment administratif de Mogamma à l’allure soviétique, la Ligue arabe et ses motifs islamiques, où encore l’hôtel Hilton et son style moderne. Selon Nezar AlSayyad chaque régime a imprimé sa marque à la place. Le lieu, aujourd’hui sous haute surveillance policière, est aussi représentatif du pourvoir actuel.

« Pour repenser la place, ils ont fait appel à un designer qui n’a aucune expérience dans la conception des espaces publics », déplore-t-il. Puis d’ajouter « Au contraire, il est le concepteur d’un magnifique, vraiment magnifique complexe résidentiel, mais aussi des très grandes maisons de luxe habitées par des buisnessmen parmi les plus connus d’Égypte. Mis à part les transformations les plus importantes de la place Tahrir, l’une des décisions qu’ils ont prises par exemple, c’est d’uniformiser la couleur de tous les immeubles qui se trouvent sur la place. Du coup ça ressemble à un compound, une résidence du gouvernement et non pas à un espace public qui appartient à la population. »

Mais il est bien plus facile de ravaler les façades que d’effacer les mémoires. La place Tahrir avec ou sans Sphinx reste pour les Égyptiens unanimement associée à la révolution du 25 janvier.

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