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Rendez-vous culture

L’écrivaine turque Asli Erdogan revisite «L’Enlèvement au sérail» de Mozart

Audio 06:14
La représentation de «L'Enlèvement au sérail» de Mozart au Grand Théâtre de Genève.
La représentation de «L'Enlèvement au sérail» de Mozart au Grand Théâtre de Genève. Carole Parodi

« L'Enlèvement au sérail » de Mozart, opéra truffé d’orientalismes très en vogue au XVIIIe siècle, renaît de ses cendres. Le metteur en scène belge Luk Perceval et l'écrivaine turque Asli Erdogan, militante des droits de l’homme, proposent une relecture profondément humaine au Grand Théâtre de Genève.

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L'écrivaine turque Asli Erdogan – sans lien de parenté avec le président turc Erdogan - est aussi une militante pour les droits de l'homme, et des femmes. Opposante résolue au régime de Recep Tayep Erdogan, cette écrivaine emprisonnée en 2016 pour son soutien aux Kurdes est aujourd’hui exilée en Allemagne.

Née en 1967, à Istanbul, elle était au début des années 1990 la première étudiante turque en physique au Centre européen de recherche nucléaire (Cern), à Genève, en Suisse. C'est là qu'elle a commencé à rédiger des textes qui viennent aujourd’hui remplacer entièrement les dialogues de cet opéra mozartien. Quoi de plus logique que de monter cette production radicalement nouvelle au Grand Théâtre de Genève.

Libérer l’opéra des turqueries

C'est au bord du lac Léman qu'Asli Erdogan a conçu, à 25 ans, son premier recueil de nouvelles parlant de sa vie en terre étrangère, Le mandarin miraculeux. Il fallait un miracle afin de libérer cet opéra des turqueries qui faisaient rage au XVIIIe siècle et où l’on était à des années de lumières du politiquement correct.

« L’Enlèvement au sérail est très problématique aujourd’hui, explique Aviel Kahn, le directeur du Grand Théâtre de Genève, surtout pour les textes assez étranges et infantiles. L’œuvre parle de femmes emprisonnées en Turquie par un pacha. Et on va être confronté à des airs de Mozart extrêmement sérieux et profonds, avec des textes qui parlent de la mort, de manque d’amour, de solitude, d’être enfermé, d’aller en guerre, de combattre la vulgarité, la brutalité, qui normalement sont complètement mis en relativité par cette comédie boulevardesque. Donc, cela change complètement le message de l’œuvre. » Pour Asli Erdogan, cet opéra raconte « l’histoire des humains, qu’ils soient noirs, migrants ou exilés. »

L’écrivaine turque Asli Erdogan lors de la présentation de l’opéra « L’Enlèvement au sérail » au Grand Théâtre de Genève.
L’écrivaine turque Asli Erdogan lors de la présentation de l’opéra « L’Enlèvement au sérail » au Grand Théâtre de Genève. © Carole Parodi

Libérer sa bien-aimée des griffes du pacha

Sur scène, tout ce monde cosmopolite sorti de la plume d'Asli Erdogan tourne autour d'une cage en bois qui tourne autour d'elle-même. Une image chargée de métaphores, conçue par le metteur en scène Luk Perceval. « J’avais tout de suite une vision d’une ville qui court au travail, à l’école… qui est toujours en retard. Et, tout à coup, cette mélodie s’arrête. À ce moment, je voyais dans cette masse des vieillards qui n’ont plus de futur, des gens qui ont seulement le passé. »

Ce passé est incarné par des acteurs qui doublent la troupe de jeunes solistes mozartiens, dont fait partie l'étoile montante de la scène française, le ténor Julien Behr alias Belmonte, le héros censé de libérer sa bien-aimée des griffes du pacha.

« Je ne saurais vous dire si je suis effectivement le Belmonte, parce que le "vrai", c’est Joris Bultynck, le comédien qui récite machinalement des textes un peu amers sur la société. Moi, je me suis trouvé être son ange gardien, son âme, en tout cas l’expression la plus pure de ses émotions, qui est donc la musique et le chant. C’est un Belmonte qui se tient à la partition, mais qui fait l’écho et la suite des textes récités par le comédien qui, dès que la musique s’arrête, repart dans sa torpeur et son amertume. »

Scène de l’opéra « L’Enlèvement au sérail », revisité par le metteur en scène Luk Perceval et l’écrivaine Asli Erdogan, au Grand Théâtre de Genève.
Scène de l’opéra « L’Enlèvement au sérail », revisité par le metteur en scène Luk Perceval et l’écrivaine Asli Erdogan, au Grand Théâtre de Genève. © Carole Parodi

L’humain et la musique

Et il y a des paroles qu'on n'a pas l'habitude d'entendre à l'opéra. Qu'est-ce qui reste alors de L'Enlèvement au sérail, dépouillé de ses dialogues, de son cadre orientaliste et de son histoire ? Les valeurs universelles telles que l'humain et la musique.

« C’est un spectacle d’après Mozart, remarque Fabio Biondi, chef d’orchestre et spécialiste du répertoire, mais sur des thèmes existentiels aujourd’hui. La fin, ce n’est pas la libération des prisonniers. La musique reste lumineuse. Donc, il y a toujours une espèce d’espoir. » Pour Asli Erdogan, « l’histoire nécessite un courage plus grand que tout ».

« Oser l'espoir », c'est le fil rouge de la saison du Grand Théâtre de Genève, inspiré par Asli Erdogan qui a osé changer l'histoire d'un opéra à travers des mots crus, sincères, empreints d'une profonde mélancolie afin de remettre l'œuvre au cœur de l'émotion et de rendre les turqueries de Mozart résolument contemporaines.

Scène de l’opéra « L’Enlèvement au sérail », revisité par le metteur en scène Luk Perceval et l’écrivaine Asli Erdogan, au Grand Théâtre de Genève.
Scène de l’opéra « L’Enlèvement au sérail », revisité par le metteur en scène Luk Perceval et l’écrivaine Asli Erdogan, au Grand Théâtre de Genève. © Carole Parodi

► L'Enlèvement au sérail de Mozart, revisité par un duo insolite, Luk Perceval et Asli Erdogan. Une production radicalement nouvelle, à découvrir au Grand Théâtre de Genève jusqu'au 2 février.

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