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La semaine de

L'Afrique et le Brexit : tant de leçons !

Audio 05:09
Jean-Baptiste Placca.
Jean-Baptiste Placca. RFI

L'Europe, à présent, va devoir s'interroger sur les raisons qui lui ont fait perdre un de ses membres, parmi les plus importants. Et l'Afrique, au regard du Brexit, doit apprendre à éviter de donner aux membres de ses organisations des motifs pour briser l'esprit unitaire, qui est l'autre nom du panafricanisme.

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Le Brexit est devenu réalité ce 31 janvier 2020. Que penser des suggestions qui laissent entendre que l’Afrique pourrait en tirer parti ?

Ce continent perdrait tout, à commencer par son âme, s’il devait miser son bonheur sur les bouleversements malheureux qui arrivent dans les nations dites développées. Les Britanniques n’achèteront à aucun pays africain son bois, son pétrole ou son cacao, plus cher que le cour du marché. La population de la Grande-Bretagne n’a pas subitement doublé dans la nuit, pour offrir de nouveaux débouchés à des produits que l’Afrique, à quelques rares exceptions près, ne produit d’ailleurs pas.

Pour le reste, dans le monde d’aujourd’hui, tel qu’il est, tel qu’il fonctionne, il faut beaucoup d’assurance, et même une certaine dose de prétention, pour se persuader que l’on peut s’en sortir mieux seul qu’unis, en communauté. Avec tout le respect que nous devons à Monsieur Boris Johnson et à ceux qui faisaient la fête, il y a quelques heures, à Londres, nous devons confesser que ce Brexit, au-delà d’être un crève-cœur, est une douce illusion.

La Grande-Bretagne est à peine plus peuplée que la Californie, et ne pèse guère davantage, sur le plan économique, que cet État qui n’est qu’un, un seul sur cinquante, à l’intérieur des États-Unis. Comment la Grande-Bretagne peut-elle vendre à un quelconque autre État dans le monde, plus que celui-ci ne lui en achète déjà, sinon juste un tout petit plus ? Certes, Donald Trump lui promet une abondance d’opportunités, mais on attend de savoir quels besoins nouveaux seraient créés, à cet effet, chez les Américains, et à quel prix, avec une livre sterling dissuasive pour les exportations. A présent que le Brexit est entré dans les faits, les annonces fantaisistes vont pouvoir cesser. Ceux qui, la nuit dernière, célébraient la liberté et l’indépendance retrouvées savent qu’à toute indépendance véritable, il y a un prix, et ils vont devoir le payer. C’est alors que viendront les regrets. Car, ce qu’ils gagneraient dans ce Brexit ne sera pas nécessairement plus important que ce qu’ils pourraient y perdre.

Quelles leçons l’Afrique peut-elle alors tirer de ce Brexit ?

L’on a observé, ces dernières semaines, quelques frictions au sein de la Communauté économique des États de l’Afrique de l’Ouest, la CEDEAO, dont certains membres (anglophones, comme on les appelle), se sont ouvertement plaints de ce que leur projet de monnaie commune, l’éco, pouvait avoir été travesti dans la fameuse annonce faite à Abidjan par le chef de l’État ivoirien, en présence de son homologue français. Il faut si peu pour briser l’esprit unitaire... La CEDEAO a déjà fait l’amère expérience d’une sortie de la Mauritanie, dont le président, Ould Taya, avait cru faire diversion par rapport à ce qui se passait à l’intérieur de son pays, en quittant cet ensemble dont profitaient pourtant nombre de ses concitoyens, Maures, qui tiennent le petits commerce, ouverts très tard la nuit, à Abidjan, notamment. L’Afrique a aussi perdu Air Afrique, qui avait à peu près les contours géographiques de la zone franc. Et depuis, le continent est dans une sorte d’errance aéronautique. Ceux qui disent tenir tant au franc CFA sont les premiers à préférer une chevauchée solitaire, avec des compagnies nationales peu viables, au lieu de tenter une nouvelle aventure commune dans les airs.

Dans ce cas, les regrets que vous prédisez aux Britanniques sont aussi valables pour ceux qui veulent quitter la zone franc !...

Peut-être. Mais ces États quitteraient la zone franc pour aller vers ce que les Américains appellent « une union plus parfaite ». L’éco, dans le sérieux et la rigueur, ne peut pas être un recul par rapport au franc CFA. Mais vous avez raison, il y aura des regrets, malgré tout. Parce que cette monnaie ouest-africaine, en dehors de toute tutelle extérieure, impliquera de la rigueur, une discipline, qui rompt avec un certain esprit de facilité, auquel sont habitués les citoyens de l’actuelle zone Franc. Au Ghana, des personnalités, parfois très proches du pouvoir, souffraient véritablement pour avoir juste un peu de devises pour effectuer un voyage sur Londres, ou pour envoyer de l’argent à leurs enfants. C’est le type de tracas que n’avaient pas vraiment les citoyens de l’Uemoa, par exemple. Alors, oui, quand on demande à en finir avec le franc CFA, il faut aussi être prêt à faire face aux restrictions qui iront avec la fin de cette monnaie.

Il y a peut-être alors intérêt à rester dans la situation actuelle…

Non. Certains de ceux que l’on qualifie sommairement d’anti-CFA tenaient d’ailleurs, à ce sujet, un discours d’une limpidité sans équivoque. Ndongo Samba Sylla, comme Kako Nubukpo, parlaient très clairement de Frexit, sous-entendant que les Africains, dans la zone Franc, étaient chez eux, et qu’au lieu de leur demander de sortir du franc CFA, on devait plutôt prier la France d’en sortir. C’est ce qu’ils demandaient. Et c’est ce que la France semble avoir décidé de faire.

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