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Invité Afrique

Tournée de Pompeo en Afrique: «C'est une visite de rattrapage»

Audio 05:19
Le secrétaire d'État américain, Mike Pompeo, son épouse, Susan Pompeo, et le ministre angolais des Affaires étrangères, Manuel Domingos Augusto, avant de quitter l'Angola à l'aéroport international de Luanda.
Le secrétaire d'État américain, Mike Pompeo, son épouse, Susan Pompeo, et le ministre angolais des Affaires étrangères, Manuel Domingos Augusto, avant de quitter l'Angola à l'aéroport international de Luanda. AFP/Pool/Andrew Caballero-Reynolds

Mike Pompeo est en visite officielle en Afrique depuis ce samedi 15 février. Le chef de la diplomatie américaine s'est rendu au Sénégal et est actuellement en Angola. Il devrait achever cette tournée de cinq jours par l'Éthiopie. Mike Pompeo est le plus haut responsable américain à effectuer une tournée en Afrique subsaharienne ces trois dernières années. Pour Jeffrey Hawkins, ancien ambassadeur américain en République centrafricaine, et chercheur à l’Institut de relations internationales et stratégiques (Iris), l'administration Trump « a des choses à rattraper ».

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RFI : Vu l’indifférence générale affichée par le président américain Donald Trump vis-à-vis de l’Afrique, comment interpréter cette visite du secrétaire d’État, Mike Pompeo, au Sénégal, en Éthiopie et en Angola ?

Jeffrey Hawkins : L’administration Trump a quand même ignoré l’Afrique depuis quelque temps et on dirait que c’est plutôt une visite de rattrapage.

Vous parlez d’une « visite de rattrapage », mais rattrapage par rapport à quoi ? On sait que la visite il y a deux ans de son prédécesseur, Rex Tillerson, était déjà qualifiée de « tournée d’excuse ». Quelle est la différence entre cette tournée et celle de Rex Tillerson ?

Cela fait deux ans que le secrétaire d’État n’a pas visité le continent, et d’ailleurs cela fait 18 mois qu’aucun ministre américain ne s’est rendu sur le continent. Cela vient après des annonces plutôt inquiétantes au sujet de la posture militaire des États-Unis sur le continent. Cela vient après l’annonce du « visa ban », quatre pays africains qui sont visés par une interdiction d’immigration notamment le Nigeria, la plus grande économie d’Afrique subsaharienne. Puis finalement, il y a aussi un budget proposé par Trump qui voudrait réduire de 40% l’assistance américaine sur le continent. Déjà dans les faits, l’administration Trump a des choses à rattraper.

Tous ces signaux indiquent plutôt un désengagement américain. Quel serait l’intérêt de venir sur le terrain pour rencontrer les partenaires. Pour les convaincre de quoi concrètement ?

D’après les annonces du département d’État, ils voulaient parler surtout de l’engagement économique. Ce n’est pas un hasard que les pays qu’ils visitent - le Sénégal, l’Angola, l’Éthiopie - sont des partenaires économiques importants pour les États-Unis sur le continent. Et si on regarde la stratégie africaine de l’administration Trump, qui a été annoncée il y a à peu près un an et demi, on parle autant des Russes et des Chinois en Afrique que des Africains eux-mêmes.

Est-ce que vous avez le sentiment justement que cette visite de terrain est une contre-offensive contre la Chine en Afrique ?

Tout à fait. Et c’est annoncé comme tel. Le secrétaire d’État voudrait présenter une Amérique qui est prête à échanger d’égal en égal avec l’Afrique, tandis que les Chinois ne cherchent, d’après les propos du secrétaire d’État, qu’à endetter l’Afrique et profiter de l’Afrique.

Donald Trump demande aux États africains de bouder la « diplomatie de la dette » que représenterait à ses yeux la Chine. Quelles alternatives propose-t-il à l’inverse à ses partenaires ?

Pour l’instant (rires), il n’y a pas grand-chose. Il faut dire que dans le budget annoncé par le président Trump, l’investissement américain sera peut-être un peu plus renforcé par l’administration Trump.

Quels sont par exemple les secteurs, ou en tous cas les leviers, sur lesquels Washington peut encore compter pour faire la différence avec ses concurrents, qu'ils soient chinois, russes ou européens ?

On parle beaucoup d’énergie notamment, et Power Africa qui existe toujours, c’est l’initiative du président Obama, mais qui continue sous Trump. Mike Pompeo se rend en Angola aujourd’hui parce que ce pays est un très grand producteur de pétrole. Mais comparé à la présence des Chinois un peu partout en Afrique, pour l’instant ce n’est pas grand-chose. Le commerce entre l’Afrique et la Chine dépasse déjà les 200 milliards de dollars. Le commerce en 2018 entre l’Amérique et l’Afrique était de l’ordre de 40 milliards. Donc, il y a une grosse différence entre la Chine et les États-Unis.

Mike Pompeo a exprimé son intérêt sur les questions de sécurité. Est-ce que ce n’est pas un peu paradoxal quand on sait que dans le même temps, Washington prévoit de réduire ses effectifs militaires sur le continent ?

Je pense que Pompeo voulait certainement parler beaucoup plus de l’économie que de la sécurité, parce que la position des États-Unis dans le domaine de la sécurité est très équivoque en ce moment. Et déjà le chef des armées, le secrétaire à la Défense, ils ont déjà fait des annonces sans relever de chiffres, sans parler de bases à fermer qui laissent entendre que l’Amérique va réduire sensiblement sa présence militaire sur le continent. Et il y a une question de sémantique qui est très importante aussi : l’inspecteur général du département de l’État vient de publier un rapport où il parle d’une présence militaire sur le continent africain qui ne vise plus à « affaiblir » les groupes terroristes, mais maintenant on cherche à « contenir ». Ce sont des mots très révélateurs et qui voudraient certainement dire que la mission antiterroriste en Afrique sera beaucoup moins prioritaire.

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