Accéder au contenu principal
Aujourd'hui l'économie

La mondialisation à l’épreuve du coronavirus

Audio 04:16
Épidémie de coronavirus, Wuhan, foyer de la maladie, le 22 février 2020.
Épidémie de coronavirus, Wuhan, foyer de la maladie, le 22 février 2020. REUTERS/China Daily via

L'épidémie de coronavirus semble marquer le pas en Chine. Le nombre de décès y est en baisse. Mais la liste des pays touchés s'allongent avec une quarantaine de pays ayant recensés des malades sur leur sol. En parallèle, les répercussions sur l'économie ne restent pas non plus confinées à la Chine et se diffusent en cascade un peu partout dans le monde.

Publicité

Le comportement des marchés cette semaine l'a montré. Ce mercredi 26 février, la Bourse de Sao Paulo a chuté de 7%. Le lendemain à Tokyo, le Nikkei dévisse de plus de 2 %, l'épidémie menaçant les JO. Un vent de panique souffle sur les bourses européennes. Une chute, sans doute liée à la peur d'une propagation mondiale du coronavirus. Elle répercute aussi des impacts déjà réels sur certaines entreprises. Le coronavirus a pesé, par exemple, sur les actions de la chaîne hôtelière Accor et de la Lufthansa.

La compagnie aérienne allemande a annoncé des gels d'embauche et proposé des congés sans solde à ses employés. Avec la suspension d'une cinquantaine de liaisons hebdomadaires entre l'Europe et la Chine, 13 de ses avions sont cloués au sol. Air France lance aussi la chasse aux coûts. Les annulations de voyages ne se cantonnent plus à l'Asie et s'étendent à l'ensemble de leurs destinations.

L'industrie de Wuhan touchée

Schneider Electric devrait perdre 300 millions d'euros de chiffre d'affaires au premier trimestre, son usine de Wuhan ayant dû suspendre ses activités.

Microsoft s'attend à ne pas atteindre ses objectifs pour Windows et une gamme d'ordinateurs pour le trimestre en cours, car la production a pris du retard. Apple a aussi prévenu que son chiffre d'affaires pâtirait sans doute de la crise sanitaire au deuxième trimestre. En cause, une plus faible demande sur le marché chinois où des magasins ont dû rester portes closes, et des difficultés d'approvisionnement. Ses iPhones sont assemblés en Chine, mais preuve que les chaînes de valeurs sont parfois très globalisées, un seul et même appareil électronique a en fait plusieurs origines. Pour l'ensemble de sa gamme, Apple assure évaluer ses fournisseurs dans des dizaines de pays.

Cependant, tous les effets de ce coronavirus ne sont pas encore quantifiés. En France, la Confédération des petites et moyennes entreprises demande au gouvernement de prendre ou maintenir des mesures de soutien et lance un sondage pour évaluer l'étendue des problèmes d'approvisionnement.

« Un choc à replacer dans un contexte de tensions commerciales »

Un impact transfrontalier donc, qui fait réfléchir sur le modèle économique actuel. Bruno Le Maire, le ministre français de l'Économie, a récemment qualifié le coronavirus de « game changer » dans la mondialisation. L'épidémie peut-elle vraiment rebattre les cartes ?  Pas sûr ! Les débats sont ouverts.

Sébastien Jean, directeur du Cepii, le Centre d'études prospectives et d'informations internationales, « n'ira pas jusqu'à dire que le Coronavirus est un "game changer" », un élément qui change la donne. Mais, de fait il provoque un choc dans l'économie dont l'importance n'a pas « vraiment de précédent comparable ». Il « montre que l'économie est exposée, même loin » de l’épicentre de l’épidémie. Au fond, « cela n'est pas une découverte, mais cela peut amener un regard nouveau ».

À lire aussi : Coronavirus : l'Iran à huis clos

Le choc du coronavirus, il faut le replacer dans son contexte : la guerre commerciale, qui invitait déjà à repenser la mondialisation. En tout cas, si redistribution des cartes il y a, cela prendra du temps. « La diversification des risques est un souhait, explique Sébastien Jean, mais cela a un coût. La question est donc de savoir si les entreprises s'y retrouvent. » Au-delà du temps de la réflexion, le processus serait de toute façon graduel. « Les changements de stratégie ont un coût et plus les changements sont abrupts, plus les coûts sont élevés. »

Julien Marcilly, chef économiste chez Coface, est plus sceptique. Les besoins d'approvisionnement en matières premières se feront toujours sentir. Or, la Chine est de loin la première productrice de terres rares. « Les énormes écarts de coûts de production dans le monde ne vont pas disparaître avec le coronavirus », assure Julien Marcilly à l’AFP. Et d'en conclure : « Malgré le coronavirus, toutes les raisons de fond qui expliquent la mondialisation perdurent. »

« On réindustrialise parce qu’on pense qu’il y a de l’avenir, pas pour un virus »

La présidente du salon du Made in France, Fabienne Delahaye, ne croit pas non plus à un énorme changement. Une réindustrialisation prendrait des années, elle craint donc que d'ici là, beaucoup d'acteurs aient oublié les secousses provoquées par le coronavirus. « Ce n’est pas à cause d'un virus que l'on doit réindustrialiser. Si on veut faire les choses sérieusement, on le fait parce qu'on pense qu'il y a de l'avenir. »

En tous cas, rebattre les cartes de la mondialisation, cela veut aussi dire pour repenser les débouchés. Certaines entreprises souffrent de la moindre consommation sur le marché asiatique. C'est le cas du groupe britannique de spiritueux Diageo, dont le chiffre d'affaires annuel sera amputé de 225 à 325 millions de livres. La mondialisation, c'est dans les deux sens. En 2018, les exportations chinoises flirtaient avec les 2 500 milliards de dollars. Les exportations totales des 28 pays de l'Union européenne atteignaient 6 468 milliards de dollars.

NewsletterAvec la Newsletter Quotidienne, retrouvez les infos à la une directement dans votre boite mail

Page non trouvée

Le contenu auquel vous tentez d'accéder n'existe pas ou n'est plus disponible.