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Rendez-vous culture

Mayada Adil, médecin et styliste soudanaise

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Mayada Adil prend la pose, dans ses vêtements, pour présenter ses créations.
Mayada Adil prend la pose, dans ses vêtements, pour présenter ses créations. © Ahmed Umar Photography

C'est l'une des invitées du forum « Citoyennes ! », organisé à l'Institut du monde arabe à Paris aujourd'hui, en amont de la Journée internationale des droits des femmes. Elles sont neuf féministes du monde arabe appelées à témoigner de leur quotidien, et de leur engagement, au cours de tables rondes ouvertes au public. Elles viennent de Bahreïn, d'Arabie saoudite, d'Irak, du Maroc, ou, comme Mayada Adil, du Soudan. Médecin et créatrice de mode, née à Khartoum il y a 26 ans, la jeune femme vit depuis un an en exil en France.

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Elle n'a que 26 ans, et déjà plusieurs vies derrière elle. Avant de créer une marque de vêtements à son nom, Mayada, elle a d'abord étudié la médecine, et exercé son métier à Khartoum et à travers le Soudan, avec l'Organisaton mondiale de la santé dans les camps de déplacés sud-soudanais notamment. 

« J'ai aussi travaillé sur les mutilations génitales, et j'ai rencontré ces femmes victimes d'abus sexuels dans leur enfance, victimes de mutilations, victimes de notre société patriarcale. Nous vivons sous la charia, dans l'idée que les femmes doivent rester à la maison, sous le contrôle de leurs maris, et qu'elles élèvent leurs enfants. Il faut du changement. Et honnêtement, vu la situation, je me suis dit qu'il ne suffirait pas d'être médecin, qu'il faudrait que je porte la voix de ces femmes. Ma façon à moi de me battre, c'est à travers l'art, en utilisant la mode pour diffuser des messages. »

La preuve, avec sa première collection, créée en 2017, et qu'elle a baptisée la Collection des reines de Nubie

En référence à ces femmes qui, pendant 700 ans, ont dirigé le Royaume de Méroé, dans l'actuel Soudan, à partir du 3e siècle avant Jésus-Christ. Ces reines noires qu'on a appelées les candaces. Une source d'inspiration pour Mayada Adil :  « J'ai repris les robes blanches (le blanc, parce que c'est la couleur de la royauté), le noir, et le doré, aussi, parce que ces reines portaient toujours des bijoux et accessoires en or. Cette collection, c'était une façon de rappeler aux Soudanaises d'où elles viennent. Nous descendons de reines ; la force et le pouvoir que ces reines exprimaient dans leur façon de se vêtir font partie de notre héritage. Mais de toute évidence, nous l'avons oublié ! »

► À lire aussi : 2019, l’année de l’envol de la mode africaine

Et cette collection, Mayada Adil est allée la présenter au Kenya, il y a trois ans, à défaut d'avoir pu le faire au Soudan

Difficile, oui, d'être styliste, au Soudan. D'autant que Mayada Adil prend la pose en plus, dans ses vêtements, pour des photos de présentation de ses créations. Vu les réticences soulevées dans la société, et dans sa famille, elle a fini par renoncer : « ça n'est pas facile de faire un défilé, avec la charia, avec une loi qui impose aux femmes de porter le foulard. J'ai essayé de créer une collection, on a essayé de défiler, mais on nous a chassés des espaces publics, pour avoir posé dans les vêtements. Et dans ma famille, si ma mère m'a appris à coudre et créer mes vêtements depuis mon plus jeune âge, c'était pour moi seule. Quand j'ai commencé à utiliser ces compétences pour transmettre des messages, c'est devenu interdit. Je suis d'une famille très conservatrice et islamiste, ma mère ne sert pas la main aux hommes. Je pense qu'ils rêvaient de voir leurs aînés devenir médecins. Rien de moins, rien de plus. Et j'ai été une vraie rebelle chez moi. »

Heureusement pour elle, une porte s'est ouverte en 2018

Fin 2018, Mayada Adil a pu venir présenter son travail à l'Unesco, dans le cadre d'un défilé de mode panafricain. C'était une nouvelle collection, inspirée cette fois de son expérience auprès des femmes du Soudan du Sud réfugiées dans des camps de déplacés. Car Mayada Adil ne s'est pas contentée d'y exercer en tant que médecin. Elle a aussi partagé sa passion pour la couture, dans le cadre d'ateliers : « Ces femmes m'ont beaucoup inspirée. Elles créent leurs vêtements, leurs accessoires, avec leurs perles. Elles étaient joyeuses, et elles se montraient fortes, alors qu'elles sont vulnérables. J'ai créé cette collection avec leur aide, notamment pour la fabrication des accessoires. Mais on a dû arrêter les ateliers, parce que la loi interdit de travailler avec les femmes réfugiées. Pour moi, c'était désespérant. Mais je suis donc venue faire le défilé à l'Unesco, inspiré par ces femmes. J'ai utilisé le jaune, qu'elles adorent. Ou par exemple ce chapeau, que j'ai en fait transformé moi même en chapeau, parce qu'elles l'utilisent elles pour transporter la nourriture. »

C'était donc fin 2018. Juste avant le début du soulèvement qui allait renverser le président Omar el-Béchir. Mayada Adil a préféré rester en France, où elle est désormais réfugiée, hébergée dans une famille d'accueil. Elle prépare une collection sur le thème du développement durable avec des consoeurs tchadiennes et somaliennes. Elles la présenteront ensemble au Festival visions d'exil, en fin d'année à Paris.

Et en attendant, si vous voulez la rencontrer, il y a donc ce forum, Citoyennes !, ces tables rondes qui réunissent aujourd'hui des féministes du monde arabe, à l'Institut du monde arabe à Paris, en amont de la Journée internationale des droits des femmes.

À l’occasion de la Journée internationale des droits des femmes, dimanche 8 mars, Adama Ndiaye et Laëtitia Kandolo, célèbres stylistes et créatrices engagées, qui militent notamment pour la promotion de la femme Africaine, sont les invitées exceptionnelles de RFI.

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