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Invité Afrique

Soudan: «Les responsabilités (de l'attaque contre le Premier ministre) ne sont pas établies»

Audio 04:50
Les forces de sécurité sur les lieux de l'attentat manqué contre le Premier ministre Abdalla Hamdok. Le 9 mars  2020.
Les forces de sécurité sur les lieux de l'attentat manqué contre le Premier ministre Abdalla Hamdok. Le 9 mars 2020. REUTERS/Mohamed Nureldin Abdallah

Qui a voulu tuer le Premier ministre Abdallah Hamdok, le 9 mars dernier à Khartoum ? Depuis sept mois, il dirige la transition démocratique. « Mais il est vulnérable », souligne Jean-Baptiste Gallopin, chercheur associé au Conseil européen pour les relations internationales.

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« C’est la révolution soudanaise qui a été visée par cette attaque », a déclaré le gouvernement soudanais après l’attentat du 9 mars. Est-ce que vous êtes d’accord ?

Jean-Baptiste Gallopin : Pour l’instant, les responsabilités ne sont pas établies. Une partie de la scène politique a rapidement dénoncé les islamistes et les membres de l’ancien régime. Mais si l’objectif était de déstabiliser l’alliance entre les Forces de la liberté et du changement et les militaires, cela a échoué puisqu’on a vu des manifestations de soutien à Hamdok. S’il y a une leçon que [Abdallah] Hamdok peut tirer de cette attaque, c’est qu’il est vulnérable, que son avenir dépend de la bonne volonté et de la protection des généraux.

Le régime de transition est bicéphale. Il y a un Conseil de souveraineté dirigé par le général Abdel Fattah Abdelrahmane al-Burhan, puis un gouvernement conduit par le Premier ministre Abdallah Hamdok. Alors sept mois après le début de cette transition, quel est l’organe qui prend le dessus sur l’autre ?

Selon la logique de la déclaration constitutionnelle de 2019, c’est le gouvernement des civils qui a l’autorité exécutive suprême. Mais de fait, on a vu ces derniers mois le Conseil de souveraineté, qui est à majorité civil mais quand même sous l’influence des généraux, grignoter le pouvoir petit à petit, notamment à l’occasion des négociations de paix qui ont lieu à Juba aujourd’hui.

Les négociations avec les groupes rebelles du Darfour et du Sud…

Oui. Et aujourd’hui, on est dans une situation où les groupes rebelles demandent à ce qu’on change la durée de la transition, à ce qu’on change la composition du Conseil de souveraineté, à ce qu’on change la composition du gouvernement. De fait, il n’y a plus de cadre institutionnel qui fasse consensus aujourd’hui. Une partie de cette situation est due au fait que les Forces de la liberté et du changement, qui soutiennent Hamdok, sont incapables de prendre des décisions car elles sont divisées entre elles. Et en fait, aujourd’hui on a une situation où les généraux, notamment Abdel Fattah Abdelrahmane al-Burhan qui représente l’armée, et Mohamed Hamdan Daglo, qui est connu sous le nom de « Hemetti » et qui dirige les milices paramilitaires [Forces de soutien rapide (RSF)], profitent de la situation pour rétablir leur pouvoir. Et aujourd’hui, il y a de nombreux signes très inquiétants, notamment le fait qu’il a été rapporté dans les médias ce mardi que l’Arabie saoudite et les Émirats arabes unis avaient arrêté de livrer l’aide au gouvernement, ce qui suggère peut-être une tentative de pousser à la crise ; notamment le fait que l’armée ouvre des boulangeries, que Hemetti inaugure des cliniques. Toutes ces situations suggèrent que les généraux se positionnent en « sauveurs » face à une crise économique qui ne fait que s’exacerber.

Et peut-on dire que le général al-Burhan et Hemetti, le chef des puissantes milices des Forces de soutien rapide, tirent prétexte des négociations avec les groupes rebelles du Darfour et du Sud pour modifier le calendrier de la transition et pour affaiblir le gouvernement de Abdallah Hamdok ?

Oui. Effectivement, et ces négociations de paix, ça donne tout pouvoir aux négociateurs du gouvernement et aux groupes armés pour déterminer le calendrier de la transition.

Et quand le général al-Burhan se rapproche d’Israël, il ne consulte pas son Premier ministre, Abdallah Hamdok ?

Oui. Et ça, c’est un épisode qui en dit long sur l’état des forces en présence. L’objectif pour al-Burhan en fait, au-delà de la normalisation avec Israël, c’est de se rapprocher des États-Unis et d’obtenir des États-Unis qu’ils enlèvent le Soudan de la liste des États qui soutiennent le terrorisme, ce que Hamdok a essayé de faire depuis plusieurs mois. Et pour l’instant, il a échoué. En fait, d’une part, cet épisode témoigne du fait que la politique étrangère n’est pas dans les mains du gouvernement de Hamdok ; d’autre part, cela témoigne d’une stratégie de Burhan qui consiste à essayer de marquer des points pour montrer qu’il a la situation en main. D’ailleurs, cet épisode révèle quelque chose de la stratégie des Emirats arabes unis qui en fait ont organisé cette rencontre entre Burhan et [Benyamin] Netanyahu. Pour les Émirats arabes unis, ça permet de renforcer les militaires au détriment de Hamdok et des civils.

Officiellement, la transition doit déboucher d’ici deux ans sur des élections libres, mais le calendrier va-t-il être respecté ?

J’en doute aujourd’hui puisqu’il y a plusieurs obstacles. D’une part les groupes armés aujourd’hui à Juba demandent une extension de la transition ; d’autre part, il faut être clair que les Forces de la liberté et du changement ne sont pas très pressées d’avoir à faire face à un défi électoral puisque en fait, elles représentent quand même une base sociale très restreinte puisque ce sont des partis qui sont largement dominés par les élites socio-culturelles soudanaises des régions du centre du pays. Elles ont très peu d’influence dans les régions périphériques. Donc en fait, on est dans une situation où on parle de transition démocratique, mais il n’y a pas grand monde sur la scène politique qui est pressé d’arriver aux élections. Avec une exception qui est le parti Oumma. Ce parti était en perte de vitesse politique récemment, mais il s’est rapproché des milices paramilitaires de Hemetti et se base sur un mouvement religieux, qui a quand même une capacité de mobilisation importante.

Parlez-vous du parti de l’ancien Premier ministre, Sadek al-Mahdi, qui n’est plus tout jeune mais qui a encore  une carte à jouer ?

Oui. La carte qu’il joue est due au fait qu’il a une capacité de mobilisation liée à son statut de leader religieux, liée aussi au fait qu’il est proche des Emirats arabes unis, comme une partie des Forces de la liberté et du changement, ainsi que des milices paramilitaires. Le jeu qu’il essaie de jouer aujourd’hui, c’est d’arriver à des élections anticipées où il sait qu’il a plus de chance d’obtenir un siège que d’autres partis qui ont pu monter en puissance à l’occasion du soulèvement révolutionnaire, mais qui en fait n’ont pas réussi à capitaliser là-dessus et à se construire une base sociale ou une organisation plus importante.

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