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Politique, le choix de la semaine

Comment Emmanuel Macron réfléchit au «jour d’après»

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Le président français Emmanuel Macron.
Le président français Emmanuel Macron. REUTERS/Ludovic Marin

« Le jour d’après ne ressemblera pas au jour d’avant » a promis Emmanuel Macron en visitant mardi une usine de masques. Le président français prépare les esprits à des « décisions profondes » une fois que la crise sanitaire sera passée. Mais est-il prêt à changer au point de se renier ?

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Ce sont de petits cailloux, comme ceux que sème le Petit Poucet. À chacune de ses prises de parole depuis le début de l’épidémie, Emmanuel Macron pose les jalons de l’après-crise. Dès le 12 mars à la télévision, il se dit prêt à « prendre des décisions de rupture », sans en dire plus. « Le jour d’après, quand nous aurons gagné, ce ne sera pas un retour au jour d’avant » renchérit-il quatre jours plus tard. Des mots qu’il prononce à nouveau lors de sa prise de parole mardi dans une usine de masques. Parce que d’après lui « beaucoup de certitudes, de convictions sont balayées, seront remises en cause », le président français envoie le message qu’il saura tirer les conséquences de la crise.

« Produire davantage en France »

D’ores et déjà, le chef de l’État français a demandé à ses proches de réfléchir à l’après. D’après nos informations, Emmanuel Macron veut que ses équipes soient à la fois sur le front et anticipent le futur, qu’elles « captent dès maintenant les signaux sur les besoins et les envies de l’après », détaille une source gouvernementale. Le Premier ministre et son gouvernement sont dans la gestion de crise immédiate, l'Élysée peut se permettre de regarder un peu plus loin. « Le président sera jugé sur sa capacité à imposer un nouvel agenda politique, juge un stratège macroniste. On ne peut plus continuer comme avant. »

Le chef de l’État a déjà esquissé des premières pistes mardi en relançant une idée qui lui est chère, celle de la « souveraineté française et européenne ». Mais avec une proposition inédite chez lui : « retrouver la force morale et la volonté pour produire davantage en France et retrouver [notre] indépendance ». « Est-ce qu’on acceptera toujours demain que notre production de médicaments dépende de la Chine ou de l’Inde ? » s’interroge un proche. La santé mais aussi le secteur alimentaire sont ciblés. Emmanuel Macron le libéral, nouvel apôtre des relocalisations et du protectionnisme ? Selon un sondage publié mercredi dans Libération, les Français approuveraient majoritairement des initiatives en ce sens. La « sanctuarisation des services publics » et le « dépassement de la société de marché » sont aussi plébiscités.

« Ne pas repartir de zéro »

Mais Emmanuel Macron ira-t-il jusqu’à opérer un virage à 180 degrés sur certains sujets ? Au sein de la majorité présidentielle, l’aile gauche pousse en tout cas pour que des décisions radicales soient prises après la crise, même si elles ne sont pas dans l’ADN d’En Marche!. Certains députés citent des nationalisations ou encore des revalorisations de salaires pour récompenser la « deuxième ligne », les professions peu valorisées mais contraintes de travailler pendant le confinement (caissiers et caissières, éboueurs, transporteurs, etc.) « Il faut éviter l’effet ressenti après la crise financière en 2008, que rapidement tout est revenu comme avant. Il faudra accepter de changer nos référentiels » plaide pour sa part Stanislas Guerini, le délégué général de la République en marche, qui va installer prochainement une dizaine de groupes de travail au sein du mouvement pour réfléchir au futur.

Emmanuel Macron lors de sa visite d'une usine de fabrication de masques, près d'Angers.
Emmanuel Macron lors de sa visite d'une usine de fabrication de masques, près d'Angers. AFP/Loïc Venance

Pour autant, l’heure ne semble pas à un aggiornamento. « L’idée n’est pas de repartir à zéro, confie une source gouvernementale. Même s’il sera difficile d’expliquer que la rivière reste dans son lit après une telle crise, il n’y aura pas de virage par rapport à la ligne originelle du président. » De son côté, le chef de file des députés de La République en Marche Gilles Le Gendre « ne croit pas l’idée d’un virage à 180 degrés ». Il préfère utiliser le terme informatique de reset (redémarrage) : « il y aura la nécessité d’accélérer de façon très profonde sur des grands thèmes comme l’écologie, la solidarité, la cohésion sociale, l’éducation ». « Il ne faudra pas renier nos convictions mais plutôt accepter de compléter notre idéologie progressiste », appuie Stanislas Guerini.

Pour plusieurs proches du président, cette crise révèle même des tendances qui valident des marqueurs politiques d’Emmanuel Macron « comme l’idée de l’Europe qui protège ». Elle offre aussi l’occasion, disent-ils, d’« amplifier l’effort sur l’écologie », qui faisait déjà partie des priorités affichés de la deuxième partie du quinquennat mais qui jusqu’ici n’a pas eu de traduction concrète. Mardi, le Président a lui-même à nouveau défendu les réformes du début du quinquennat. Elles ont rendu d’après lui le pays « plus compétitif » et permettent ainsi de mieux affronter l’avenir. Comme après la crise des gilets jaunes, le pouvoir semble prêt à des inflexions mais pas au grand soir. Et surtout pas à détricoter le début du quinquennat.

Vers un report de la réforme des retraites

Malgré tout, des réformes examinées avant la crise pourraient passer à la trappe. « On ne devra pas passer notre temps sur des réformes du passé ! » s’exclame le député de la Vienne Sacha Houlié. Ce que la rue n’a pas réussi, le virus pourrait le réaliser : le report de la réforme des retraites, qui a monopolisé le débat politique de ces derniers mois. « On peut faire l’impasse, concède une députée de la majorité. L’urgence, ce sera le plan de relance ».

Aux oubliettes aussi la réforme de l’assurance-chômage, déjà mise entre parenthèse par la crise sanitaire ? « Réduire les droits pour les chômeurs, ça ne marche que s’il y a des embauches. Et avec la crise économique qui vient... », constate un proche du président. En revanche, la situation dramatique des maisons de retraites pourrait rendre prioritaire une réforme promise mais jamais réalisée, celle de la « dépendance ».

Sur la scène européenne, Emmanuel Macron espère aussi pousser ses pions : imposer une solidarité financière entre les États, en finir définitivement avec la règle budgétaire qui impose aux Etats de ne pas dépasser un déficit public supérieur à 3% de leur PIB, amplifier l’effort en faveur de l’écologie, revoir les règles de concurrence, etc. « Le temps joue pour nous dans cette crise : malheureusement, quand tous les pays seront touchés par l’épidémie, il y aura une prise de conscience de la nécessité de s’unir et on pourra proposer une réforme ambitieuse », veut croire le député européen de Renew Europe Stéphane Séjourné.

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